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La Boussole

La Boussole VI-08

Ose-t-on encore dire qu’on travaille pour l’accueil des étrangers ?

Quand un étranger viendra s’installer chez vous, dans votre pays, ne profitez pas de lui.
Au contraire, vous agirez avec lui comme avec quelqu’un de votre peuple.
Vous devez l’aimer comme vous-mêmes.
En effet, vous aussi, vous avez été des étrangers en Égypte.

La Bible, Lévitique, chapitre 19, versets 33 et 34
La plante,
Véronique Legros-Sosa

Chemins de réflexion

Me taire serait me renier

J’ai en tête le fameux « On ne peut pas accueillir toute la misère du monde ».

Toute la misère, non, peut-être pas, mais ce raccourci a toujours blessé ma sensibilité.
Il heurte mes valeurs : hospitalité, respect des droits humains, intégration, partage.

Je suis protestante et les commandements bibliques sont profondément ancrés en moi, tout comme la mémoire, pas si lointaine, des Huguenots contraints à l’exil.

Médias et politiques nous présentent l’étranger comme un problème à gérer, l’immigration comme une submersion à contenir… Je suis révoltée par les commentaires haineux et injustes que je lis sur les réseaux. Et il devient difficile de parler sereinement de mes convictions.

Je crois que l’accueil des étrangers est un impératif humanitaire, social et économique, bénéfique pour notre société. Il m’est essentiel de trouver des moyens de dialoguer avec ceux que mes convictions dérangent.

Je veux continuer à oser dire que je travaille à la Fédération de l’Entraide Protestante, que nous avons un pôle accueil de l’étranger qui mène des projets exceptionnels.
Au risque de me fâcher avec des personnes de mon entourage. Et même si cet engagement
est contesté.

Me taire serait me renier, plus encore, renier ma foi.
Élisabeth Walbaum, déléguée à l’animation et la réflexion spirituelles à la FEP

C’est écrit ! Et alors ?

Le message, on le connaît par cœur : l’étranger est un compatriote ! Et il ne s’agit pas d’une faveur des bien-nés envers les immigrés. Non ! La Bible l’affirme sans concession : l’étranger n’est pas défini par son étrangeté, son origine et sa couleur de peau ; il est irréductiblement un enfant désiré et aimé de Dieu. C’est écrit !

Mais selon les temps, ce qui est écrit peut devenir illisible. On pousse alors les miettes bibliques indésirables, comme ce verset du Lévitique, sous le tapis des priorités du moment, telle la ré-évangélisation des « chrétiens de souche » qui ont perdu la foi.

De façon très insidieuse le discours de haine – qui ne prend même plus la peine du déguisement -, s’invite dans l’Église, infléchissant à la baisse l’impératif chrétien de l’accueil sans condition de l’autre pour une préférence inconsciente du même.

On répondra qu’on ne peut pas être partout et que, face au danger d’extinction de notre « race chrétienne », il est urgent de se consacrer à ceux du premier cercle. L’étranger attendra… Et voilà comment une pensée d’extrême droite se pare de spiritualité.

Et si tout cela était donné en plus ? Oui, si l’accueil de l’étranger n’était rien d’autre que le détonateur du réveil de la foi occidentale ?
Si la mixité, et la beauté qu’elle sait enfanter, était la nouvelle planche de salut de l’Église d’occident ?
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Je cherche des mots qui rassemblent

Je suis responsable du pôle Accueil de l’étranger à la FEP, depuis 2019. Dans mon domaine de travail, beaucoup de personnes n’osent plus parler de ce qu’elles font. Les réactions sont parfois hostiles, le phénomène s’accentue.

Personnellement, quand il s’agit d’expliquer mon travail à des gens que je ne connais pas, j’essaie de comprendre ce qui peut être source de crispation et je tente de rassurer.

J’explique les programmes développés dans le dialogue avec les autorités locales, les projets de régularisation par le travail qui s’appuient sur des consensus locaux, la mobilisation citoyenne dans le cadre des Couloirs humanitaires…

Paradoxalement, la société française progresse globalement dans la tolérance vis à vis de minorités mais la parole publique, de plus en plus clivée et violente sur le sujet des migrations, légitimise les réactions de rejet et les raccourcis, comme l’assimilation de l’étranger au désordre et à la criminalité.

Or, cela peut paraître contre-intuitif, mais les politiques qui détricotent les droits des personnes étrangères, qui réduisent les possibilités de régularisation et d’accès légal au territoire créent du désordre, des réseaux de passeurs et des squats. Elles n’ont pas d’impact sur l’évolution des flux migratoires, qui est un phénomène global.

Les pays où le système d’État-providence est très faible, comme l’Angleterre ou les États-Unis, sont ceux qui attirent le plus de personnes migrantes, désireuses d’entreprendre.

J’essaie de trouver des mots qui rassemblent. De faire preuve de pédagogie.
Guilhem Mante, responsable du pôle Accueil de l’étranger à la FEP

Mon Dieu, j’ai envie d’écouter ta parole, et tu nous enjoins d’aimer l’étranger comme nous-mêmes.
Aide-moi à oser mettre en œuvre tes commandements,
aide-moi à témoigner de mon action pour l’accueil des exilés !
Amen
En partenariat avec Radio Omega

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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