Dieu ne fait pas de différence
La Bible, Romains, chapitre 2, verset 11
entre les gens.

Claire Biette
Chemins de réflexion
Seule, je n’y arrive pas
Le Dieu que présente la Bible est un Dieu qui aime l’humanité et propose à tous
un chemin de vie.
Nous sommes à notre tour portés dans nos actions par ce même désir de ne pas « trier » les personnes, les situations, les contextes, parce que nous aspirons à refléter cet amour dont nous sommes aimés.
Seulement voilà, il faut bien admettre que souvent nous n’y arrivons pas et que nos limites nous font souffrir : pas assez de temps, d’argent, de bras… Et parfois aussi pas assez de compréhension, de patience, d’amour.
Parce que l’autre me pousse dans mes retranchements et cela ne fait qu’accroître la fatigue, l’incompréhension, et même la colère de temps à autre.
Dans ces circonstances, c’est plutôt nous qui avons à entendre de nouveau que nous sommes accueillis comme nous sommes, sans condition. Avec notre désir de bien faire et nos forces humaines limitées.
Je crois très libérateur de recevoir, à cet endroit qui nous blesse, cet amour inconditionnel
manifesté par un Dieu qui, en Christ, connaît ces limites.
Il me permet de lui confier aussi tous ces « autres » que je n’ai pas réussi à accueillir comme je l’aurais voulu, d’admettre que seule je n’y arrive pas, et que je ne suis pas le critère d’attribution ultime de ce qui fonde la valeur des êtres. Heureusement.
Anne Faisandier, pasteur EPUdF, Temple du Marais (75)
Nous collons souvent des étiquettes de travers
Emmanuel Levinas affirmait : « Le visage de l’autre m’assigne une responsabilité infinie. »
C’est sublime, mais l’infini, c’est long, surtout quand les budgets sont à sec. Exiger l’accueil inconditionnel d’un intervenant qui jongle avec des quotas et des normes, sans lui en donner les moyens, est une violence qui mène au burn-out.
Dans la réalité, quinze secondes suffisent à notre cerveau pour scanner l’autre, le classer et lui coller une étiquette, souvent de travers. L’accueil inconditionnel qui fait partie de l’ADN de nos organisations commence par un aveu libérateur : l’acceptation de notre propre part d’ombre – nos humeurs, nos préjugés et notre fatigue.
Ignorer notre ambivalence, c’est se condamner à craindre l’autre dès qu’il bouscule nos certitudes ou l’image préconçue que nous avons du « pauvre » ou de la « victime ».
Savoir que Dieu nous accueille inconditionnellement, avec nos dossiers en retard et nos états d’âme, change la donne.
La Bible nous rappelle que le soleil se lève sur tous et que « Dieu ne fait pas de différence entre les gens ». Cette grâce universelle nous libère. Nous cessons alors de gérer des « cas » plus ou moins difficiles, pour enfin rencontrer des humains.
Accueillir avec bienveillance, c’est accepter de se laisser mouiller par cette pluie de grâce, sans chercher à rester à l’abri derrière nos étiquettes.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite
La Bible nous rappelle que le soleil se lève sur tous et que
« Dieu ne fait pas de différence entre les gens ».
Nous les aimons comme ils sont
Dans notre accueil d’urgence, nous recevons des adolescents de 12 à 18 ans sur ordonnance de placement.
Sur le papier. En réalité, nous nous adaptons aux besoins, car l’accueil inconditionnel est au cœur de notre projet de service. Nous faisons parfois des dérogations d’âge ou de profil lorsque la situation l’exige.
L’adaptabilité est essentielle et repose sur la cohésion de l’équipe. Beaucoup de ces jeunes ont traversé des situations de grande violence avant d’arriver ici. Ce n’est pas le jeune qui s’adapte au service, c’est le service qui s’ajuste au jeune.
L’accueil inconditionnel ne signifie pas l’absence de règles. Au contraire, les adolescents ont besoin d’un cadre sécurisant. Mais ce cadre est personnalisé selon leur maturité et leur histoire.
L’accueil peut être influencé par ce que l’on sait du jeune avant son arrivée. Je veille à ne pas laisser le dossier compromettre la première rencontre. Les adolescents perçoivent très vite le regard posé sur eux. Si on les regarde avec méfiance, ils se ferment. Si on les accueille avec empathie et respect, quelque chose devient possible.
Ces adolescents ont besoin d’un lien fiable, d’une présence engagée. Nous cherchons chaque jour à les sécuriser, les protéger, répondre à leurs besoins et panser leurs blessures.
Nous les accueillons et les aimons tels qu’ils sont.
Najate Seghrouchni, Cheffe de Service, Accueil d’urgence des Foyers Matter à Montélimar (26)
Seigneur, je viens devant toi sans fierté et avec beaucoup de tristesse.
Il faudrait faire plus, mieux, autrement. Je n’y arrive pas.
Le visage de mes frères et sœurs rejetés est pour moi le reflet du tien crucifié.
Pardon Seigneur pour ma fatigue et mes larmes.
Je te donne tout.
Que ta présence nous porte, eux et moi.
Que ton amour nous guérisse.
Que ton chemin de vie s’ouvre au bout de nos impasses.
Amen
Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.