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La Boussole

La Boussole V - 16

Comment affronter le conflit dans la non-violence ?

Amour et fidélité se rencontrent, justice et paix s’embrassent.

La Bible, Psaume 85, verset 11
Récifs,
Sophie Jourdan

Chemins de réflexion

Présenter l’injustice objectivement

Un proverbe rwandais ne dit-il pas : « Ton ennemi te cache qu’il te hait et tu lui caches
que tu le sais » ? C’est le propre d’une non-rencontre : il en résulte une culture de la méfiance
qui génère la peur.
Quand on contourne le conflit, les apparences sont sauves. Tout le monde sait qu’il y a un problème mais on évite soigneusement d’en parler.
Si un sujet est tabou, on ne dit rien, on peut même plaisanter pour qu’il ne soit pas pris au sérieux,
ou encore faire des coups tordus. Mais le risque est grand de voir un jour s’exprimer violemment
toutes les haines accumulées, ou s’enkyster une « mauvaise foi » qui déshumanise l’autre, le tue
symboliquement afin que sa parole soit inaudible.
Pour désarmer le conflit et restaurer une situation de bien-être, il faut arriver à découvrir la vérité
de l’autre, même si c’est difficile, et la lui dire à voix haute .
Je dois manifester une attitude de respect face à mon adversaire sans jamais m’écraser devant lui. Dans ce dialogue dès lors ouvert, il me faut également exprimer mes torts ou mes trahisons.
Savoir écouter l’autre. Mettre des mots sur la violence subie. C’est à ce prix qu’il est possible
de présenter l’injustice objectivement, dans le calme, pour y apporter une (des) réponse(s)
concrète(s), afin que « justice et paix s’embrassent ».
Augustin Nkundabashaka, pasteur, Mouvement international de la réconciliation MIR-France

Les invitations les plus pressantes du Christ sont à la hauteur de l’homme. Vous et moi inclus.

Faire preuve d’humilité

Tous les jours dans nos familles, nos lieux de travail et en société, nous faisons face à des conflits.
Les conflits font partie de la vie avec leurs ajustements continuels à cause de nos différentes façons d’être et de penser.
Rien de plus normal. Le conflit bien géré est toujours un chemin, parfois douloureux certes, mais qui nous permet d’avancer ensemble.
En revanche, nous le savons : les conflits mal gérés peuvent vite se compliquer, dégénérer, s’éterniser. Plus personne ne se parle ni ne s’écoute vraiment. Les paroles deviennent dures et parfois violentes.
Apprendre à gérer nos conflits dans la non-violence ? Rien n’est plus nécessaire pour nos sociétés, nos institutions, nos vies.
Personnellement je me suis pris d’admiration pour Gandhi depuis ma jeunesse. Une des clés de sa philosophie est son humilité.
Il se voyait comme un humble chercheur de la vérité et affirmait : « Dans aucune situation je ne possède toute la vérité ; la vérité est multiple et donc aussi « chez l’autre » ».
La recherche de vérité passe par la communication et le dialogue. Gandhi croyait dans la force de l’amour et de la vérité. Il n’a jamais caché sa dette au Christ et à son message de non-violence exprimé dans le Sermon sur la montagne, qu’il a découvert à l’âge de vingt ans à Londres, et dont il a toujours cherché à vivre l’éthique si exigeante.
Les invitations les plus pressantes du Christ sont à la hauteur de l’homme. Vous et moi inclus.
Andreas Lof, aumônier des Diaconesses de Reuilly

Construire des passerelles de paix

Je travaille avec un public adulte porteur de handicap mental, psychique ou physique,
habitant en colocation dans des habitats inclusifs. J’accompagne souvent des situations conflictuelles.
Vivre ensemble est difficile pour des personnes qui n’ont pas les mêmes codes sociaux. Je dois trouver le bon accompagnement, mettre la juste distance, faire preuve d’humilité, établir la confiance.
Dans un appartement du dispositif, un gars souffrait énormément (longue maladie) et mettait la pression à ses colocataires, un homme et une femme. La médiation ne suffisait plus. Un jour, els deux hommes se sont violemment insultés et en sont venus aux mains. Dans un premier temps, j’ai laissé faire puis je suis intervenu avec autorité pour les séparer.
Chacun est parti de son côté, j’ai choisi de laisser « filer » al journée. Le soir, j’ai discuté avec chacun d’eux et ils ont accepté de se parler. La violence avait été évacuée, ils ont pu cheminer dans leur réflexion, dire enfin ce qu’ils avaient sur le coeur, évoquer leurs souffrances respectives, et se réconcilier. Leur comportement a été exemplaire par la suite.
Accompagner l’autre est toujours une prise de risques.
Qui suis-je, moi, pour prétendre trouver des solutions à ses problèmes ? Lui seul peut les trouver.
Mon travail est d’être à son écoute et de l’aider à construire des passerelles de paix
pour qu’il puisse poursuivre sa route.
Bernard Lestieux, Village Les Gâtines à Bellac (87)

Mon Dieu, toi qui regardes au coeur, et non aux apparences,
Donne-nous un peu de ta bonté, puisque tu nous as faits à ton mi age !
Aide-nous à être respectueux, à l’écoute, humbles lorsque nous sommes en conflit
Permets l’écoute et le dialogue !
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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