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La Boussole

La Boussole VII-13

Où est passée mon insouciance ?

Ce n’est pas
en vous faisant du souci
que vous pouvez ajouter
un seul jour à votre vie !

La Bible, Évangile de Matthieu, chapitre 6, verset 27
Cueillette,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille

Il me semble que, le plus souvent, nous vivons une étape heureuse d’insouciance dans notre enfance. L’enfant fait confiance aux adultes pour ses besoins quotidiens et vit dégagé de multiples soucis.
Certes, il y a des pays où les enfants perdent vite, hélas, leur innocence et leur légèreté.
Certes, il existe des parents irresponsables, voire source d’angoisse pour leur enfant qui ne grandit pas dans un environnement protecteur.
Au sortir de l’enfance, nous affrontons tous la vie avec son lot de difficultés qui font partie de l’existence. La vie n’est jamais un long fleuve tranquille.
La vraie question, je pense, est de savoir comment ne pas me laisser envahir par ces soucis
au point d’y perdre mon équilibre intérieur ou ma joie de vivre, comment accueillir et
traverser les événements fâcheux de mon parcours singulier avec confiance et courage.
C’est possible pour celui ou celle qui parvient à trouver un havre de sécurité, de force et de calme en lui-même ou/et en Dieu.
Jésus nous invite à vivre dans l’aujourd’hui de Dieu. Alors, faisons-lui confiance : notre navigation sur le fleuve de la vie nous donnera toujours à voir de beaux paysages et à expérimenter des jours heureux si tant est que notre regard reste ouvert, confiant et reconnaissant.
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly

La vie n’est jamais un long fleuve tranquille.

Lisons Picsou et Astérix !

En tant qu’aumônier en Ehpad, lorsqu’un résident décède, je prépare toujours une petite cérémonie.
Or, dernièrement, j’ai organisé un temps d’adieu pour un monsieur de 83 ans, et j’ai eu la surprise de découvrir que ce vieil homme était un fidèle du magazine Picsou. J’ignore si vous connaissez ce périodique, mais il est incontestablement réservé à la jeunesse.
À l’instar d’Astérix, Spirou ou Boule et Bill, le magazine Picsou s’adresse, selon une formule célèbre, aux jeunes de 7 à 77 ans.
Étant moi-même un adepte de la bande dessinée, j’en ai été ému.
Grâce à Picsou, j’ai compris que ce vieillard avait gardé une âme d’enfant. Ce n’est pourtant pas si facile : Saint-Exupery fait dire à son Petit Prince que si tous les adultes ont été des enfants, bien peu s’en souviennent. Et c’est dommage.
Non pas qu’un enfant soit plus vertueux qu’un adulte mais il est beaucoup plus vulnérable. En fait, l’enfant dépend essentiellement des autres. Il ne peut donc pas compter que sur lui-même pour subvenir à ses besoins. Il est obligé de faire confiance.
En bons théologiens, nous dirions qu’il ne peut pas se sauver lui-même. C’est pour cela que Jésus affirmait que le Royaume est ouvert à ceux qui ressemblent à des enfants.
Alors, lisons Picsou ou Astérix. Ça fait du bien de retrouver les paysages et l’insouciance de son enfance.
Et d’accepter d’être au bénéfice des autres et à la grâce de Dieu.
Fabrice Pichard Knorst, aumônier-coordinateur, Fondation Arc-en-Ciel (25)

L’insouciance est une force

Vous souvenez-vous de ce film qui raconte, dans l’Italie fasciste, l’histoire d’un père et de son fils
emportés dans la tourmente de l’Histoire ? Si l’on me parle d’insouciance, c’est en effet La vie est belle, film bouleversant de Roberto Benigni, qui me vient à l’esprit et qui aujourd’hui résonne peut-être encore plus fort.
Ce cadeau précieux, qu’est la force de l’insouciance, ne nie pas le danger mais protège l’âme et permet à l’enfance de subsister.
Dans notre monde encore traversé par des guerres et des tensions, où l’enfance semble parfois brisée, La vie est belle nous rappelle, comme une leçon de vie poignante, que même au cœur du chaos, même dans l’atrocité, il est vital de se souvenir de notre capacité à continuer de jouer, de rire, de créer.
Peut-être mon insouciance n’a-t-elle pas disparu. Peut-être se cache-t-elle simplement. Rappelons-nous notre enfant intérieur, celui qui connaît la légèreté, qui ose la spontanéité, qui ne cesse de s’émerveiller. Cet enfant, qui se fait discret quand nous devenons adultes, nous pousse à rêver sans limites, à accepter ce qui nous dépasse, à rester ouverts à tous les possibles.
Nous essayons de préserver l’insouciance – ou peut-être la paix intérieure – des enfants que nous accueillons.
Elle demeure un levier silencieux, une force de résilience qui rend les difficultés supportables.
Catherine Schneider, présidente des Équipes unionistes luthériennes (EUL)

Seigneur, tu m’invites dans ton évangile à redevenir comme un enfant.
Pour retrouver mon insouciance perdue ?
Non. Tu ne nous promets pas une vie sans soucis.
Tu as dit avec réalisme : « À chaque jour suffit sa peine. »
Mais tu m’invites à une confiance en toi, vécue de jour en jour, comme un enfant qui compte pour tout sur ses parents. Fais grandir en moi, s’il te plaît, cette confiance-là, qui me donnera la sérénité et le courage pour faire face à mes soucis.

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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