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La Boussole

La Boussole VII-04

Puis-je tout entendre ?

La parole de l’Éternel était rare à cette époque, les visions n’étaient pas fréquentes.

La Bible, 1 Samuel, chapitre 3, verset 1
Le rayon de soleil,
Véronique Legros-Sosa (extrait)

Chemins de réflexion

J’en ai assez entendu !

Les mots des autres, les bruits du monde, mes pensées parlent en même temps.
L’ouïe est le seul de nos sens qui ne s’arrête jamais, même la nuit : je ne peux pas décider d’être sourde. Or, trop entendre, c’est risquer de me perdre ; comme j’aimerais retenir uniquement le bon, le juste, le vrai !
Je me souviens d’un de mes collègues qui, en pleine réunion, avait dit très tranquillement :
« J’en ai assez entendu, je démissionne. » Quel panache ! Des années plus tard, je mesure son courage.
Toute idée, même choquante, dérangeante ou minoritaire peut être exprimée, c’est la liberté d’expression. Mais il y a une limite à ne pas dépasser : le respect de la dignité humaine, de la vie privée, la protection contre les discours haineux, violents ou discriminatoires, le droit à la tranquillité et à la sécurité psychologique.
Humainement, j’ai le droit de ne pas tout entendre. D’ailleurs physiologiquement, je ne peux pas tout entendre non plus. Il existe des fréquences inaudibles à notre oreille humaine, les ultrasons qui pourtant influencent les corps, les animaux, les matières.
Nous devrions essayer d’écouter « juste » : ce qui nourrit, ce qui éclaire, ce qui apaise.
De discerner ce qui compte, ce qui est rare comme la parole de l’Éternel, ce qui résonne en nous, ce qui nous permet de supporter le bruit et la fureur du monde.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Pas question de se laisser intimider

Le livre de Samuel décrit un monde marqué par la violence où la Parole se fait rare. Les responsables du peuple eux-mêmes participent à cette déréliction. Mais tout n’est pas perdu : dans le temple, la lampe brûle encore et au milieu de ce chaos la Parole va surgir, portée par un enfant, Samuel.
Que j’en sois le destinataire ou un récepteur fortuit, les mots ont un vrai pouvoir. Ils peuvent guider, apaiser, réconforter, élever… mais aussi diriger sur des mauvais chemins, blesser, détruire, et même tuer. Une parole mauvaise s’infiltre dans l’esprit, s’accroche au cœur et laisse des cicatrices.
Dans ma vie privée ou professionnelle, je suis parfois destinataire ou témoin de paroles dures, d’insultes, de piques ou de mensonges éhontés. En France, les violences verbales sont punies par la loi.
Jésus souligne une proximité entre le meurtre, la colère et l’insulte et il nous place devant nos responsabilités. « Il n’y a pas de petite et de grande violence : elle est tout entière dans un acte », affirmait Jacques Ellul.
Pouvons-nous tout entendre ? Notre situation est inconfortable. Que dire ? Que faire ?
Il est vital de ne pas nous laisser intimider et de rester connectés à nos valeurs. Notre réaction peut faire une vraie différence. Nous ne sommes pas sans ressources. Dieu nous promet, comme à Samuel : « Je suis avec toi ! »
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

Que j’en sois le destinataire ou un récepteur fortuit, les mots ont un vrai pouvoir.

La vigilance est de rigueur

Dans ma pratique de bénévole, je suis extrêmement attentive à ne pas tomber dans le piège d’accepter tous les propos énoncés comme des vérités.
Le public du Foyer fraternel est varié : jeunes, familles, habitants du quartier, personnes en situation de précarité.
L’accueil est historiquement inconditionnel, quels que soient le pays d’origine, la situation administrative, le statut social, les croyances… La parole est libre, chacun énonce « sa » vérité. Mais dois-je cautionner tout ce que j’entends ?
Et d’ailleurs, peut-on tout dire ?
Pour les uns, des vérités émergent de la confrontation avec des réalités qu’ils découvrent. Pour les autres c’est la violence de la vie qui s’impose et modèle leurs propos.
La vigilance est de rigueur. Gentillesse, écoute bienveillante et conversations sereines éloignent les propos haineux.
Je crois en la richesse du dialogue. L’échange humain compte aussi parmi les valeurs du Foyer.
L’autre a beaucoup à nous apprendre.
Par les temps qui courent, on entend partout des propos venimeux contre tous ceux qui sont « différents » et tout ce qui est « discordant ». Et les bruits de bottes qui les accompagnent. Nous avons besoin de repères pour discerner ce que nous pouvons ou ne pouvons pas entendre. Je trouve les miens dans la Bible.
Nicole Ransan, bénévole au Foyer Fraternel Bordeaux

Seigneur,
Dans un monde où les mots blessent, où les mensonges s’élèvent comme des murs, aide-moi à prendre du recul, à ne pas laisser ces discours empoisonner mon cœur.
Je veux être un artisan de paix, dans mes paroles et mes gestes, et un témoin de ton amour,
Garde-moi proche de toi afin que ta Parole soit ma lumière et ma force.
Amen.
En partenariat avec Radio Omega

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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