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La Boussole

La Boussole VI - 43

Peut-on apprendre à attendre ?

Mais si nous espérons ce que nous ne voyons pas,
nous l’attendons avec patience.

La Bible, Romains, chapitre 8, verset 25
Attente,
Carole Troclet

Chemins de réflexion

Habiter l’attente pour structurer la vie

Dans la célèbre pièce de Samuel Beckett, En attendant Godot, deux amis clochards,
Vladimir et Estragon, attendent un certain Godot qui ne viendra jamais. Leur situation
reflète un sentiment d’inertie et de dépendance envers une promesse de salut qui n’arrive pas. Le cycle de l’attente se répète indéfiniment exprimant leur vision pessimiste du monde.
Les chrétiens auraient-ils la particularité « d’habiter l’attente » pour rendre l’univers
moins absurde ?
Contrairement à l’attente vide et stérile de Vladimir et Estragon, paralysés par l’incertitude et l’absence de sens, l’attente chrétienne repose sur une promesse : la venue de Dieu et l’accomplissement de son Royaume.
Cette espérance n’invite pas à l’immobilité mais à l’action, elle pousse à transformer la société par la charité, la justice et le soin apporté aux plus faibles. En ce sens, l’attente chrétienne ne consiste pas à subir le temps mais à lui donner une direction.
Là où Beckett montre une humanité prisonnière d’un présent sans horizon, la tradition
chrétienne propose une attente qui structure la vie, lui confère une signification
et cherche à réduire l’absurdité du réel. L’attente chrétienne apparaît comme une manière d’habiter le monde en y introduisant l’espérance plutôt que le vide.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

L’attente chrétienne apparaît comme une manière d’habiter le monde en y introduisant l’espérance plutôt que le vide

L’attente active est féconde

L’attente rythme mon quotidien. J’attends : le métro pour aller au travail, mon mari/ma femme, la réalisation de mes projets, l’accomplissement de mes rêves, etc. Mais la vraie question est de savoir de quelle façon attendre. Pour beaucoup, l’attente suscite stress et angoisse. Comment alors gérer mes émotions durant l’attente ?
Il existe deux formes d’attente. L’attente passive, comme lorsque je suis dans la salle d’attente d’un cabinet médical, est improductive.
En revanche, l’attente active est féconde : je me prépare à accueillir ce qui doit venir, tel un athlète en entraînement en vue d’une compétition. Cette préparation peut impliquer un travail sur moi Dimanche, nous entrons dans la période précédant Noël, celle de l’Avent.
L’Avent, c’est le temps de l’attente de celui qui advient, une attente spirituelle : j’attends de voir mes désirs profonds comblés. L’Avent, c’est s’attendre à Dieu. L’Avent c’est attendre Dieu. Et cette attente est un chemin vers mon épanouissement spirituel.
À l’approche de Noël, alors que la frénésie domine, il est précieux que je m’accorde des instants de silence. Ce silence, forme d’attente active, m’aide à apprivoiser mes émotions et à me recentrer sur l’essentiel : Dieu, ma famille, mon prochain. L’attente, vécue ainsi, devient source de paix et de croissance.
Dorcas MOURY, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie
à Epinay-sur-Seine (93)

Un apprentissage au long cours

Enfant, comme pour beaucoup d’entre nous, l’attente me paraissait interminable.
L’attente, c’est frustrant. Depuis qu’elle a trois ans, je dis à ma petite fille : « La frustration aide à grandir. »
C’est devenu notre ritournelle, elle ponctue nos moments de complicité. Tout comme elle, tous les jours, j’apprends encore à attendre. Attendre quelqu’un de proche, quelque chose dont j’ai envie, un événement, un rendez-vous…
Il y a des attentes sur lesquelles j’ai prise, j’ai le moyen d’agir, et d’autres pas, comme le retard d’un train… La méditation, la prière m’aident à rester sereine, à faire confiance. J’ai appris à attendre au fil des ans. Et appris à apprendre aux bénévoles que j’ai côtoyés qu’il faut être patient avec les personnes accompagnées.
L’Entraide luthérienne de l’inspection de Paris appuie financièrement des projets dans le champ de l’action sociale, et j’ai rencontré de nombreuses associations qui doivent gérer le temps (souvent long) de l’attente de dons. Parfois, les attentes sont déçues.
Comment poursuivre son œuvre lorsque les financements ne sont pas assurés ?
La présidente de l’association FREE, qui agit contre la traite humaine en Roumanie, ne baisse jamais les bras. Pas à pas, portée par la foi et la confiance, elle multiplie les actions pour répondre aux besoins. Elle est un exemple d’attente persévérante pour moi.
Fabienne Chambry, présidente de l’Entraide luthérienne de l’inspection de Paris

Seigneur,
Alors que je vis une période d’attente,
par ta lumière viens mettre le doigt sur ce que je dois travailler en moi.
Viens combler mes besoins le plus profonds.
Apprends-moi à savoir m’arrêter, à faire silence,
pour me décentrer de mes préoccupations et de moi-même
et me recentrer sur toi.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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