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La Boussole

La Boussole VII-26

Comment gérer les polyvulnérabilités ?

Près de la piscine de Béthesda, réputée pour être un lieu de guérison, Jésus aperçoit un homme paralysé depuis trente-huit ans et lui demande s’il veut être guéri.
L’homme lui répond :

Seigneur, je n’ai personne pour me descendre dans la piscine quand l’eau se met en mouvement. Et pendant que j’essaie d’y aller, un autre descend avant moi.

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 5, verset 7
Méditation en matières,
Carole Troclet

Chemins de réflexion

Descendons dans la piscine

Nous parlons de polyvulnérabilités, de « cas complexes », mais peut-être devrions-nous d’abord parler d’isolement…
« Je n’ai personne pour me descendre dans la piscine. » Ce cri n’est pas seulement celui d’un homme paralysé : il dit les liens rompus, un abîme de solitude et d’injustices. Handicap, pauvreté, exil, troubles psychiques ne sont pas des étiquettes, mais plutôt des couches d’abandon qui se superposent !
Lorsque la vulnérabilité devient cumulative, comme si chaque fragilité appelait la suivante, la tentation pour nous, bénévoles et salariés des associations d’action sociale, est de répondre par des dispositifs cloisonnés, spécialisés, des aides ponctuelles.
C’est oublier qu’ainsi on court le risque de fragmenter davantage encore les personnes que nous voulons accompagner. C’est oublier aussi que jamais personne ne se réduit à ses fragilités. Chacun est en réalité mille autres choses qui peuvent faire sa force : son histoire, son espérance, sa volonté, ses sentiments, ses relations, ses expériences, ses envies…
Ne soyons pas des gestionnaires : la multivulnérabilité ne se rationalise pas, ne se structure pas ni ne s’optimise.
La première urgence est peut-être tout simplement, avec modestie, prudence et courage, de descendre dans la piscine avec l’autre qui nous espère présent à ses côtés.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Lorsque la vulnérabilité devient cumulative, comme si chaque fragilité appelait la suivante, la tentation pour nous, bénévoles et salariés des associations d’action sociale, est de répondre par des dispositifs cloisonnés, spécialisés, des aides ponctuelles.

Prévenons l’effet cascade des vulnérabilités

Polyvulnérabilités ? L’expression, un peu lourde, pose des questions très actuelles.
Je pense spontanément à la jeunesse en mal de reconnaissance qui peine à trouver sa place dans la société, se sent parfois abandonnée, sans avenir.
Les jeunes cumulent des fragilités psychologiques, émotionnelles, financières…
Leur mal intérieur et leur colère diffuse peuvent devenir insupportables au point de les pousser vers des excès et actes de violence de toutes sortes, comme en témoigne l’actualité. À l’évidence, notre société doit réagir sur les plans politique, éducatif, financier. Il est urgent de donner à toujours plus de jeunes une place dans la société, un accès au monde du travail. Et nous ? Que pouvons-nous faire personnellement ? Prendre soin de nos jeunes est sans doute notre premier devoir et défi. Une présence aimante, écoutante, patiente d’un adulte responsable peut éviter l’effet cascade des vulnérabilités, les aider à faire face à leur mal être et à trouver un minimum de stabilité dans un monde si instable.
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly

Une vulnérabilité peut en cacher une autre

Les patients sont souvent polyvunérables. À l’hôpital, on a des équipes pluridisciplinaires, on peut ainsi tirer toutes les ficelles. Par exemple, si je constate une fragilité psychique ou une vulnérabilité mentale, je fais appel à la psychologue.
Un professionnel doit savoir repérer les vulnérabilités associées et en parler avec ses collègues. La qualité de l’équipe est essentielle. On met en commun nos compétences, nos ressources, on fait appel à la bonne personne et la gestion des vulnérabilités est assurée dans les meilleures conditions.
Il arrive cependant que des équipes n’évoluent pas dans cette configuration favorable et fonctionnent en silo : chacun fait ce qu’il a à faire dans son domaine et fait abstraction du reste. Et là, la plurivulnérabilité n’est pas perçue. Il faut prendre le temps, creuser un peu parce toutes les vulnérabilités ne sautent pas aux yeux.
C’est particulièrement vrai en gériatrie. Une vulnérabilité, jusque-là compensée, peut se révéler à l’occasion d’une carence, d’un événement banal comme une bronchite, et une deuxième vulnérabilité apparaît aussitôt. Puis une troisième… C’est l’effet domino.
La prévention est précieuse. Elle permet d’identifier les fragilités préexistantes, sous-jacentes, infracliniques, d’anticiper et, autant que possible, de les corriger ou de les compenser.
Catherine Wendling, ancienne praticienne hospitalière à Colmar (68)

Dieu de toute miséricorde,
Nous venons vers toi, le cœur lourd de désarroi
face à des situations qui nous dépassent :
celles de femmes, d’enfants, d’hommes qui accumulent des fragilités.
Tu t’es placé à côté d’eux, en Jésus ton Fils.
Il a dit : « Ce que tu as fait à un de ses petits, tu l’as fait à moi. »
Toi, qui nous accueilles sans cesse avec nos limites multiples,
aide-nous à accueillir les plus fragiles parmi nous.
Apprends-nous à voir ton visage en eux,
comme une invitation à aimer toujours davantage.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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