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La Boussole

La Boussole VII-25

Comment répartir la charge?

Oui, mon joug est facile à porter et mon fardeau léger.

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 11, verset 30
Les deux frères,
Pim Warren

Chemins de réflexion

Déléguer, un apprentissage salutaire

Le joug est à l’origine un levier ergonomique : il répartit l’effort. S’il ne sert pas à brimer, il permet de porter ensemble de lourds fardeaux, par amour et par service.
À l’hôpital, en Ehpad, dans les associations… tant de personnes portent le monde sur leurs épaules ! L’exemple du verre d’eau, donné par une psychologue, m’a éclairée : porté une minute, il est léger. Tenu à bout de bras pendant une heure, il fait mal. Porté toute une journée, il paralyse.
Nos préoccupations agissent de la même manière. Ainsi nous laissons-nous régulièrement submerger par des charges mentales déraisonnables ou par cette envie de tout gérer.
Certains traversent des vies profondément éprouvantes. C’est un acte de confiance difficile pour ceux qui sont sur tous les fronts, au quotidien, de passer le relais, de déléguer. Cette confiance s’apprend pourtant, à condition d’accepter de ne pas être infaillible, d’ouvrir les mains et de s’en remettre à plus grand que soi.
Dietrich Bonhoeffer l’affirme : « Porter le fardeau de l’autre signifie participer à sa peine, non en la subissant, mais en la partageant dans une commune humanité. »
C’est en vivant cette solidarité concrète que la charge cesse d’être un poids pour devenir le lieu d’une transformation intérieure et d’une authentique joie du service.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

C’est un acte de confiance difficile de passer le relais, de déléguer.

De la prise en charge à la prise en soins

Aumônier hospitalier, je constate la lourdeur de la charge qui repose sur les professionnels de santé. Et le manque de personnel ne fait que l’accentuer. Il y a peu, on parlait même de prise en charge des patients, renforçant ce sentiment de lourdeur…
Aujourd’hui, on préfère l’expression de prise en soins, le soin étant au cœur du monde de la santé. Cette prise en soins est de la responsabilité de tous : médecins, infirmiers, aides-soignants, kinés mais aussi personnel de service, administratif, technique… sans oublier les aumôniers.
Oser demander de l’aide et passer le relais quand la charge est trop lourde… Oser s’accorder un instant de pause pour reprendre son souffle… Oser dire à un collègue, un responsable, que cette charge ne permet plus de continuer à avancer, ou tout du moins qu’on craint de perdre sa bienveillance indispensable…
C’est là que l’aumônier a aussi toute sa place. À l’image du Christ, il se met à l’écoute ; à l’écoute du patient, de ses proches qui déposent leur fardeau, il peut ainsi se faire l’intermédiaire avec les professionnels ; à l’écoute de tous les professionnels qui ont besoin de déposer cette charge qui devient trop lourde.
Tous ensemble, prenons soin les uns des autres, osons dire quand la charge nous pèse et ouvrons nos oreilles à l’autre qui a besoin de déposer sa propre charge…
Isabelle Geiger, aumônier hospitalier de l’Église protestante unie de France

Ce que tu me demandes, c’est trop

D’abord, il est essentiel de mesurer la charge et les forces vives en place.
La coopération est essentielle pour définir les rôles, s’assurer que chacun se sente bien et occupe une place cohérente avec ses compétences et sa capacité d’investissement.
Quand on pilote une petite équipe, on gère autant le quotidien que la projection à dix ans, les finances, les ressources humaines et les cartouches de l’imprimante à changer ! C’est important que chacun connaisse son rôle, ses limites, les personnes sur qui il peut compter en cas de besoin. Bien construite, la coresponsabilité créé un climat sain et solidaire.
Une bonne recette : définir le champ des possibles et instaurer un climat de confiance où on se sent libre de dire : « Ce que tu me demandes, c’est trop » ou mieux encore : « J’ai besoin de renfort pour y arriver. »
On a tous à cœur de bien faire notre travail et rien n’est pire que d’être mis en situation d’échec. Un vrai enjeu, à mon sens, est le recul et la priorisation : tout est important mais tout ne peut pas être urgent, et le dirigeant ne doit pas distiller une pression contreproductive.
Au contraire, l’esprit joyeux et l’humour sont de redoutables armes d’efficacité collective !
Carine Dieu-Romastin, secrétaire générale de l’Association des étudiants protestants de Paris

Seigneur, aide-moi à ouvrir les mains 
pour poser les fardeaux que je porte à bout de bras,
et donne-moi la force d'en partager la charge.
Accorde-moi ces temps de respiration nécessaires pour retrouver,
au cœur même du service, la beauté et la joie de la vie.
Amen.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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