Il y a un temps pour tout et un moment pour toute chose sous le soleil.
La Bible, Ecclésiaste, chapitre 3, verset 1

Carole Troclet
Chemins de réflexion
Souris à la vie
Il y a un temps pour tout, un temps pour re-signer aussi.
Dans mon monde idéal, le soleil brille chaque jour, la pluie tombe calmement quelquefois, juste ce qu’il faut pour que les fleurs grandissent. Sans vents contraires, ni catastrophes naturelles, l’environnement est apaisant et ressourçant.
Seulement voilà, je fais l’expérience intime et universelle d’être soumise à des circonstances fluctuantes au fil des saisons. Des situations difficiles, des défis à surmonter et aussi des joies à partager.
Mon rêve éveillé se heurte à la réalité. Non ce monde idéal n’existe pas. Alors, comme Job dans la Bible, je peux m’adresser directement à Dieu dans ma détresse et mon incompréhension face à une maladie, un accident de la vie, la perte d’un proche. C’est auprès de lui que je me réfugie.
Dans les saisons inconfortables, je peux choisir de ressasser mes soucis ou de les déposer auprès de Jésus-Christ. Lorsque j’accepte l’inacceptable, l’absurde, lorsque j’accepte de ne pas tout contrôler, de ne pas tout comprendre, un espace se libère en moi et trace un nouveau chemin.
Souris à la vie : le reflet d’une force intérieure, celle de la foi, permet de continuer quoi qu’il advienne. Se résigner non pas comme un échec mais une escale avant de reprendre la route. Se résigner pour signer à nouveau.
Elsa Lespect, aumônier protestant, Fondation Bagatelle à Talence (33)
Dans les saisons inconfortables, je peux choisir de ressasser mes soucis ou de les déposer auprès de Jésus-Christ.
Engage-toi
Je l’avoue : à soixante ans passés, je trouve que le monde ne s’améliore pas. Techniquement peut-être, oui (mais où nous mène l’lA ?). Il y a moins de pauvreté sur terre qu’il y a quarante ans, certes. Mais moralement, humainement, progresse-t-on ?
Bien des valeurs pour lesquelles je me suis battu semblent en recul : le dialogue avec ceux qui pensent différemment, la justice sociale, la solidarité humaine, une spiritualité inclusive, la paix entre les peuples… Voir le monde évoluer dans d’autres directions est désolant et décourageant.
Si j’ai envie de me résigner, de me replier sur ma propre vie et les loisirs d’une société d’hyperconsommation ? Oui, par moment. Comme tout le monde. Quoique… à bien y réfléchir… non, je refuse ce repli sur moi. Pour au moins trois raisons.
D’abord ma foi en Dieu et mon attachement au Christ m’invitent à autre chose, à me tourner vers les autres et à chercher humblement mais activement à poser des actes responsables et altruistes.
Ensuite, je pense à la jeune génération, à ma fille entre autres. Je leur dois de ne pas me résigner mais de leur léguer un monde habitable, humain.
Enfin, je suis profondément convaincu que la vraie joie se découvre dans un engagement au long cours pour les autres.
C’est bien plus riche comme aventure humaine que de se replier sur soi. Alors je re-signe !
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly
Prends un autre chemin
Se résigner, ce n’est pas baisser les bras, c’est prendre un chemin de traverse, voir les choses sous un autre angle.
Inutile d’imaginer, qu’un jour, il n’y aura plus personne dans la rue ; ça n’arrivera pas. Devrais-je dès lors renoncer ? Non, parce qu’on peut faire en sorte que ce soit le moins difficile pour ces personnes, être à leurs côtés, disponibles, présents à la relation. Croire en elles.
Notre petite part, on peut la faire avec un sourire et une bonne humeur communicative, pendant quelques instants, une heure ou deux. On peut voir le verre à moitié plein, même quand la situation est très triste, difficile. Croire en un lendemain plus heureux.
Il est impossible de travailler dans une association comme la nôtre, qui accompagne des personnes en grande précarité, si on pense qu’on n’arrivera jamais à rien. Impossible de supporter l’insupportable : 3500 personnes à la rue dans l’agglomération lilloise, des centaines de jeunes en situation d’addiction, ce nouveau-né dans mes bras qui dormira dehors cette nuit…
Au bout du chemin, il y a toujours une espérance, une lumière, le soleil. Quelque chose qui brille. Dans chaque personne, chaque situation, une petite étincelle qui nous permet d’aller plus loin, d’accepter de ne pas avoir toutes les réponses, de reconnaître notre besoin des autres pour avancer.
Et de re-signer. Tout de suite ou plus tard. Ici ou ailleurs.
Pascale Suhr, responsable communication et collecte de fonds, abej SOLIDARITÉ à Loos (59)
Dieu vivant, ami des hommes, j’élève mon cœur et ma prière vers toi, pour t’apporter le monde qui va mal.
Est-ce que tu désespères parfois (souvent ?) de l’homme ? Je l’ignore. Mais je sais que tu nous réserves un avenir meilleur et que Jésus, ton fils, nous indique la bonne direction.
Alors, dans ce monde troublé et troublant, je (re)choisis de marcher avec toi, libéré de tout découragement et du repli sur moi, joyeusement dans l’aujourd’hui de Dieu.
Amen
Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.