Le peuple hébreu, qui était esclave en Égypte, fuit vers la terre promise sous la direction de Moïse et de… Dieu. Les premiers pas dans la liberté sont plus difficiles que prévu et le peuple se met à regretter son temps d’esclave et sa sécurité alimentaire…
La Bible, Livre de l’Exode, chapitre 16, versets 2 et 3
« Là, dans le désert, les Israélites se mirent à protester contre Moïse et Aaron.
Ils disaient : si seulement le Seigneur nous avait fait mourir en Égypte quand nous nous réunissions autour des marmites de viande et que nous avions assez à manger ! Mais vous nous avez conduits dans ce désert pour nous y laisser tous mourir de faim ! »

Chemins de réflexion
S’adapter !
Avant c’était mieux ! « Ah le bon vieux temps… »
Avant, je pouvais respirer sans masque, voyager sans attestation, marcher sans limiter mon temps, ma distance… Et pourtant, durant ce temps d’entrave, je marche plus qu’avant, je savoure chaque pas pendant mon heure autorisée.
Je parcours mon petit village de Beauce, je croise l’autre que je ne connais pas, je parle, j’échange sur notre lot commun, je crée de nouvelles relations malgré cette « diminution de liberté ».
Ce « cadre » donné par les autorités de notre pays, est-il une privation de liberté ou au contraire une possibilité d’avoir un autre espace de liberté, un autre « cadrage », afin de limiter la pandémie ?
Passionné de photographies, j’ai appris à cadrer, à composer avec l’objectif limité par sa focale. Malgré cette contrainte, je sais conserver une grande liberté de créativité. Limité par l’objectif mais libre dans ma composition. Finalement, la liberté sans « cadrage » n’est-elle pas qu’une illusion ?
Ces deux mois « cadrés », confinés chez moi, sont devenus une « Manne » envoyée par l’Éternel dans mon désert : J’ai enfin compris « qu’à chaque jour suffit sa peine ». Savoir apprécier chaque instant de ma vie me libère.
Pierre-Jean Soler, Armée du Salut
Finalement, la liberté sans « cadrage » n’est-elle pas qu’une illusion ?
Penser ensemble bien commun et liberté individuelle
L’« après Covid et confinement » se dessine. Suis-je dessinateur ou suis-je dessiné ?
Les autorités restreignent encore les libertés individuelles et norment les modes de relations aux autres.
Et il n’est pas simple de comprendre pourquoi telles mesures à tel endroit et pas à tel autre.
Nous avons tous accepté « l’état d’urgence sanitaire » et nos parlementaires l’ont voté ; comme les populations qui ont suivi Moïse hors d’Égypte ont accepté l’organisation qu’il proposait pour sortir de l’esclavage.
Sortir de l’esclavage ! Éviter l’engorgement de tous les hôpitaux en même temps !
Alors, quand l’après-esclavage est difficile, âpre, question de vie et de mort, dans l’histoire de la Bible, des hommes osent s’affronter à Moïse : c’était mieux avant !
Temps nécessaire pour que chacun dise et partage avec les autres ce qu’est pour lui VIVRE LIBRE et en accepter les contraintes.
Temps nécessaire pour refaire communauté, pour penser ensemble bien commun et liberté personnelle, et conditions de l’acceptation d’une diminution de ma liberté.
C’est le peuple qui interpelle Moïse.
C’est au peuple, à nous, de nous montrer désireux de faire confiance, et pas d’être des moutons.
Isabelle Bousquet, Fondation John BOST
La liberté, référence ultime de la loi
La mise en liberté du peuple hébreu va prendre du temps.
Quarante ans d’errance dans le désert afin de gagner la terre promise.
La génération qui a connu l’esclavage en Égypte ne rentrera pas en terre d’Israël, terrible décision divine.
Les cicatrices de la servitude sont-elles à ce point indélébiles qu’elles risqueraient de souiller la liberté ?
C’est cette question qui retentit dans le texte de l’Exode.
La liberté est exigeante, rude et surtout ne s’accommode d’aucun compromis.
La question de l’Exode est théologique, elle oppose la sécurité illusoire du pouvoir humain, apparenté à de l’esclavage, avec le projet de Dieu pour l’homme : vivre libre sous sa loi.
La littérature biblique explicite les liens entre loi et liberté qu’elle met en scène dans cette traversée du désert, temps nécessaire pour que l’homme abandonne ses fausses certitudes.
Au bout du chemin, on s’aperçoit que la liberté n’est pas la contre-mesure de la sécurité, mais la référence ultime de la loi.
Brice Deymié, Fédération protestante de France
Dieu, les écrivains de la Bible racontent le don des fameux « dix commandements »
comme cadeau pour vivre libre.
Dix commandements qui viennent d’un ailleurs pour tracer un espace où il sera possible de vivre ensemble.
Dieu, nous avons pris pour nous ces « dix paroles ».
Nous avons pris pour nous aussi les lois de l’urgence sanitaire.
S’il te plait, Dieu, accompagne notre marche d’après l’urgence sanitaire.
Donne-nous d’oser dire « Oui » à des lois nouvelles quand elles conjuguent liberté
individuelle et vivre ensemble.
Donne-nous d’oser questionner quand elles nous semblent oublier cette nécessaire tension.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.