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La Boussole

La Boussole IV - 21

Comment dire oui ?

Si c’est oui, dites « oui », si c’est non, dites « non », tout simplement ;
ce que l’on dit en plus vient du Mauvais.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 5, verset 37
Éloge de l’audace,
Raphaël Sinclair

Chemins de réflexion

Le courage de dire « oui »

À l’heure du « Non ! » systématique souvent violent, exacerbé par le dogme du « en même temps » où le oui et le non s’imbriquent subtilement rendant toute réalité indéchiffrable, cette parole de Jésus appelle à une marche à contre-courant, à la découverte d’un rapport autrement radicalisé au monde, à Dieu et à soi-même ; un rapport nouveau qui peut s’exprimer dans ce titre : Le courage de dire « oui ! »
On songe spontanément aux jeunes mariés qui se promettent l’amour pour la vie en des temps où plus d’un mariage sur deux capote. Je pense plus encore à celles et ceux qui relèvent au quotidien le défi du oui dans l’accueil, l’écoute et l’entraide. Il faut du courage pour dire à l’autre : « Oui ! Je te crois – même si tu me racontes des salades ! Oui, je t’accueille tel que tu es, avec ton récit, ta souffrance, ton incapacité à vivre dans les normes sociales, identitaires ou sexuelles. »
Il faut du courage et un brin de folie pour faire de la place à l’inutile, au fragile, à l’improductif et reconnaître en lui, en elle un frère, une soeur aimés du Dieu qui dit « oui » !
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

On songe spontanément aux jeunes mariés qui se promettent l’amour pour la vie en des temps où plus d’un mariage sur deux capote.

Un oui réfléchi et résolu

Si un ou une amie me propose de passer une semaine de vacances en sa compagnie, je dirai soit « oui », soit « non », soit « peut-être la prochaine fois » ou je ne sais quelle autre réponse exprimant mon hésitation. Mais pour des raisons pratiques, mon ami(e) ne pourra pas attendre indéfiniment ma réponse.
Il n’en est pas de même avec Dieu. Lui, Il attend patiemment ma réponse à son invitation. Il ne met pas de date butoir. En ce qui me concerne, je n’ai répondu « oui » à son appel au ministère pastoral qu’à l’âge de cinquante-trois ans.
Quand le oui nous engage pour la vie, l’hésitation est bien légitime. La sagesse appelle la réflexion. Il en est de même si l’engagement est temporaire, pour un oui donné à un employeur qui m’appelle à son service, à un collègue qui me demande de le remplacer, à une personne de la rue qui compte sur moi pour lui trouver un logement.
Après le temps de la réflexion, mon oui sera résolu et respecté dans sa mise en pratique. L’importance de la parole donnée vaut autant que le service rendu, car une parole non tenue détruit pour longtemps la relation de confiance.
Voilà pourquoi, à mon sens, Dieu désire que notre oui soit oui et que notre non soit non.
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris

Oui à la vie

Madame R. a eu des épisodes graves de désorientation spatio-temporelle. Au sortir de l’hôpital,
elle a été accueillie dans l’unité protégée (UP) de notre établissement. Quelques jours plus tard, son état s’est amélioré.
Elle ne supportait pas les mesures de sécurité mises en place pour les personnes souffrant de troubles cognitifs et manifestait des signes de dépression.
L’équipe soignante a rencontré ses enfants. Nous leur avons proposé d’accueillir leur mère en secteur ouvert, malgré sa maladie et les risques de récidive. Nous avons beaucoup réfléchi, pesé le pour et le contre, les bénéfices et les risques, et en dépit
des réticences de la famille et du taux d’occupation à 100% , nous avons choisi de dire oui à la vie. Nous avons voulu privilégier la qualité de vie de Madame R. et son bien-être en institution. La maintenir dans l’UP aurait été plus simple pour nous, mais je suis persuadée qu’elle se serait laissée mourir.
Il est des oui à la vie qui engagent, des positions audacieuses qui nous poussent hors de notre zone de confort au bénéfice des personnes que nous accompagnons.
Je crois que nous devrions toujours être prêts à renoncer à notre sécurité, nos habitudes, nos préjugés, nos règles. Prêts à tenter de nouvelles aventures, à crier un oui courageux à la vie.
Un oui raisonné qui met l’autre à la première place.
Clarisse M., infirmière en Ehpad

Seigneur, je sais que Tu aimes les coeurs droits.
Tu m’appelles à faire ta volonté,
Tu attends de moi que mon oui soit oui et que mon non soit non.
Aide-moi à entendre ta parole pour moi, à saisir tes desseins pour chacun de mes jours,
à opérer les choix qui engagent mon avenir.
Aide-moi à discerner ta voix dans le tumulte de mes pensées,
et à prendre le temps de la réflexion pour dire « oui ».
Un oui sans arrière-pensée, un oui pour la vie !
Amen.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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