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La Boussole

La Boussole I - 07

Il est parti tout seul !

À son arrivée, Jésus trouva Lazare au tombeau ; il y était depuis quatre jours déjà.
Marthe dit à Jésus : « Seigneur, si tu avais été ici,
mon frère ne serait pas mort.

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 11, 17-21
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

Et si ?

« Et si ? » Deux mots qui font mal, si on les utilise comme paire de lunettes pour regarder le passé.
Marthe reproche à Jésus de ne pas avoir été là, au bon moment. Marie sa soeur s’adressera à lui sur le même ton.
Et si ?
Et si nous avions été là au moment où l’être aimé est parti ?
Et si nous avions pu l’accompagner ?
Des reproches, des regrets, des remords que nous pouvons nous faire à nous mêmes en retenant nos manques, nos failles, nos insuffisances.
Et si… l’illusion de refaire sans fin le passé en oubliant tout ce qui, de beau, de bon et de bien, a été semé, partagé, construit avec l’être aimé.
Et si… l’erreur de croire que l’histoire peut être réécrite alors qu’elle nous attend au présent et nous oriente vers l’avenir.
Jésus par son action oriente résolument les soeurs et leur frère vers un chemin nouveau.
Et si nous disions au présent, en paroles et en actes, à nos proches que nous les aimons ?
N’est ce pas la meilleure manière de ne pas oublier celui qui est parti ?
Denis Heller, Eglise Protestante Unie de France

Et si… l’erreur de croire que l’histoire peut être réécrite alors qu’elle nous attend au présent et nous oriente vers l’avenir

C’était mon besoin et c’est un deuil de plus

Il est parti tout seul ! Enfin… sans moi qui avais besoin de lui tenir la main, de lui dire une dernière fois que je l’aime, de l’assurer que nous ne l’oublierons pas !
Parce qu’en y réfléchissant, la solitude en salle de réanimation ou en chambre d’hôpital ou à la maison de retraite est relative.
Dans ce « il est parti tout seul », nous disons notre besoin à nous, comme sans doute les deux soeurs de l’histoire disent à Jésus le besoin qu’elles avaient d’être rassurées par sa présence dans les derniers jours de vie de leur frère.
Dans ce récit biblique, le besoin des soeurs ne peut s’exprimer autrement que sous forme de reproches à l’autre.
Et j’aime le fait que Jésus ne les juge pas, qu’il ne me juge pas.
Il me dit que je n’ai pas à me culpabiliser du fait de mes besoins pour dire au revoir, pour accompagner les derniers instants de vie de ceux que j’aime.
Il me dit que c’est peut-être en osant raconter à un autre mes besoins non assouvis, avec peut-être autant de colère que celle des deux soeurs, que je vais pouvoir faire ce deuil là aussi : je n’ai pas pu vivre ce que je voulais vivre avec celui qui est maintenant décédé.
Isabelle Bousquet, Fondation John Bost

Je me sens triste, frustrée, coupable…

« Je n’ai pas pu accompagner ma belle-mère dans ses derniers moments, elle est partie toute seule. Après sa mort, je n’ai pas eu le droit de chercher moi-même ses affaires dans sa chambre.
Et puis cette cérémonie d’obsèques où nous étions si peu nombreux… Du coup, sa mort me paraît irréelle, je ne parviens pas à réaliser qu’elle n’est plus là. »
Ces moments d’humanité nous ont manqué.
Cela fait partie de l’histoire des humains d’accompagner ceux qu’ils aiment, de leur dire au revoir, d’instituer des rituels laïques ou religieux afin de prendre acte de la mort pour pouvoir ensuite reprendre le chemin de la vie.
Comme Marthe et Jésus dans l’histoire, il nous faudra prendre le temps de nous retrouver entre proches, entre amis. Nous parlerons, nous pleurerons, nous dirons nos regrets.
Alors, la vie pourra vraiment recommencer.
Pas juste parce qu’il le faut bien, mais parce que nous sommes faits pour la vie, pour l’amour.
Parce que la vie nous attend.
Christine Renouard, Fondation Diaconesses de Reuilly

Dieu, il est parti !
Je n’y arrive pas, Dieu, à dire le mot « mort » !
Il est parti sans ma présence... et notre dernier baiser n’était pas Le Dernier Baiser !
S’il te plaît, aide-moi à accepter le vide qu’il laisse.
Mes larmes et ma colère et ma culpabilité disent et ont le droit de dire le manque.
Donne-moi, Dieu, d’accepter qu’elles coulent aujourd’hui pour que leur flot s’arrête un jour.
Donne-moi d’oser être heureux de toutes les années passées ensemble.
Redis-moi la bonne nouvelle du matin de Pâques, quand il n’y avait plus de tombeau à visiter.
Amen.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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