Mais ils lui dirent :
La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 14, verset 17
« Nous n’avons ici que cinq pains et deux poissons. »

Véronique Charpy
Chemins de réflexion
D’une logique quantitative à une logique qualitative
Les ressources terrestres se raréfient et les besoins de l’homme sont toujours plus importants. Cette injonction à faire plus avec moins devient donc une nécessité vitale si nous voulons continuer à vivre sur cette terre.
Dans le texte cité en référence, Jésus est devant le choix suivant : soit la foule se disperse pour aller se restaurer, soit elle reste groupée et il faut alors compter uniquement sur ses propres moyens, en l’occurrence cinq pains et deux poissons.
Jésus demande à ses disciples de passer d’une logique quantitative à une logique qualitative et c’est effectivement un véritable défi quand on sait ici la disproportion entre la quantité de vivres et les cinq mille convives.
En réalité, au-delà du miracle, le texte veut nous enseigner que le donné de départ est fondamental et qu’on ne peut pas le négliger sous prétexte qu’il est dérisoire par rapport à l’objectif fixé.
Changer de logique, ce n’est pas s’adapter à la pénurie mais donner au « moins » une valeur positive et au « plus » une valeur relative. L’arithmétique est nécessaire pour comprendre le monde tel qu’il est, mais pas forcément pour le changer.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
Une citation
S’épanouir plutôt que grandir
Grandir, se développer, croître… dans nos associations ou institutions, comme dans la société,
serait obligatoirement signe de bonne santé. Quand les pouvoirs publics baissent certains subsides, la réponse est souvent de développer des activités inédites pour capter de nouveaux moyens financiers. Pourtant, nous en avons tous fait l’expérience : grandir se fait au détriment
de la relation humaine, éloigne de son cœur de métier, de ses valeurs fondamentales ; il y a plus de quantité et moins de qualité.
La décroissance est un concept un peu provocateur né au début des années 1970, réapparu il y a une vingtaine d’années face à l’impasse écologique dans laquelle nous mène la logique du « toujours plus ».
Et si la décroissance concernait aussi nos associations et institutions ? Décroître ? Cette question iconoclaste en suscite d’autres. Quel est le sens de notre action ? Son cœur ? De quoi sont tissés nos liens ? Quelle place occupent les bénévoles, les salariés et les personnes accompagnées ?
Se poser des questions, et se les poser pour de vrai, aide à s’épanouir plutôt qu’à grandir.
Ce n’est jamais du temps perdu.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison ouverte, Montreuil
Des talents et des projets innovants
« Le mieux est l’ennemi du bien », entend-on parfois pour parler des limites des démarches qualité. Dans l’acceptation de nos ressources limitées, j’aime l’idée d’innover avec les équipes :
inventer ce que nous n’avons jamais essayé, s’inspirer des belles réalisations des autres établissements et associations, chercher et trouver collectivement des solutions.
Par ailleurs, au sein du mouvement œcuménique des entrepreneurs et dirigeants chrétiens (EDC),
nous nous appliquons à mettre en œuvre la pensée sociale chrétienne : elle nous rappelle, par exemple, que la subsidiarité dans le management permet à chaque collègue de mettre ses talents au service des autres, des personnes accompagnées, du bien commun.
Comme l’enfant qui a proposé dans les évangiles ses cinq pains et deux poissons pour nourrir la foule, chacun dans l’équipe peut apporter ses idées, ses suggestions, ses réflexions comme autant de présents à offrir : dans la solidarité, la confiance, la suppléance naissent alors des solutions très concrètes, rendant visible le miracle de l’abondance que permet le don !
Aurons-nous demain, en Ehpad et ailleurs, moins de temps, d’argent, de personnels ? Peut-être, mais faisons alors de nos limites et fragilités des « petits plus » à partager. Nos idées et innovations feront la richesse de l’accompagnement au quotidien
Timothée Alègre, directeur, Ehpad Résidence Fleurs d’Automne (69)
Aide moi à résister au « toujours plus », à la fuite en avant,
à l’envie d’être plus fort et plus grand.
Je suis tel que je suis, peut-être petit,
et peut-être même que je décroîs. Et alors ?
Me dire que j’ai déjà tout pour être heureux,
être affranchi de l’emprisonnement dans la course à la puissance,
sentir toute la légèreté, la fragilité de la beauté des liens
que je tisse avec mes prochains,
n’est-ce pas cela être au profit de la grâce ?
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.