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La Boussole

La Boussole VI-25

Comment est-ce qu’on accueille l’autre ?

J’étais un étranger, et vous m’avez accueilli chez vous.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 25, verset 35
Belle rencontre,
Carole Troclet

Chemins de réflexion

L’étranger n’est peut-être pas si étranger

On croit accueillir avec un sourire, une main tendue, un petit café, un colis alimentaire.
Mais l’accueil commence ailleurs et avant tout cela : dans le regard. Un regard qui reconnaît
quelqu’un – une personne, une histoire, une blessure unique. On ne reçoit jamais « un migrant »,
« un réfugié » ou « un exilé » : on reçoit une voix, une vie. Avec un regard qui écoute.
Ou une oreille qui sait entrevoir.
Accueillir, c’est permettre que l’autre, l’étranger, dans sa différence, ne reste pas en marge
mais devienne prochain, celui qui se fait proche comme le dit Ricoeur.
Pareil accueil demande plus que de l’organisation, plus que des locaux ou des subventions.
Pareil accueil demande une relation, une ouverture qui ébranle, qui remet en question
nos sécurités et nos filtres.
Accueillir, ce n’est pas sauver. Ce n’est pas non plus se donner bonne conscience.
C’est reconnaître que l’autre m’enseigne. Et peut-être, si je l’écoute bien, que l’étranger
n’est pas si étranger, peut-être même qu’il est un miroir discret de ma propre humanité.
On se demande, aujourd’hui, journée mondiale des réfugiés, et comme chaque jour,
comment accueillir l’étranger. La réponse me semble évidente : comme moi-même !
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Accueillir, ce n’est pas sauver. Ce n’est pas non plus se donner bonne conscience.

Et si l’étranger, c’était moi ?

Je me souviens de ce bénévole protestant reprochant à une famile syrienne échouée dans son association de ne pas faire beaucoup d’efforts pour apprendre la langue de Molière. Mais peut-on réellement accueillir l’autre sans s’être un jour senti soi-même étranger quelque part ? Peut-on enseigner le français à un Syrien sans avoir pris des cours d’arabe avec un prof qui ne parle pas un mot de notre langue ?
L’étranger, c’est celui qui ne comprend pas le B.A.BA ; qui ne sourit pas quand un bon mot éclaire les visages ; qui se demande comment manger ce plat à l’allure et à l’odeur répugnantes tout en souriant et en disant « merci ».
Être étranger (hors du Club Med !), c’est être placé en situation de handicap. On y apprend plus vite l’humilité que la langue, la dépendance que la liberté.
Accueillir l’autre commence ainsi par se projeter soi-même dans l’inconfort de la condition de l’étranger. C’est chercher à le comprendre comme il se comprend lui-même. Il ne faut pas s’armer de patience mais de douceur, d’humilité et de foi.
« J’étais étranger », dit Jésus. Celui qui est ici en situation d’accueillir les hommes dans son royaume se souvient d’avoir été lui-même un jour perdu sur cette terre.
Un peu comme nous le sommes tous derrière nos airs d’occidentaux repus.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Leur dignité est une leçon de vie

Je ne pensais pas un jour m’engager dans l’accompagnement de personnes migrantes.
C’est arrivé par hasard, parce que l’Entraide se mobilisait pour soutenir des jeunes réfugiés. J’ai participé sans trop savoir à quoi m’attendre. Je n’imaginais pas à quel point, en réalité, ce seraient eux qui allaient tant m’apporter.
J’ai découvert des histoires de vie d’une intensité bouleversante. Ces jeunes ont affronté l’exil, l’attente, la peur, la solitude…
Et pourtant ils sont là, debout, avec une force intérieure et un courage que je ne peux qu’admirer.
Dans notre société marquée par l’individualisme et la course à la performance, leur présence me rappelle d’autres valeurs : la solidarité, la résilience, l’humilité.
Certains réussissent à intégrer des formations, à reprendre des études, à décrocher un stage ou un emploi. D’autres, hélas, sont expulsés. Leur dignité face à l’injustice est, pour moi, une véritable leçon de vie.
J’ai appris à dépasser mes préjugés, à écouter, à regarder au-delà des apparences.
À accueillir la différence comme une richesse. À m’ouvrir à d’autres façons de voir le monde.
L’engagement bénévole n’est pas un simple don de soi. C’est un échange, une rencontre, une transformation.
Je suis entrée dans cette aventure pour donner un peu de temps ,j’en suis ressortie profondément enrichie.
Claire Chouviac, Entraide protestante de Marly-le-Roi (78)

Père éternel, Dieu de la rencontre, Dieu rencontré,
tu te fais étranger et proche de chacun en Jésus le Christ.
Étranger, assoiffé, échoué sur cette terre de violence,
tu tends tes mains vers moi dans la figure du migrant.
Pardon, à chaque fois que j'ai réduit l'autre à un problème,
à un danger, à une petite phrase.
Apprends-moi le renoncement à tout désir de contrôle de l'autre.
Reprends-moi quand je détourne les yeux de ses souffrances.
Apprends-moi la rencontre en vérité.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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