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La Boussole

La Boussole I - 10

La santé : un objectif de vie ?

Le Seigneur Dieu prit de la poussière du sol
et en façonna un être humain.
Puis il lui insuffl a dans les narines
le souffl e de vie,
et cet être humain devint vivant.

La Bible, Genèse 2, 7
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

La santé à tout prix ?

Dans l’urgence et l’incertitude générale, c’est le choix qui a été fait durant le confinement, quitte à fermer écoles, commerces, entreprises, salles de spectacles, églises et autres lieux.
Cette décision politique a eu pour conséquence de protéger et d’isoler toutes les personnes considérées comme fragiles et vulnérables.
Mais n’est ce pas oublier que la santé ne se réduit pas à la seule santé physique ou biologique ?
Nous sommes des êtres vivants avec un corps, mais aussi avec des dimensions affective, sociale, relationnelle, spirituelle, plus que jamais importantes, à prendre en compte. Ce souffle de vie évoqué dans le livre de la Genèse, qui traverse l’être humain, est aussi un souffle de parole, un souffle d’amour, un souffle qui le porte vers les autres.
La bonne santé physique n’est pas tout.
Nous sommes des êtres de relations et de désirs, dont la vie s’enrichit et s’épanouit dans la rencontre et le partage avec les autres.
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly

Nous sommes des êtres de relations et de désirs, dont la vie s’enrichit et s’épanouit dans la rencontre et le partage avec les autres

Aller bien ?… aimer, être aimé

Si vous me demandez : « c’est quoi, une vie bonne ? » je répondrais volontiers comme un cri du coeur : « Aimer, être aimé, une vie de relations aux autres, et à Dieu peut-être aussi. »
Avec les mots de la Genèse, je dirais : « être un  » façonnage  » de glaise, certes, mais avec ses imperfections et ses fêlures, être un  » façonnage  » animé du souffle de Dieu. »
Il y a quatre mois, et aujourd’hui encore, il ne me viendrait pas à l’idée de répondre : « une vie en bonne, c’est une vie en bonne santé ! »
C’est tellement subjectif, une bonne santé !
Écrivant ces lignes, je vois défiler les personnes accueillies à la Fondation John BOST.
Je me souviens de Paul, malade psychique, atteint aussi de quelques affections fragilisantes
face à la Covid-19 (obésité, diabète…).
Comme il n’avait ni grippe, ni rhume, ni cancer, ni membre cassé et qu’il pouvait aller et venir, rencontrer d’autres personnes dans les ateliers, discuter avec moi dans le parc, aimer, être aimé, Paul affirmait avec un grand sourire « Je suis pas malade, je vais bien ! ».
Isabelle Bousquet, Église protestante unie de France, Fondation John BOST

Ne pas redevenir statue

L’humain est créé à partir de la terre (adama en hébreu), il est conçu comme une poterie, « façonné » dit le terme hébreu.
Une oeuvre d’art statique qui attend le mouvement.
On imagine ces statues grecques aux belles formes et aux gestes amples et majestueux que l’on voit dans les musées.
On devine son regard fixe vers un horizon sans nom.
Et puis vient le souffle de vie qui anime cette terre modelée.
L’énergie qui entre partout dans le corps pour lui donner vie, pour qu’il ressente des émotions, de la joie, de la peine, qu’il jouisse et qu’il souffre.
Ce bouillonnement de vitalité parfois désordonné, c’est Dieu qui l’insuffle.
En ce temps de pandémie, on bride l’esprit pour préserver notre santé.
Ce souci bien compréhensible de préserver la vie, ne doit pas faire oublier que l’humain est une totalité, comme l’exprime le texte de la Genèse.
Sans relation, sans mouvement, sans horizon, sans embrassade, il peut redevenir statue.
Brice Deymié, Fédération protestante de France

Seigneur, tu as tiré l’humain de la terre, tu l’as tourné comme un potier,
tu lui as donné la possibilité de se mouvoir dans le monde,
et en même temps que le souffle de vie, tu lui as offert ton amour,
c’est-à-dire la conscience d’être unique au monde et d’être porté par une bourrasque
dans l’immensité du sens.
Préserve-nous de tout désir de sacraliser notre santé et montre-nous la complexité
et parfois l’étrangeté du vivant.
Donne-nous de décrypter la vie comme une abeille butine une fleur.
Empêche-nous de nous assoir sur nos certitudes vermoulues et apprends-nous
à te faire confiance quand nous avons l’impression que notre société nous échappe

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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