Survint une femme de la ville qui était pécheresse ; elle avait appris que Jésus était à table dans la maison du Pharisien. Apportant un flacon de parfum en albâtre et se plaçant par-derrière, toute en pleurs, aux pieds de Jésus, elle se mit à baigner ses pieds de larmes ; elle les essuyait avec ses cheveux, les couvrait de baisers et répandait sur eux du parfum.
La Bible, Évangile de Luc chapitre 7, versets 37 – 38.

Chemins de réflexion
Oser se rencontrer
Comment ça, Une femme ose toucher Jésus ?
Cette relation au toucher nous interroge tant, dans le contexte sanitaire, que nous pourrions avoir ce choc du non respect de la convention.
C’était d’abord une question de l’interculturel ; se faire 1,2,3,4 bises, se serrer la main ou se saluer à distance, un sourire.
En ce moment s’érigent beaucoup de regards désapprobateurs à la simple proposition d’un geste d’affection, ou en voyant d’autres osant se toucher, comme le religieux outré par cette scène entre la femme et Jésus.
Pourtant ce dernier dit à la femme : « Ta confiance t’a sauvé. Va en paix. »
Un jeune disait dans une rencontre : « On se fait la bise ? Parce que moi j’ai l’habitude de me prendre des vents ! ».
C’est bien une question de rencontre, de consentement entre les personnes concernées.
Pouvons-nous encore nous laisser habiter et oser la spontanéité de la rencontre à l’autre, à l’affection véritable dans nos liens sans être enfermés dans des peurs ou de simples convenances de pro ou d’anti bisous ?
Rémi Droin, Pasteur à To7, Toulouse Ouverture.
Pouvons-nous encore nous laisser habiter et oser la spontanéité de la rencontre à l’autre ?
Place à l’initiative
Tous ces derniers mois, notre comportement a été dicté par les prescriptions et les injonctions liées à la situation sanitaire. Pour la moindre sortie, le moindre projet, nous nous demandions si nous étions dans les clous. Nous naviguions au gré des interdits et des autorisations. Notre rapport à autrui a été conditionné par les mesures barrières.
Nous n’avions plus à nous interroger par nous-mêmes sur le bon et le bien à pratiquer mais nous avions à appliquer et à exécuter ce qui nous était édicté.
Savons-nous vivre encore par nous-même, prendre des initiatives, sortir des sentiers battus, oser l’incongru et l’original ?
Cette femme qui rencontre Jésus laisse parler son cœur, plutôt que de s’en tenir aux conventions sociales de son époque. Elle ne conforme pas son attitude au bienséant ou au bien-pensant.
Elle pose un acte de gratuité et de liberté.
Saurons-nous retrouver le goût de l’aventure, le courage de la nouveauté, l’élan de la créativité, la simplicité des gestes de tendresse ?
Denis Heller, pasteur. Fondation Diaconesses de Reuilly.
Dire l’importance de l’autre par des gestes
J’aurais aimé, en sortant mon mouchoir pour essuyer ses larmes, la prendre dans mes bras, déposer un baiser sur son front. Elle venait d’apprendre le décès de son époux.
Je bredouillais hésitante quelques mots de consolation comme étouffée par ma retenue physique imposée.
Alors pensais-je : « quand de nouveau l’étreinte, le témoignage d’affection qui accompagne l’indicible, l’inexprimable ? »
Au fond, nous avons été privés de spontanéité, empêchés de recevoir et de donner ces gestes qui apaisent, consolent, témoignent d’une proximité d’être. Au Danemark, on parle de hudsult, la faim de peau et cette retenue frustrante nous a obligés à chercher, à exprimer notre amour, notre amitié autrement en osant, par les mots et les attentions « toucher » l’autre différemment pour être « Covid friendly ! »
Le jour des embrassades, des poignées de mains chaleureuses, des bises affectueuses ne saurait tarder.
Nous les savourerons à nouveau et leur donnerons du sens pour traduire par nos gestes l’élan de notre cœur qui témoigne l’importance de l’autre à nos yeux comme le fit cette femme aux pieds de Jésus. Françoise Caron, Présidente de la Fédération Nationale des Associations Familiales Protestantes.
Seigneur nous sommes si souvent pris dans le carcan des règles, paralysés par le qu'en-dira-t-on et par le conformisme.
Prends-nous par la main pour imaginer des gestes de fraternité et d'humanité.
Fais-nous inventer des mots, des attitudes, des actions qui disent l'amour et la confiance.
Apprends-nous les chemins de la liberté et de la générosité.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.