Il n’avait pas l’allure ni le genre de beauté qui attirent les regards. Il était trop effacé pour se faire remarquer.
La Bible, Ésaïe, chapitre 53, verset 2b

Marie-Hélène Vallade Huet
Chemins de réflexion
De la gloire à la disgrâce
Je me souviens d’un film, tragique et comique à la fois, du réalisateur polonais Andrzej Wajda, L’homme de marbre. Ce film retrace l’histoire de l’ascension et de la disgrâce d’un maçon, Mateusz Birkut, devenu un héros de la propagande communiste dans les années 1950, en Pologne.
Ce maçon est montré en exemple à toute la classe ouvrière polonaise pour la qualité et la rapidité de son travail. Mais un jour, le pouvoir n’a plus besoin de lui et Birkut, l’ouvrier-héros, quitte son habit glorieux pour redevenir un homme ordinaire que tout le monde va oublier très vite.
Le plus souvent, le héros ne sait pas qu’il pourrait devenir une figure exceptionnelle et être mis sur un piédestal. L’institution se sert de lui pour galvaniser les foules et les rendre dociles ; ou alors l’histoire s’empare un jour de son parcours pour offrir un modèle aux générations futures et construire de nouvelles normes inspirées par son nom devenu glorieux.
Non, nous n’avons pas besoin de figure héroïque ; le Christ est l’exemple même du héros. Là où beaucoup de héros gagnent parce qu’ils sont les plus forts, le Christ gagne en acceptant ce qui ressemble extérieurement à une défaite.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban
Là où beaucoup de héros gagnent parce qu’ils sont les plus forts, le Christ gagne en acceptant ce qui ressemble extérieurement à une défaite.
Nous aimons les vendeurs de rêves
Entre la vérité crue et l’illusion flatteuse qui ménage notre besoin d’indépendance émotionnelle, le choix est souvent vite fait… En réalité, il me semble que nous avons tous, cruellement, besoin de héros.
Bien que nous nous en défendions vigoureusement, nous aimons les réponses faciles et les vendeurs de rêves.
Nous préférons risquer la déception d’avoir trop investi dans un héros potentiel qu’accepter l’idée d’un monde livré à lui-même. Bien orgueilleux celui qui se moque de ses contemporains, si prompt à héroïser le dernier séducteur venu…
Mais existe-t-il de vrais héros, crédibles et sains, qui méritent ce nom ? Paul enseignait aux chrétiens de l’imiter et Pierre appelait les responsables d’Église à être des modèles pour le troupeau. Quant à l’auteur de l’épître aux Hébreux, il évoque une nuée de témoins susceptibles de nous inspirer.
Mais par-dessus tout, la Bible présente un seul Christ, un seul Esprit, un seul Dieu, tout-puissant, tenant le monde dans ses mains et agissant, entre autres, à travers des hommes pécheurs, en rappelant que pas un seul n’est juste… Nous avons tous besoin de héros, et d’être guéris de ce besoin. Et parfois d’être guéris du besoin d’être nous-même le héros. Tous et toujours, puissions-nous lever les yeux vers Celui qui seul est amour, parfait, digne de nous inspirer, et qui a tout prévu pour ce monde et nos vies.
Julien Coffinet, pasteur, directeur général de la Fondation La Cause (78)
Les héros sont des supports de projection
Nous pouvons voir dans le héros et ce qu’en fait naturellement l’enfant, en sollicitant son monde imaginaire, une inspiration personnelle, comme un repère qui le guide dans sa construction et la compréhension de son environnement, en faisant fonction de surmoi.
Ces héros en disent long sur les personnes et leur sentiment de sécurité. Ils sont des supports de projection. Ils peuvent mettre en lumière aussi bien des peurs potentielles que des forces à actualiser, souvent présentes dans l’environnement familial. Une attirance pour un héros est en effet souvent liée à des traits que nous reconnaissons chez nous.
Nous pouvons utiliser trois leviers – compétences, valeurs, ressources – pour raccrocher les personnes à leurs forces, les remettre en relation avec elles-mêmes, leur permettre de rester debout, rehausser leur estime de soi, leur redonner du mouvement.
Il me semble que ces héros, présents dans l’esprit d’un humain, sont très positifs. Ils manifestent probablement la capacité de discernement entre le bien et le mal chez l’individu, ce qui est un grand atout.
Ces héros peuvent aussi nous offrir l’occasion d’avoir accès à ses valeurs, éventuellement transmises par les proches. Le remettre en relation avec cette construction pourrait agir sur la confiance en soi, l’espoir et l’envie d’avancer.
Haud Herbert, psychologue, MECS Les Enfants de Rochebonne, Fondation Armée du Salut, Saint-Malo (35)
Seigneur Jésus,
Toi qui n’as pas vaincu par l’épée,
toi qui n’as pas cherché les honneurs,
toi dont la gloire fut celle de la croix,
apprends-nous la force cachée de la douceur.
Quand nous rêvons d’être grands,
rappelle-nous que tu as choisi d’être serviteur.
Conduis-nous sur le chemin où ton amour est plus fort que la victoire.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.