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La Boussole

La Boussole VI - 37

Et qui prend soin de moi ?

Veillons les uns sur les autres
pour nous inciter à mieux aimer et à faire
des actions bonnes..

La Bible, Hébreux, chapitre 10, verset 24
Atlas,
Carole Trocle

Chemins de réflexion

La juste veille

Ah ! La bienveillance ! Il n’y a que ça de vrai !
Dans le monde associatif, elle apparaît comme la reine des vertus.
Faire preuve de bienveillance, c’est montrer à tous le visage angélique de celui ou celle qui ne juge pas, qui accueille, qui valorise, qui cajole et qui sourit !
Vous percevez un rien de cynisme dans cette description ? C’est possible…
Car ce que j’entends dans le verset du jour, nous appelant à veiller les uns sur les autres, me semble aller bien au-delà des questions de bien-agir et de bien-être.
L’action de bien-veiller ne suppose pas de recouvrir mon prochain de paroles aimables ou valorisantes, ni même de lui faire du bien. Veiller, qui signifie littéralement, « fixer les yeux pour comprendre », autrement dit « veiller-juste », prend vie et tout son sens dans un compagnonnage libérateur.
L’un avec l’autre, l’un pour l’autre, attachés à la personne du Christ, nous découvrons, dans un commun discernement, ce qui peut être saisi et ce qui peut être abandonné.
Veiller, ce n’est donc pas chercher à résoudre les problèmes des gens.
La bien-veillance, c’est nous rendre attentifs les uns aux autres pour cheminer ensemble, conscients de nos limites et rendus ainsi capables d’aimer en vérité.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

Je suis soignant et soigné à la fois, car ils sont nombreux ceux qui prennent soin de moi : ma famille, mes amis, mes collègues.

Soignant et soigné à la fois

Dans cette question, j’entends la fatigue de celui qui donne, l’ombre du travailleur social, celle du bénévole qui s’oublie dans l’accompagnement. J’entends un cri : « Et moi ? »
Je tiens les mains, je soutiens. Mais qui les prend, mes mains, quand elles tremblent ?
En moi, il y a l’action, l’élan, mais il y a aussi la fragilité et la faille. Je suis celui qui aide, je suis aussi celui qu’il faudrait aider.
Et si je me néglige, je ne serai plus en mesure de prendre soin des autres.
Je relis ces phrases que j’ai toujours trouvées trop simples, celles que nous proposent les chantres du développement personnel : prends du temps, pose des limites, sois bienveillant envers toi. C’est un peu mièvre… mais assez juste, finalement.
Frappé au coin du bon sens, comme on dit.
Ainsi donc je suis vulnérable, et parfois, il faut que j’accepte de prendre moi-même soin de moi.
Mais je crois aussi profondément que cela ne suffit pas. Je suis soignant et soigné à la fois, car ils sont nombreux ceux qui prennent soin de moi : ma famille, mes amis, mes collègues.
Et le plus fidèle d’entre tous, c’est Celui qui nous incite à veiller les uns sur les autres.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Un jeu d’équilibriste permanent

Récemment, j’ai répondu à l’épouse d’un résident à une heure trop tardive. Elle m’a envoyé ces quelques mots : « Merci pour la diligence de votre réponse, mais nous avons besoin de vous dans la durée pour la mise en œuvre de l’accompagnement de nos parents… vous avez donc droit à la déconnexion ! »
Épuisée, j’ai pleuré à la lecture de ce message. Parfois, les larmes sont juste synonymes de lâcher prise, d’acceptation, de reconnexion à une réalité oubliée comme une évidence trop souvent mise de côté. Je crois avoir choisi ce métier pour prendre soin.
Pas de moi, car j’ai appris depuis longtemps à dire « Je vais bien », feignant une solidité que j’ai toujours crue essentielle et nécessaire pour offrir à tous une présence rassurante dans laquelle chacun peut s’ancrer pour avancer en confiance.
Des autres, car mon rôle est d’accompagner, écouter, consoler, cadrer parfois, dans un jeu d’équilibriste permanent entre résidents, familles et collaborateurs.
Mais cela ne suffit pas – ce serait réelle arrogance que de le croire. Et en même temps, se l’avouer ne représente-t-il pas déjà un début de solution ? Ce fut le cas pour moi. Aujourd’hui … Je ne dis plus « Je vais bien », je souris.
Je prends soin de moi en acceptant de ne pas être à la hauteur tout le temps.
Je regarde le ciel et je fais confiance.
Johanna Souil, directrice du Foyer du Romarin à Clapiers (34

Seigneur nous aimons surveiller, mais nous ne savons pas veiller.
Apprends-nous à veiller avec chacun, les enfants, les jeunes,
les personnes seules, le monde.
Apprends-nous à veiller dans la constance que n’atténue aucune habitude
mais qui se renforce par la joie muette de la fidélité.
Apprends-nous à veiller sans crainte car aucun malentendu
ne peut venir embrouiller la parole donnée, le cœur offert, la main serrée.
Veille sur nous, toi qui n’es ni un gendarme, ni un comptable, mais simplement un berger.
Prière inspirée d’André Dumas, « Cent prières possibles »

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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