Un homme descendait de Jérusalem à Jéricho, il tomba sur des bandits qui, l’ayant dépouillé et roué de coups, s’en allèrent, le laissant à moitié mort.
La Bible, Luc chapitre 10, versets 30 à 34
Il se trouva qu’un prêtre descendait par ce chemin ; il vit l’homme et passa à bonne distance.
Un lévite de même arriva en ce lieu ; il vit l’homme et passa à bonne distance.
Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de l’homme : il le vit et fut pris de pitié.
Il s’approcha, banda ses plaies en y versant de l’huile et du vin, le chargea sur sa propre monture, le conduisit à une auberge et prit soin de lui.

Chemins de réflexion
Quelle tristesse !
Ne plus prendre la main, ne plus s’embrasser, ne plus se serrer dans les bras au risque d’être contaminé ou de contaminer « l’autre ».
Sommes-nous devenus ce prêtre, ce lévite, qui s’écartent ? Sommes-nous au contraire, ce « Bon Samaritain » qui s’approche ? Celui qui ose s’approcher de « l’autre » doit d’abord sortir de ses retranchements, de ses peurs, de ses idées toutes faites.
Pour se rendre proche, il faut savoir s’éloigner, quitter sa zone de confort. Celui qui sort, prend un risque : être contaminé, contaminant, être bouleversé par la souffrance de l’autre, sa situation sociale, sa dépendance, son handicap.
Je suis empêché, confiné, je n’ai ni mule ni auberge mais je ne suis pas inutile.
La compassion n’est pas une qualité innée, mais le fruit d’une démarche, d’un mouvement vers l’autre. S’approcher d’une personne ne se mesure pas en mètre.
Es-tu celui qui s’approche ? Qui se rend proche, qui sait prendre soin, tout en gardant « la distanciation sociale » ?
Aujourd’hui, dans notre situation, je peux m’approcher du regard, toucher avec le son de ma voix, douce, profonde, rassurante. Par ma pensée, je me rends proche de l’autre malgré la distance. Être séparément ensemble.
Pierre-Jean Soler, Fondation de l’Armée du Salut
La compassion n’est pas une qualité innée, mais le fruit d’une démarche, d’un mouvement vers l’autre
Les soignants se rendent proches
De même que le Samaritain s’est rendu proche de l’homme blessé, de même les soignants se rendent proches, à leur manière, des malades du Covid 19.
Un détail de l’Evangile peut passer inaperçu : « il fut ému de compassion ».
Littéralement : « ses entrailles frémirent ». Faut-il frémir de compassion à chaque fois qu’on vient en aide à une personne malade, blessée, isolée, ou handicapée ?
Faut-il « souffrir avec » l’autre ? (com-passion) Je ne crois pas.
Il y en a un qui l’a fait pourtant, c’est Jésus, sans même prendre de précaution thérapeutique quand il touchait les lépreux pour les guérir.
Mais nous ne sommes pas Jésus… La compassion est une émotion qui ne se commande pas. Elle surgit en nous comme surgit la joie, la colère ou la peur. Si elle nous envahit parfois, tentons de la canaliser pour qu’elle ne s’impose pas à l’autre qui a seulement besoin d’attention, d’écoute… et peut-être aussi d’un peu d’amitié ?
Christian Tanon, Eglise Protestante Unie de France
Rencontre fugitive
Rencontre fugitive entre deux hommes sur la route reliant Jérusalem et Jéricho. Moment d’humanité entre un Samaritain et un homme blessé. Et pourtant tout les éloigne : l’origine, la religion, la situation. Ils sont l’un pour l’autre des inconnus.
Mais voilà, le Samaritain sait vivre pleinement une éthique de situation.
Il fait fi des coutumes, des barrières sociales et culturelles, des peurs, des qu’en dira-t-on ; il a cette liberté et cette capacité de faire au mieux pour se rendre proche de l’homme à terre.
Il met en application cette belle règle d’or : faire à l’autre ce que lui attendrait s’il était à la place de l’homme attaqué. Il fait preuve d’inventivité pour le secourir avec les moyens du bord.
Le Samaritain devient le prochain de cet homme qui pour lui prend un visage et un nom.
Faire preuve d’imagination en fonction du contexte pour se rendre proche de celui que l’on souhaite rejoindre par la parole, par l’écoute, par le geste, par l’écrit, par la pensée, par la prière…
Denis Heller, Eglise Protestante Unie de France
Notre Père qui est aux cieux.
Nous t'appelons "Père" car tu es un Dieu proche et aimant en Jésus-Christ.
Nous te disons "aux cieux" car tu es un Dieu lointain, autre, sur lequel nous ne pouvons pas mettre la main.
Merci de nous permettre de vivre avec Toi une relation de confiance, faite tout à la fois de proximité et d'éloignement.
Merci de nous avoir créés comme des êtres de relations, appelés à être en lien avec toi et désireux d'être en lien les uns avec les autres.
Mais aujourd'hui nous te l'avouons : il nous est dur de vivre de ces relations. Les mesures sanitaires, les gestes barrières nous imposent une distance. Des gestes d'affection ne sont plus possibles. Les visites à nos aînés, aux hospitalisés sont difficiles.
Aide-nous à être imaginatifs pour que nous nous rendions proche de l'autre rencontré, de l'autre aimé. Cet autre, comme toi, est à la fois proche et lointain, semblable et différent.
Amen.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.