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La Boussole

La Boussole V - 15

Comment faire route avec le passé ?

Si notre coeur nous condamne d’une manière ou d’une autre, Dieu est plus grand que notre coeur et il discerne tout.

La Bible, 1 Jean, chapitre 3, verset 20
Les petits bancs,
Marie-Hélène Vallade-Huet

Chemins de réflexion

Je ne suis pas (que) le produit de mon passé

Mon passé est-il la télécommande qui oriente mes choix, détermine mes actions
et justifie mes blocages ?
C’est un sacré travail de me réconcilier avec ce que mon histoire a engendré de traumatismes,
d’habitudes, de complexes d’infériorité et de supériorité !
Il me faut aussi prendre conscience avec humilité de ce que j’ai reçu de beau et de bon,
l’amour – certes toujours imparfait – de mes parents, les rencontres qui m’ont aidé à avancer,
les modèles humains qui m’ont donné des repères.
Je n’ai pas oublié les paroles d’un SDF qui, après avoir raconét sa vie marquée par la malchance
et ponctuée de mauvais choix, disait : « J’ai été baptisé avec de la merde. »
Mais un autre baptême existe, le baptême au nom de Jésus.
Le réformateur à l’origine du protestantisme, Martin Luther, était un personnage tourmenté.
Il a raconté que lorsqu’il doutait, était tenté ou menacé, il se souvenait d’un fondement que
rien ni personne ne pouvait lui prendre : il était baptisé.
Luther était convaincu que, dès le début de sa vie, l’amour de Dieu lui permettait
de ne pas être seulement le produit de son passé. Il savait qu’il comptait à ses yeux,
qu’il était aimé.
Une telle assurance ouvre sans nul doute la porte à des choix libres et assumés.
Thomas Wild, pasteur Uepal en retraite

C’est un sacré travail de me réconcilier avec ce que mon histoire a engendré de traumatismes, d’habitudes, de complexes d’infériorité et de supériorité !

Quelque chose ne colle pas…

Combien de fois m’est-il arrivé de mesurer la distance abyssale entre le souvenir d’un événement et sa réalité !
Non que cette réalité soit objectivement accessible, mais prendre conscience, dans le croisement des souvenirs d’un même événement, que quelque chose ne colle pas…
J’avais ainsi gravé sur le marbre mémoriel un récit de ma vocation pastorale. Il suffisait qu’on me demande et je déroulais.
Jusqu’à ce qu’un ami, témoin du fait, m’en raconte une version différente… Vu sous l’angle de sa mémoire, ce récit venait « démythologiser » le mien.
Il l’invitait à plus de vérité, le libérait d’un enfermement par trop « spiritualisant », lui redonnait vie, complexité, questionnement. Les mécanismes de la mémoire visent à fabriquer un passé conforme à ce que l’on veut dire de soi. De nombreux traumas ont ainsi été réécrits pour se rendre acceptables ou plongés dans un oubli non réparateur. « Si notre coeur nous condamne… »
Quand Jésus dit : « Faites ceci en mémoire de moi », il ne nous laisse pas seuls avec nos mythes dissimulateurs, nos rites et nos représentations du divin. Il n’efface pas le passé d’un coup de baguette magique, pas plus qu’il n’invente un présent hors sol. Il nous offre une possibilité nouvelle : nous souvenir de nous en nous souvenant de lui.
Soudain, ce qui ne collait pas devient chemin de possible dans la lumière et la paix.
En lui, réconcilié avec mon passé, j’ai un présent et un avenir.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Un petit coup d’oeil dans le rétro

Certaines personnes ont la capacité de rebondir après un échec ,d’autres restent dans un pessimisme permanent.
Une de nos résidentes, quatre-vingt-onze ans, était architecte.
Elle a appris à composer avec les exigences et les mécontentements, et à transformer les échecs en leçons de vie. Elle positive.
Une autre ne parvient pas à voir les bonnes choses de l’instant présent et reste dans le regret et la plainte.
Tout dépend de l’histoire de vie, de l’éducation, de la personnalité, de l’état d’esprit… Notre rôle, en tant que professionnels, est d’aider chacun, dans la bienveillance, à prendre conscience de son ressenti et à lâcher prise.
Nous ne sommes pas toujours fiers ou satisfaits de notre passé, nous ne pouvons pas le changer. Néanmoins, nous pouvons le laisser aller, et avancer. Parfois, l’intervention d’un psychologue est nécessaire.
Quand on est au volant et que l’on s’apprête à dépasser un véhicule, on doit avoir le réflexe de regarder dans son rétroviseur pour s’assurer que la manoeuvre peut se faire en toute sécurité. C’est un peu la même chose dans la vie.
C’est important de regarder en arrière pour ne pas reproduire les mêmes erreurs, faire les mêmes constats, mais si on ne regarde que dans le rétroviseur, on aura immanquablement un accident.
Mieux vaut regarder devant soi, pour aller de l’avant, et jeter un oeil de temps à autre dans le rétro.
Ronny Pied, directeur de l’Ehpad Les Acacias à Mitry-Mory (77)

Seigneur Dieu, Jésus était un homme libre.
Tu veux que chacun grandisse en le prenant comme modèle.
Alors, je t’en prie, libère-moi de tout ce qui plombe ma vie, me conduit à mal agir,
me paralyse dans un sentiment de culpabilité.
Et aide-moi à me souvenir que, dès ma naissance, je vivais sous ton regard bienveillant.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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