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La Boussole

La Boussole VI - 31

Suis-je une graine d’espérance ?

Si le grain de blé que l’on a jeté en terre ne meurt pas,
il reste un grain unique.
Mais s’il meurt, il porte du fruit en abondance.

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 12, verset 24

Coquelicots,
Claire Tragel

Chemins de réflexion

Faire briller la vie

Cyclamens, tulipes, roses, géraniums, les fleurs abondent dans les écrits d’Etty Hillesum.
Au milieu du chaos et de l’anéantissement, cette jeune fille juive se laisse émouvoir
par la beauté et la bonté qui émanent des « plus petites choses » de la vie. Peu de temps
avant sa déportation, un arc-en-ciel la remplit de joie. Malgré les souffrances endurées,
elle déborde de reconnaissance et réconforte ceux qu’elle croise.
En ces temps incertains, son témoignage nous inspire.
Le premier septembre a eu lieu la Journée mondiale de prière pour la sauvegarde
de la Création sur le thème « Semences de paix et d’espérance ». Quelle belle
métaphore que celle de la graine !
Tombée dans la nuit profonde de la terre, la graine s’enfonce dans le froid pour renaître
à la vie. De la plus petite semence peut surgir une plante magnifique. Profond mystère !
Une seule graine est nécessaire pour faire briller la vie.
Il suffit parfois d’une parole, d’un sourire, d’un petit rien pour ranimer l’espérance.
C’est toute la création qui soupire et attend la rédemption !
Je peux aimer ma vie en m’y accrochant, en voulant profiter de toutes les occasions.
Je peux aussi, seule ou avec d’autres, oser tous ces gestes, même anodins, qui la changent et nous sortent de la laideur et de la désespérance.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

Une seule graine est nécessaire pour faire briller la vie.

Partager ce qu’on a reçu

À travers des images prises dans la nature ou la vie quotidienne, le Christ nous explique des réalités spirituelles qui nous seraient incompréhensibles, sans elles : nous pouvons le remercier de se mettre ainsi à notre portée.
Dans le verset en exergue, il est question d’un simple grain de blé qui, s’il ne veut pas rester seul, doit accepter de mourir afin de donner un bel épi.
Nous sommes invités, par cette parole, à partager ce que Dieu met dans notre cœur quand nous plaçons notre confiance en lui, à savoir l’espérance : elle n’est pas un simple espoir limité à notre vie terrestre mais bien plus, elle concerne l’au-delà, l’éternité.
Le fait qu’une telle réalité dépasse de loin notre intelligence pourrait nous décourager d’être « une graine d’espérance ».
Nous sommes, au contraire, appelés à être fidèles dans ces petites choses, à nos yeux insignifiantes ; elles peuvent sans aucun doute produire beaucoup de beaux fruits : une attitude bienveillante, un sourire, des paroles d’encouragement ou de réconfort, un soutien matériel ou spirituel…
Soyons donc des graines d’espérance, partageons ce que nous avons reçu, sachant que ce ne sera jamais en vain : la Bible nous affirme que nous récolterons ce que nous aurons semé.
Mario Holderbaum et Bruno Landais, pasteurs, Église tzigane Vie et Lumière

Résister à l’usure du monde

Je travaille dans une cuisine centrale, là où chaque jour commence très tôt entre les casseroles, les commandes, les imprévus. Je travaille au cœur d’un système où tout va trop vite, où les coûts comptent plus que les personnes.
Et pourtant c’est là, dans le soin discret porté aux repas de centaines de personnes vulnérables, que je choisis de semer.
Quand j’opte pour des produits locaux, quand je limite le gaspillage, quand je m’assure qu’un résident mange dignement, je fais un geste pour la planète et pour la justice. Le respect du vivant commence dans les casseroles. Je crois que par nos actes, même minimes, nous pouvons résister à l’usure du monde.
L’espérance, ce n’est pas croire que tout ira bien, mais continuer quoi qu’il advienne. C’est ne pas céder au cynisme, même quand les moyens manquent ou que le système semble à bout de souffle. L’espérance ne se crie pas, elle se sème.
Elle ressemble à une main tendue, à une prière silencieuse au milieu du bruit des cuisines. Elle est un plat mitonné avec attention, une confiance accordée, un geste de bienveillance malgré la fatigue.
Je ne suis ni prophète, ni héros. Je ne sais pas toujours ce qui pousse mais je sais que Dieu travaille à travers le peu que j’offre : une écoute, un sourire, un bon plat. Et cela suffit à donner du goût à mes journées.
Olivier Dechaise, responsable de la cuisine centrale, Fondation John BOST à La Force (24)

Seigneur,
Je veux remettre ma vie entière entre tes mains, avec mes questions,
mes doutes et mes craintes pour aujourd’hui et pour demain.
Ce monde t’appartient, la terre et tous les êtres qui l’habitent.
Aide-moi à oser des gestes, même très petits, pour célébrer la vie.
Aide-moi à défricher en moi des clairières de paix* et à y planter des graines d’espérance.
Amen.
*Citation d’Etty Hillesum.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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