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La Boussole

La Boussole VI - 32

C’est pour aujourd’hui ou pour demain ?

Ne vous inquiétez pas pour le lendemain ;
le lendemain se souciera de lui-même.
À chaque jour suffit sa peine.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 6, verset 34

Le Présent,
Claire Biette

Chemins de réflexion

Nous demeurons dans l’espace fragile de l’attente

Cette question, c’est le cri de l’attente impatiente de celui qui espère que quelque chose
arrivera. C’est l’exaspération du parent, du professeur, du patron devant un enfant
ou un employé plutôt procrastinateur.
Mais c’est aussi l’interrogation universelle de l’être humain qui cherche à se situer
dans le temps. L’attente d’une réponse, d’un changement, d’une promesse tenue.
Derrière ces mots se cache la tension entre le désir d’immédiateté et la réalité du délai,
entre la projection dans l’avenir et une certaine urgence du présent.
C’est parfois une menace déguisée, une façon de rappeler qu’il faut agir, qu’on ne peut
plus reculer, on pense par exemple à l’urgence écologique pour sauver la planète
d’un désastre.
C’est aussi une preuve d’espérance, une confiance dans le fait que tôt ou tard
quelque chose se réalisera ; ainsi l’attitude de Jésus qui nous dit qu’il est certain
de l’accomplissement du temps pour le bien de l’homme.
Dès lors, « aujourd’hui ou demain » n’est peut-être pas une question à résoudre,
mais une invitation à demeurer. Demeurer dans l’espace fragile de l’attente,
là où l’impatience se mêle à l’espérance. Là où l’avenir n’est pas encore pressenti.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Là où l’avenir n’est pas encore pressenti.

Je pars garder les chèvres !

On ne fait que cela : s’inquiéter du lendemain ! Une école convenable pour nos enfants ; des agendas pleins comme des frigos de choses toutes plus indispensables les unes que les autres.
Cette parole de Jésus tombe comme une météorite au milieu de nos vies ligotées avec les inquiétudes du quotidien.
Nous appelle-t-il à tout plaquer pour aller faire du fromage de chèvre dans un monastère cistercien en Haute-Ardèche et prier à longueur d’aujourd’hui et de demain ? Il suffit d’avoir un jour gardé des chèvres pour savoir que la peur du loup n’est jamais
très loin ! À quoi nous appelle donc Jésus ici ?
À une conversion ! Cette parole nous invite à regarder notre finitude non comme un échec, mais comme un appel à compter sur les autres.
Elle nous convie à convertir l’angoisse nocive du manque en une joie du partage ou encore en un temps de contemplation solitaire, tranquille et confiant. Nous y découvrirons que nous sommes créés pour grandir, chercher, découvrir, et non pour laisser les forces de mort figer nos existences dans la peur.
En cette période de rentrée où chacun retrouve sa place, il n’est peut-être pas inutile de redire combien la rencontre avec le Christ est source d’une liberté fondatrice d’une vie nouvelle.
Il serait peut-être temps de m’en inquiéter un peu ?
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Accueillons pleinement aujourd’hui

« Tu peux me faire ça pour hier ? » Voilà sans doute l’une des phrases les plus absurdes de notre époque. Nous vivons sous pression comme des cocottes-minute : e-mails urgents, dossiers prioritaires, notifications incessantes…
Adjoint de direction dans un collège privé protestant et engagé dans des mouvements associatifs et ecclésiaux, ce rythme effréné ne m’est pas étranger ! On court, on coche des cases, nos agendas débordent, les incertitudes du lendemain nous angoissent… au point qu’on oublie parfois de vivre.
Mais avouons-le : nous préférons souvent survivre plutôt que vivre. Survivre, c’est remplir l’agenda. Vivre, c’est rire avec ses enfants, écouter un ami, tendre la main à un voisin, prier sans regarder sa montre. Vivre, c’est aussi travailler bien sûr, mais différemment.
Vivre, c’est donner du sens à notre service, prendre le temps, s’émerveiller de nos progrès.
Jésus nous offre une parole libératrice : respire, aujourd’hui suffit déjà !
Il ne s’agit pas d’ignorer nos responsabilités, mais de remettre demain à Dieu pour accueillir pleinement aujourd’hui. Car à force de vouloir « gagner du temps », nous passons à côté de l’instant présent. Le temps ne s’économise pas, il s’accueille.
La vraie urgence, c’est de choisir d’habiter le présent. Hier est derrière, demain devant… mais aujourd’hui est un cadeau.
Nathaniël Caron, adjoint de direction du collège Le Petit Prince et bénévole à l’AFPM (95)

Seigneur, nous t’offrons notre joie de ce présent
et nous confions entre tes mains notre demain.
Que l’avenir s’ouvre sous ton regard.
Qu’il soit chemin de croissance, de partage et de confiance.
Reste avec nous Seigneur dans nos attentes comme dans nos élans,
et que chaque jour devienne louange,
chaque demain promesse de ton royaume.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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