Jésus lui demanda :
La Bible, Évangile de Marc, chapitre 10, verset 51
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
L’aveugle lui répondit :
« Maître, fais que je voie de nouveau. »

Sophie Jourdan
Chemins de réflexion
Reste à inventer un autre mot
Nous avons du mal à nommer celles et ceux que nous accompagnons et aidons, ce qui dit
sans doute quelque chose d’important sur notre difficulté à leur accorder une juste place.
Public ? Le mot laisse à penser qu’ils ne sont que spectateurs de l’aide accordée.
Usagers ? Le terme ne donne pas davantage l’impression de participation, et certains
l’entendent comme « abîmés », « en mauvais état »…
Bénéficiaires ? Dans ces temps où les personnes en difficulté sont injustement accusées
d’être des profiteuses, l’expression n’est guère heureuse.
Toutes ces désignations témoignent, dans nos manières d’agir, qu’une mauvaise compréhension
de l’action charitable perdure : des personnes des classes favorisées donnent un peu de leurs biens à des pauvres qui restent passifs. Objets et pas sujets.
Pourtant, nous savons d’expérience que tout se passe mieux si les personnes agissent
pour elles-mêmes, sont actrices, motrices. Si sont mobilisés leur imagination, leurs désirs,
leur énergie, leur initiative. Si elles sont invitées à participer aux décisions des structures
qui les accompagnent.
Il reste à inventer un autre mot pour les désigner : soeurs et frères ?
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil
Qui de mieux placé que la personne elle-même peut mettre des mots sur ses besoins et répondre
à la question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Et s’ils n’aiment pas la soupe à la tomate ?
Au premier regard, la question de Jésus semble déplacée. Qu’est-ce qu’un aveugle peut bien vouloir, si ce n’est la guérison de sa cécité ? Pourtant, Jésus l’interroge.
En suscitant le dialogue, il reconnaît l’humanité de la personne. Elle ne se réduit pas à son handicap. Elle a peut-être d’autres soucis qui ont motivé ses cris à l’adresse de Jésus.
Un bénévole, cuisinier doué, prépare la soupe pour des maraudes, ou plutôt les soupes. Il explique que ce n’est pas parce qu’on vit dans la rue qu’on est obligé d’aimer le potage à la tomate et que l’équipe se fait un point d’honneur à offrir une alternative aux destinataires des repas.
Une manière simple, mais ô combien importante, de reconnaître leur individualité, et de les rendre acteurs de leurs choix, en l’occurrence la composition de leur repas.
Cet exemple m’interpelle, il me rappelle l’attitude de Jésus. L’épisode relaté dans l’Évangile de Marc souligne l’importance d’être à l’écoute de l’autre.
Qu’en est-il de la personne que je souhaite accompagner ? Il se peut que mes idées, mes propositions ne correspondent pas du tout à sa situation.
Qui de mieux placé que la personne elle-même peut mettre des mots sur ses besoins et répondre
à la question : « Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Alison Wyld, pasteure, Église Baptiste de Morlaix-Roscoff
Je prends, je donne
Je suis allée au Foyer fraternel lorsque je suis arrivée en France, pour suivre les cours de FLE.
La France m’a validé mon Master 1 de droit mais je devais apprendre le français pour poursuivre mes études.
J’ai bénéficié aussi de l’accueil de jour, j’ai eu des colis alimentaires et une aide pour ma situation administrative,
j’ai fait des ateliers, des sorties…
Petit à petit, je suis devenue active, j’ai participé au groupe de travail du Foyer, j’ai aidé aux ateliers cuisine et couture
et pour accompagner des familles. Aujourd’hui, je suis bénévole au Foyer fraternel mais aussi à La Cimade, comme juriste.
Je prends et je donne, c’est important pour moi. Le soutien est un coup de pouce pour avancer, pas un prétexte pour s’arrêter.
Bien sûr, ça dépend des histoires de vie, des circonstances, des personnalités, mais je crois qu’il ne faut pas rester assis à attendre.
Il faut s’aider soi-même, trouver des ressources en soi, se prendre en charge, ne pas rester dans le négatif, et aider les autres.
C’est important de donner quand on reçoit. C’est un autre monde. Un point de départ. Une force.
Je pense qu’on a tous quelque chose à donner, même si on pense qu’on n’a rien. Personne n’est vide.
Nous avons plein de choses au fond de nos sacs.
Nous sommes tous différents et c’est une richesse. On a tout à gagner à partager nos compétences.
Si chacun reste à sa place, les accompagnants qui aident, les accompagnés qui sont aidés,
il n’y a pas de vie, pas de sens, on s’ennuie.
Wahida, accompagnée et bénévole au Foyer fraternel de Bordeaux
Merci Seigneur pour ta bienveillance et ta présence auprès de nous.
Tu es le Créateur de l’univers.
Nos souffrances et nos besoins n’ont aucun secret pour toi.
Pourtant, tu prends le temps de te poser à coté de chacun, avec ta question :
« Que veux-tu que je fasse pour toi ? »
Donne-nous de te répondre avec lucidité, avec simplicité,
et aide-nous à suivre ton exemple dans nos échanges avec les autres.
Amen
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.