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La Boussole

La Boussole IV - 13

Comment distinguer l’urgent de l’important ?

Pendant que Marthe fait son devoir d’hôtesse et s’attelle aux différentes tâches
nécessaires au service, sa soeur Marie est assise aux pieds de Jésus et boit ses paroles.
« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et tu t’agites pour beaucoup de choses,
mais une seule est nécessaire.
Marie a choisi la meilleure part, qui ne lui sera pas enlevée. »

La Bible, Évangile de Luc, chapitre 10, versets 41et 42
Véronique Charpy,
Olivier centenaire

Chemins de réflexion

Tout est urgent

Dans l’extrait biblique mentionné, deux femmes, Marthe et Marie, accueillent Jésus : la première se précipite à la cuisine pour lui préparer à manger et la seconde s’installe à ses pieds pour l’écouter.
De bonnes âmes pourraient déduire que Marthe gère l’important alors que Marie saisit l’urgence du moment ; c’est d’ailleurs ce que Jésus fait comprendre à Marthe.
Je pense pour ma part que les deux femmes ont réagi de manière différente à une même situation d’urgence. Dans la vie tout est urgent, c’est seulement notre rapport au temps qui change.
Marthe s’inscrit dans le temps long en posant le cadre de la rencontre dans un repas et Marie dans le temps court, jugeant impératif d’écouter la Parole.
Pourquoi les opposer alors qu’il y a parfaite complémentarité ?
La hiérarchisation des priorités est une illusion entretenue par les managers ; elle ne sert qu’à nous culpabiliser. En revanche, dans la vie, il y a des Marthe et il y a des Marie. Plus encore, une même personne peut être à la fois Marthe ou Marie selon les circonstances. Le tout n’est donc pas tant de trier les situations que d’avoir conscience de nos réactions face à chacune d’elles.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

La hiérarchisation des priorités est une illusion entretenue par les managers ; elle ne sert qu’à nous culpabiliser.

La seule chose nécessaire

Comment ne pas nous reconnaître dans l’attitude de Marthe ? Nous sommes presque habitués à l’inquiétude et l’agitation dans notre travail, mais aussi dans notre vie personnelle, où tout semble s’être accéléré.
Jésus interpelle Marthe en répétant son nom. Est-ce parce qu’elle n’est pas prête à l’écouter ? Est-ce pour attirer son attention sur ce qu’Il s’apprête à lui dire ? Le Christ va en effet lui indiquer la seule chose nécessaire, au-delà de tout ce qui paraît urgent.
Marie a déjà compris : assise à côté de Jésus, elle écoute attentivement ses paroles. Elle reçoit ce dont elle a vraiment besoin, cette « bonne part » dont Il parle : sa douceur, sa bonté, sa sagesse, son amour qu’Il offre à tous ceux dont le coeur est prêt à l’écouter.
Être comme Marie n’est pas facile, mais nous sommes régulièrement placés devant des choix : remplir d’abord nos « obligations » multiples, ou prendre le temps de nous arrêter pour faire taire nos préoccupations et écouter le Christ, lire sa Parole, lui parler.
Gageons que, dans le second cas, nous apprendrons aussi à écouter celui ou celle qui est dans le besoin, à l’accompagner dans ses situations difficiles, à privilégier la qualité de nos relations.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

Les patients d’abord

Ce qui est important relève de la réflexion et ce qui est urgent de l’immédiateté.
Mettre à jour les dossiers administratifs des patients, c’est important ; nous avons besoin d’ordre.
Répondre à un patient qui souffre, c’est urgent. Certaines souffrances sont physiques, d’autres psychiques. Toutes sont légitimes et doivent être prises en compte.
Il arrive que plusieurs malades appellent en même temps. Je dois discerner les demandes les plus urgentes. Intervenir auprès des uns, rassurer les autres.
Je travaille la nuit, j’ai un peu de temps pour m’occuper de l’administratif. Mais je vois mes collègues infirmières remplir leurs dossiers le soir, après leur journée. Les patients passent toujours en premier.
Consacrer du temps à la personne, être bienveillant est essentiel. Avec la pression, il est facile de déraper. Une nuit, une malade a sonné, elle disait qu’elle allait mourir. Pourtant, son état était stable. Ma collègue s’agaçant de ses appels, j’y suis allée. La dame répétait qu’elle allait mourir et m’a demandé de prier avec elle.
Je l’ai écoutée, nous avons prié ensemble le Notre Père, elle serrait ma main, semblait apaisée.
J’ai appris qu’elle était décédée quelques heures plus tard. J’étais contente d’avoir répondu à son appel.
Il était urgent.
Isabelle T., aide-soignante en Vendée (85)

Seigneur, tu sais que nous sommes souvent agités et inquiets,
tout comme Marthe dont tu étais pourtant si proche.
Apprends-nous à choisir la bonne part, celle qui ne nous sera pas enlevée,
à être attentifs à ce que tu veux nous apprendre,
à être réceptifs à la souffrance de ceux que nous côtoyons.

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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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