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La Boussole

La Boussole - II - 04

Quelles fragilités protéger ?

Et Jésus dit cette parabole :
« Un homme avait un figuier planté dans sa vigne. Il vint y chercher du fruit et n’en trouva pas.
Il dit alors au vigneron :
« Voilà trois ans que je viens chercher du fruit sur ce figuier et je n’en trouve pas. Coupe-le. Pourquoi faut-il encore qu’il épuise la terre ? »
Mais l’autre lui répond :
« Maître, laisse-le encore cette année, le temps que je bêche tout autour et que je mette du fumier.
Peut-être donnera-t-il du fruit à l’avenir. Sinon, tu le couperas. » »

La Bible, évangile de Luc chapitre 13, versets 6 à 9
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

Prendre soin de chaque être

Vous aviez prévu d’être opéré, mais l’hôpital vous a déprogrammé : priorité aux patients Covid !
Vous êtes épuisé par votre travail de soignant, mais il faut tenir bon : priorité aux soins !
Tous, patients, soignants, citoyens, nous sommes face à la question : qui est prioritaire ? Assiste-t-on à un « combat des vulnérabilités » ?
La question est choquante, et risque de nous diviser.
Certes, des personnes sont plus fragiles que d’autres.
Mais la crise actuelle nous fait aussi (re)découvrir que nous sommes TOUS vulnérables.
Face à cette situation, tous ensemble et chacun à sa mesure, nous pouvons prendre soin les uns des autres : c’est notre vocation d’humains.
Le vigneron du récit sait ce qu’il faut de patience et d’attention, jour après jour, pour qu’un arbre porte du fruit.
Bêcher, nourrir la terre : cet homme nous rappelle l’importance des gestes humbles et quotidiens qui prennent soin de chaque être.
Une présence, un petit signe qui dit « tu comptes pour moi » : à nous de cultiver l’espérance !
Christine Renouard. Pasteure, Église Protestante Unie de France

Une présence, un petit signe qui dit « tu comptes pour moi » : à nous de cultiver l’espérance !

Faire le pari du temps long

Un propriétaire se montre impatient à propos de son figuier qui ne donne pas de fruits.
Il condamne le figuier avant même de savoir pourquoi il est improductif.
Tout un chacun, nous portons nos manquements et nos fragilités qui font parfois de nous des êtres mal accordés à la norme ambiante.
Est-ce structurel ? Est-ce conjoncturel ? Est-ce une lassitude passagère ?
Que faut-il faire pour que cela change ?
Il faudrait se poser toutes ces questions avant de porter sur notre prochain un jugement définitif.
En ces temps difficiles, beaucoup, heureusement, rencontrent des jardiniers qui ne veulent pas
perdre espoir et qui vont prendre soin du faible. Merci à tous ces jardiniers du quotidien que l’on croise en prison, dans les hôpitaux, les EHPAD, tous ces héros qui croient encore aux lendemains qui chantent. Ces jardiniers qui ne condamnent pas et qui font le pari du temps long qui relèvera le faible et libérera le coupable.
Brice Deymié, pasteur. Aumônerie aux prisons Fédération Protestante de France

Labourer avec patience la terre du quotidien

En cette période de crise, nous, responsables de structures accueillant des patients Covid, pouvons-nous nous permettre d’attendre alors que l’urgence est au rendez-vous, à l’instar du vigneron qui propose de s’occuper du figuier et d’attendre avant de le couper ?
Chaque jour des choix s’imposent : Faut-il d’abord protéger les patients confrontés à l’angoisse de l’inconnu, aux douleurs dorsales, aux difficultés respiratoires et troubles attentionnels ?
Il s’agirait alors de leur proposer des soins de confort, une écoute attentive, des relations à distance avec les proches dont ils sont séparés…
Ou bien faut-il protéger les soignants, souvent fatigués voire épuisés, en leur proposant des équipements adaptés, des temps de repos réparateurs, des groupes de paroles, des activités de bien-être ?
Tenir ensemble ces deux préoccupations paraît indispensable en invitant soignés et soignants
à comprendre et accepter cette pression, conséquence des circonstances actuelles.
Entretenir l’espérance, labourer avec patience la terre du quotidien, faire place à la vie pour être « les jardiniers de Dieu ». Un vrai défi !
Jocelyne Wullschleger, ex directrice d’établissements Fondation Diaconesses de Reuilly

Seigneur, devant la complexité de certaines situations, nous nous sentons parfois démunis, dépassés. 
Certaines décisions sont trop lourdes pour nous.
Nous te remettons toutes celles et ceux qui souffrent d’avoir à faire des choix difficiles.
Nous te confions aussi ceux qui se sentent rejetés, oubliés.
Rappelle-leur qu’ils ont du prix à tes yeux.
Tu as fait de nous des jardiniers de ta vigne, Seigneur.
Que nous sachions cultiver ton jardin, en prendre soin, avec tendresse et persévérance, dans l’espérance !

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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