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La Boussole

La Boussole I - 50

À qui s’en prendre ?

Aaron impose les deux mains sur la tête du bouc vivant : il confesse sur lui toutes les fautes des fils d’Israël et toutes leurs révoltes, c’est-à-dire tous leurs péchés, et il les met sur la tête du bouc ; puis il l’envoie au désert sous la conduite d’un homme tout prêt.
Le bouc emporte sur lui toutes leurs fautes vers une terre stérile.

La Bible, livre du Lévitique chapitre 16, versets 21-22
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, , Florida, USA

Chemins de réflexion

Sortir de la quête insensée du coupable

Face à ce qui nous accable, la faute à qui ?!
À la chauve-souris, la déforestation, l’État, les chinois, les anglais ou à mon voisin contaminant, voire à Dieu soi-disant tout puissant !?
Il faut toujours trouver un coupable ! C’est tellement sécurisant de savoir à qui s’en prendre !
Le judaïsme a trouvé le moyen de se sortir de cette impasse en inventant le bouc émissaire sur qui faire retomber la faute.
On l’expédie au loin pour sortir de ce besoin insensé d’identifier le coupable de ce qui nous arrive, ou nous échappe !
Puissions-nous regarder les aléas de notre vie sans en rester à cette quête éperdue, sans lendemain.
Nous serons libérés d’un poids, pour croire en des jours meilleurs et agir pour qu’ils adviennent.
Plutôt que de s’en prendre à quelqu’un, prenons-nous en main et notre colère se muera en force vitale.
Pasteur Pascal Hubscher. Aumônerie ESMS de l’UEPAL

Plutôt que de s’en prendre à quelqu’un, prenons-nous en main et notre colère se muera en force vitale

Porter au loin nos colères

Voilà un an depuis le premier confinement et ceux qui ont été désignés coupables ont changé
d’une période à l’autre : la première victime était un animal, le Pangolin dont beaucoup ne connaissaient même pas l’existence.
Puis chaque groupe de culture différente a pu faire les frais de cette recherche de « bouc émissaire » : les cultes, les incultes, les cultivés, les étrangers, les jeunes, les vieux, les femmes victimes de violences conjugales dans les foyers confinés, etc.
Montrer du doigt quelqu’un revient à tenter de garder une emprise, la main sur ce qu’on ne peut pas maîtriser, en laissant vives ses émotions.
Ainsi, le bouc à l’origine de l’expression est chargé d’envoyer au loin ce qui est lourd à assumer,
le poids des colères, des peurs, afin de ne retenir ni sur le peuple, ni sur un autre, ni sur nous, la charge de culpabilité.
Au contraire, ne serait-il pas plus fructueux de considérer le réel de la situation, de déposer ce pesant fardeau et de lâcher prise pour qu’un nouveau possible puisse éclore ?
Rémi Droin, pasteur à To7, Toulouse Ouverture

Exorciser la violence

Dans certaines situations difficiles on voudrait déverser toutes nos angoisses sur un bouc émissaire.
Il est le passage de la violence désordonnée de tous contre tous, à la violence de tous contre un.
Le livre du Lévitique décrit ainsi « le jour de l’expiation » :
On prend deux boucs, après tirage au sort, l’un est destiné au sacrifice du Temple et l’autre portera tous les péchés du peuple d’Israël de l’année écoulée et sera chassé dans le désert.
René Girard développera la théorie du bouc émissaire dans son livre, La violence et le sacré.
Les hommes sont capables de transmettre leur tension et leur agressivité sur un tiers ; plus ils sont nombreux à le faire, plus ils sont convaincus qu’ils ont raison.
Pour René Girard, la croix du Christ met fin à la culpabilité du bouc émissaire.
Après le Christ, la société doit trouver d’autres remèdes pour exorciser la violence en s’appuyant, par exemple, sur le message de l’Évangile de la résurrection.
La croix c’est la violence sacrificielle détournée et inversée en force vitale.
Brice Deymié, Aumônerie aux prisons, Fédération Protestante de France

Seigneur, nous savons que nous sommes prompts à accuser notre prochain  
de tous les maux.
Nous refusons souvent de voir la complexité d’une situation
et nous nous laissons aller à des simplifications mortifères. Donne-nous l’audace,
dans ce temps de carême, de contempler ce chemin de croix dans lequel
tu as changé la fatalité du destin en espérance nouvelle.
Ta résurrection est pour nous un signe de vie qui supplante nos violences
ordinaires, qui découvre l’extraordinaire dans l’inédit.
Donne-nous les clés pour décrypter notre monde dans sa dure réalité
mais avec la conviction que tu nous accompagnes sur cette route.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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