Que chacun de vous, au lieu de considérer ses propres intérêts, considère aussi ceux des autres.
La Bible, Philippiens, chapitre 2, verset 4

Hubert Oddo
Chemins de réflexion
Se sentir concerné
Les yeux rivés sur la Syrie, je ne cesse de penser, ces derniers jours, à une jeune Syrienne
rencontrée au Foyer, il y a quelques années.
Demandeuse d’asile, elle était à l’accueil où je passais par hasard. Elle m’a suivie au bureau
et a pris l’habitude de m’y retrouver presque chaque semaine.
Elle pleurait souvent, à chaudes larmes, déchirée entre la joie d’être en France et le manque de son pays et de sa famille restée là-bas. Elle riait facilement aussi, et d’abord d’elle-même, de ses larmes si fréquentes, et promettait de devenir plus forte. Elle aimait améliorer son français en discutant avec moi et me parlait beaucoup de ses proches pour lesquels elle s’inquiétait. Je n’ai pas su grand-chose d’autre, je n’ai rien demandé.
Peu à peu, elle a commencé à voler de ses propres ailes, jusqu’à s’affranchir des différentes aides du Foyer quand elle a obtenu le statut de réfugiée.
Je me demande comment elle va. Pourra-t-elle bientôt serrer à nouveau les siens dans les bras ? Quel sort sera réservé à l’Église syrienne dont sa famille fait partie ? Une nouvelle vague de réfugiés sera-t-elle à craindre dans nos fraternités ?
Une lueur d’espoir : la liberté des minorités, religieuses notamment, sera réellement garantie.
C’est ce qui est promis.
C’est ce que je veux croire, parce que je me sens concernée.
Grace Gatibaru, pasteure, Foyer de Grenelle, Mission Populaire évangélique
Je me demande comment elle va. Pourra-t-elle bientôt serrer à nouveau les siens dans les bras ?
Trouver l’équilibre
Je peux obéir aux élans de mon cœur, souvent militants, parfois irréfléchis, aveugles ou démesurés.
Si je me laisse toucher par les conflits lointains, ce sont mes ressorts intimes et affectifs qui sont actifs : sympathie pour des frères et sœurs humains vulnérables comme moi, colère contre une oppression, besoin d’estime de moi, et une certaine idée de la solidarité, de l’égalité, de la justice. Ressorts qui sont de véritables moteurs, et une injonction biblique.
Je peux aussi être tentée par la cruauté de la froide raison, qui me permet d’accepter mes limites, de ne pas me laisser déborder, de ne pas culpabiliser.
Je le sais, la mise à distance est nécessaire pour ne pas céder à la fatigue, au désespoir, à l’anxiété, à un sentiment d’impuissance. Ne pas me laisser trop toucher. Ce qui compte, c’est ce qui est à ma portée.
Pour trouver l’équilibre qui me paraît nécessaire entre compassion et préservation de ma santé mentale, je m’informe, pas trop, à partir de sources aussi fiables que possibles. J’essaie de regarder en face notre part de responsabilité dans les conflits lointains. Je m’engage, je m’efforce d’agir concrètement, de mon mieux, pour les autres.
Et je prie, je crois, j’espère.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
Sauver une vie
Je suis membre d’un collectif citoyen qui s’appuie sur une association de parents dans un village rural du Sud-Est de la France.
En ce moment, nous accueillons deux familles syriennes venues dans notre pays via les Couloirs humanitaires pour fuir la guerre, toutes deux avec quatre enfants. La première est arrivée il y a six mois et la dernière fin octobre, après beaucoup de difficultés. Quel soulagement !
Je me souviens qu’au départ, nous avons été maladroits, gênés par la barrière de la langue. Nous ne savions pas comment faire, les personnes accueillies non plus. Nous savions seulement que notre destin était lié.
C’est souvent grâce aux enfants que les premiers liens se créent. Quand on est soi-même parent, voir ces mères, ces pères tout quitter et tout recommencer loin de chez eux pour offrir un avenir meilleur à leurs enfants touche profondément.
Personne ne reste indifférent.
La logistique est lourde mais ces arrivées ont suscité un vrai élan de générosité autour de nous.
Nous n’avons eu aucun mal à meubler les logements, collecter des vêtements et des chaussures, équiper la cuisine, trouver des jeux et des vélos… Cela procure une joie intense.
Ensemble, avec le collectif citoyen, j’ai compris qu’on peut vraiment sauver une vie.
Adélaïde, présidente d’un collectif citoyen dans le Sud-Est de la France
Mon Dieu, je ne suis pas indifférent aux conflits lointains.
Parfois, je suis submergé par les violences faites aux hommes par les hommes, et révolté.
Aide-moi à conserver mon empathie.
Préserve-moi du renoncement et de la démission égoïste.
Permets-moi de trouver l’attitude juste et utile.
Amen
Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.