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La Boussole

La Boussole VII-07

Et si nous parlions du désir ?

Ta personne est un parfum raffiné.

La Bible, Cantique des cantiques, chapitre 1, verset 3
Le rêve,
Jean-Claude Schaal (détail)

Chemins de réflexion

Vertige de l’amour

À propos du désir, notre christianisme doit beaucoup à saint Augustin. Autant pour ses plongées spirituelles où le désir devient, en Christ, repos et élargissement de l’âme, que pour ses errances charnelles quand il devient la racine même du mal en nous : « Il y avait une faim en moi, dans mon intime privé, faim de Toi-même, ô mon Dieu […] Je n’aimais pas encore et j’aimais à aimer. Je cherchais sur quoi poser mon amour… »
(Confessions).
Le désir amoureux « posé » sur cette théologie augustinienne est devenu au fil de l’histoire chrétienne un tabou, et l’abstinence une vertu ; l’acte sexuel, un moyen de procréation et le célibat une voie de consécration ; quant au plaisir, une menace spirituelle majeure. Quelle tristesse !
Le langage du Cantique des cantiques, érotique s’il en est, nous invite à combattre cette vision culpabilisante du désir. Il n’est pas conspué ici comme puissance ténébreuse à bâillonner.
Dans la présence de l’autre, le désir devient parfum, relation. Nous ne sommes plus les combattants solitaires et frustrés d’une lutte perdue d’avance.
Nous entrons dans une aventure relationnelle où je me découvre beau et parfumé.
Dans le regard, dans le désir de l’autre, je ne me reconnais plus moi-même.
Je deviens un être destiné à l’amour.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Dans le regard, dans le désir de l’autre, je ne me reconnais plus moi-même.

Un bonheur durable

Le cœur humain est fondamentalement orienté vers la recherche du bonheur. Je désire ce que je pense capable de me combler durablement.
Pourtant, très vite, je fais face à un paradoxe : l’objet que j’ai tant désiré, une fois obtenu, me procure un bonheur passager avant de laisser la place à une nouvelle insatisfaction qui me pousse à reporter mon désir vers un nouvel objet. Ce cycle se répète inlassablement : désir, acquisition, déception, nouveau désir.
Cette réalité me conduit à me questionner : et si le problème ne résidait pas dans l’intensité de mon désir, mais dans son objet ? Existe-t-il un objet de désir capable de m’offrir un bonheur qui ne m’échappe pas ?
Dans le christianisme, Dieu est le Bien suprême ; il est donc l’objet du désir suprême. Tel un parfum qui se diffuse et embaume tout l’espace, la splendeur divine enveloppe tous les biens créés et révèle ainsi leur fragilité et leur limitation. Certains de ces biens ne sont pas mauvais en soi, mais ils ne peuvent me satisfaire ultimement.
Dieu ne supprime pas nos désirs, il les recentre sur lui. Ainsi, lorsque mon désir ultime est orienté vers Dieu, mes autres désirs trouvent leur juste place et cessent d’être sources de frustration. Dieu apparaît dès lors comme le seul fondement de mon bonheur.
Un bonheur véritablement stable et durable.
Dorcas Moury, pasteure de l’Église protestante baptiste Le Pain de Vie à Épinay-sur-Seine (93)

Un désir d’amour légitime

J’enseigne dans une classe multiniveaux d’élèves à besoins éducatifs particuliers.
Pour citer Diane Ackerman, je crois que « le jeu est le mode d’apprentissage préféré de notre cerveau ».
Je veille à consacrer une semaine par période à un thème. La semaine à thème de cette troisième période est intitulée : « Apprendre à s’aimer, même si nous sommes différents ».
Aux États-Unis (mais aussi en Grande-Bretagne ou en Inde), à la Saint-Valentin, les différents types d’amour sont célébrés : l’amitié, l’amour dans la famille, l’amour du prochain. J’insiste auprès de mes élèves : toutes les formes d’amour sont importantes, et pas seulement « l’amour amoureux ».
Grandir dans une autre direction que celle du monde est essentiel dans notre société de plus en plus individualiste. Cette difficulté d’aimer son prochain est présente dans ma classe : une fillette de CM2 a verbalisé en mini-conseil de classe que ses camarades ne s’intéressent qu’à eux mêmes et ne s’écoutent pas.
Je propose à mes élèves plusieurs activités pédagogiques susceptibles de les aider à apprendre à s’aimer les uns les autres : écriture de messages (de joie et d’amour) sur fanions affichés en classe, expression orale avec le jeu de la bienveillance, tracés de coeurs au compas, confection de mailboxes et cartes « de mes qualités » en anglais à lire chaque jour…
Le désir d’amour est légitime. Chacun doit savoir qu’il est précieux et aimé.
Louise, enseignante dans une école privée protestante

Seigneur,
Mon cœur te désire, mon âme a soif de toi,
mon cœur languit après toi, mon esprit te cherche.
Toi seul peux satisfaire mes désirs les plus profonds.
Merci parce qu’à tes yeux je suis une créature si merveilleuse.
En toi, je suis aimé et précieux.
Amen
En partenariat avec Radio Omega

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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