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La Boussole

La Boussole VI - 19

Ils sont où les artisans de paix ?

Autant que possible, et dans la mesure où cela dépend de vous,
vivez en paix avec tous les hommes.

La Bible, Romains, chapitre 12, verset 18
Fleurs de pommiers
Claire Tragel

Chemins de réflexion

Artisans ou bricoleurs ?

La paix, on ne fait qu’en parler alors qu’il faudrait la faire ! Et plus on en parle
et plus elle s’évapore…
Les diplomates, les philosophes, sans oublier les théologiens, comme les faux prophètes
de la Bible, n’ont que ce mot à la bouche : « Paix ! Paix ! Mais il n’y a pas de paix. »
Alors comment faire la paix ?
Les psychologues conçoivent la paix intérieure comme le fruit d’un travail de parole :
la réconciliation avec soi, qui ne va pas de soi, où le résonnement de la parole joue
un rôle thérapeutique. Même si cet artisanat psychologique de pacification de soi
et du monde alentour ressemble plus à du bricolage qu’à une oeuvre aboutie et durable,
il faut le saluer et l’encourager.
Mais alors, ils sont où les artisans de paix dont parle l’Évangile ? Je crois qu’ils trouvent
vie et force sur le lieu de leur échec. Ils comprennent que la paix est un champ
de ruines et non de compétences. Mais là où elle est devenue impossible, les mains
vides et le coeur plein d’espérance, ils posent un acte de foi en le Prince de la paix,
découvrant dans cette proximité que la paix, c’est quelqu’un !
Cette présence, cette Parole ensemencent le conflit d’un devenir possible
vers la guérison. Alors autant que cela dépende de lui !
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Les psychologues conçoivent la paix intérieure comme le fruit d’un travail de parole

Plus jamais !

Quatre-vingts ans se sont écoulés depuis l’armistice de la seconde guerre mondiale et la Shoah. Plus jamais !
Bien plus qu’un slogan, c’est une prière comme le disait Elie Wiesel. Mais combien de « plus jamais » pourrait-on écrire de nos jours encore ?
Les lieux médiatiquement couverts ou volontairement tus sont légion. Alors où sont les artisans de paix ? Où sont celles et ceux qui désirent ardemment la cessation de la violence ?
Loin de moi l’idée de leur intenter un procès ; je m’interroge sur nos violences quotidiennes, moins meurtrières certes mais tout aussi destructrices. Sommes-nous portés par la vague populiste ambiante avec son repli générant exclusions, tensions voire violences ou décidons-nous d’être des artisans de paix ? La question se pose à chaque instant, chaque jour dans nos relations, dans nos discussions et dans nos décisions.
La paix ne s’impose pas ! Elle se décide, se construit et surtout s’entretient. Elle a besoin de médiateurs, d’artisans, de personnes convaincues pour émerger. Ici, dans nos organisations ; là-bas dans les conflits armés.
Elle cherche des hommes et des femmes de bonne volonté disposés à laisser une place à l’autre, aux autres.
Prêts à partager, ne serait-ce qu’une humanité bienveillante.
Philippe Aurouze, pasteur, aumônier national protestant des prisons

Qui veut la paix prépare… la paix

J’ai découvert récemment que l’émotion principale qui m’anime depuis toujours est la peur.
Ma foi m’aide, elle me permet de vivre sans crainte, d’expérimenter la paix intérieure. L’actualité pourtant vient me titiller…
la paix dont je bénéficie est si fragile. Que faire pour être un artisan de paix ?
Spontanément, je réponds de façon très concrète : veiller à l’organisation et au bon déroulement des colonies de vacances, s’assurer que les équipes ne manquent de rien, prendre soin des lieux qui nous accueillent… tout cela contribue à générer la paix.
Mais cette organisation millimétrée, parce que j’ai peur de ne pas tout maîtriser, a l’inconvénient de me mettre à distance ; elle pénalise la relation.
Dans une situation difficile, j’ai tendance à éviter les conflits pour préserver la paix, mais est-ce la bonne solution ? Dire les choses permet d’évoluer, d’avancer ; c’est beaucoup plus constructif !
Au Rimlishof, je suis à très bonne école pour apprendre à surmonter mes peurs, donner accès à l’imprévu, atteindre la paix à travers des relations profondes. J’ai à coeur d’encourager nos équipes d’animation, de promouvoir une parole libre avec les enfants et les ados, dans le respect de chacun. Une parole qui permet de se comprendre et de s’accepter avec nos différences, dans un seul but : vivre ensemble en paix.
Anne Mathys, coordinatrice des séjours et des classes de découverte au Rimlishof (68)

Seigneur, fais de moi un instrument de ta paix !
Là où est la haine, que je mette l'amour.
Là où est l'offense, que je mette le pardon.
Là où est la discorde, que je mette l'union.
Là où est le doute, que je mette la foi.
Là où est le désespoir, que je mette l'espérance.
Là où sont les ténèbres, que je mette la lumière.
Là où est la tristesse, que je mette la joie.
Prière (extraits) attribuée à saint François d’Assise

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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