Alors, mange ta nourriture avec joie,
La Bible, Ecclésiaste, chapitre 9, verset 7
bois ton vin de bon cœur, car depuis longtemps,
Dieu approuve ce que tu fais.

Carole Troclet
Chemins de réflexion
Carpe diem
Dans le calme du matin, une tasse de café fumant. Le monde s’éveille doucement, et moi, je souris. La vie est là, dans ces gestes ordinaires, des éclats de lumière dans le silence.
Elle est là, dans les choses les plus simples, un regard échangé, une main tendue, dans la douce chaleur de l’instant présent. J’aime la vie, c’est presqu’un acte de foi.
Car Dieu nous chuchote, me chuchote : « Vis, simplement, aime la vie ! » Ne cherche pas ailleurs ce qui est déjà là, ne désespère pas de ton quotidien, le bonheur se cache dans les détails infimes. Marche avec légèreté, aime avec ferveur, c’est dans ces moments ténus que se trouve l’éternité.
« Mange ton pain avec joie, bois ton vin de bon cœur », chaque instant est un cadeau, une grâce discrète. Voilà ce que je choisis de lire dans ce verset hédoniste de l’Ecclésiaste, bien loin d’une incitation à la débauche ou à l’ivresse : la résistance possible au défaitisme ambiant, le fameux carpe diem.
Dieu nous a faits hommes : nous savons que nous allons mourir, et pourtant, nous décidons
de vivre, car il approuve nos pas, guide nos gestes, aujourd’hui. Depuis longtemps.
Et pour les siècles des siècles.
Élisabeth Walbaum, déléguée à l’animation et la réflexion spirituelles à la FEP
Ne cherche pas ailleurs ce qui est déjà là, ne désespère pas de ton quotidien,
le bonheur se cache dans les détails infimes.
J’aime la vie ! Mais laquelle ?
Que pourrions-nous donc aimer d’autre que cette vie ? Celle d’après ? Qu’en savons-nous ?
Elle me fait l’effet d’une machine à fantasmes, jalouse gardienne de tous les trésors dont nous aurions été privés ici-bas. La vie éternelle comme lot de compensation…
Au fil des désillusions, me voici tendu vers un paradis hors-sol, libéré de toute forme de manque. Finalement je projette, dans la vie d’après, l’idée très égocentrée d’un bonheur aux dimensions de mes désirs, état de toute-puissance éternelle.
À en croire l’expérience d’Adam au jardin d’Eden, cette illusion mène plus sûrement en enfer qu’au paradis ! En se faisant chair, Dieu nous indique non seulement le chemin mais encore le lieu de notre salut, de notre apaisement et de notre bonheur. Cette vie et rien d’autre qu’elle !
Jésus, le bien et le bon vivant, mangeant et buvant avec tous, saisissant la main d’un malade, relevant un exclu, appelant chacun à la paix et à la confiance. Jésus, passeur d’un monde nouveau, paradoxalement invisible et pourtant si présent.
C’est en ce sens que son royaume n’est pas de ce monde. Il se tient loin des évidences faussement salutaires. Il ne nous invite pas à rêver à la vie d’après mais à saisir celle qu’il donne, ici et maintenant, pour faire de chaque instant un moment d’intense éternité.
Mon Dieu, que ta vie est belle !
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac
La vie est un cadeau
J’ai vécu des temps difficiles mais j’aime la vie.
Malgré la morosité ambiante et tout ce qui va mal dans ce monde, j’aime la vie.
Je prends plaisir à donner, recevoir, écouter, encourager, aider… j’aime la vie.
La vie est un cadeau, même si elle n’est pas exactement comme je l’avais imaginée, même si les choses ne se passent pas toujours comme je voudrais. J’accepte les plans de Dieu car il sait ce qui est le meilleur pour moi. J’ai appris à relativiser ce qui va mal et à me réjouir de ce qui va bien, à prendre de la distance par rapport aux circonstances, à discerner l’essentiel, à voir le verre à moitié plein. La vie commence ici (-bas) et maintenant, mais ce n’est qu’un début, il y aura un après et il sera parfait.
Je crois qu’on ne peut pas aimer la vie si on n’aime pas les gens. Si Dieu nous a donné la vie, c’est pour qu’on en prenne soin, et aussi pour qu’on prenne soin les uns des autres. La vie, ce n’est pas que pour soi. J’accompagne les jeunes du foyer du mieux que je peux. Ils me disent souvent que mon optimisme et ma joie leur font du bien.
Je les invite à s’émerveiller avec moi devant la beauté d’un paysage, un coucher de soleil, la délicatesse d’une fleur, à s’extasier, à espérer.
Quels que soient nos parcours, nos blessures, nos handicaps… nous pouvons aimer la vie.
Elle est faite de hauts et de bas, mais on peut l’aimer, ça n’empêche pas.
Johanna Danglot, éducatrice spécialisée dans un foyer de jeunes adultes
Mon Dieu,
Aide-nous à aimer la vie que tu nous donnes.
Apprends-nous à recevoir les bons moments avec reconnaissance
et les mauvais sans désespérer.
Ici et maintenant. Demain et toujours.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.