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La Boussole

La Boussole V - 1

Est-ce l’espoir ou l’espérance qui fait vivre ?

Oui, moi, le Seigneur,
je connais les projets que je forme pour vous.
Je le déclare : ce ne sont pas des projets de malheur
mais des projets de bonheur.
Je veux vous donner un avenir plein d’espérance.

La Bible, Jérémie, chapitre 29, verset 11
Les raisins,
Véronique Charpy

Chemins de réflexion

L’espérance demeure

C’était en 2014, j’étais anxieux à la perspective de cette rencontre : elle réunissait
les pasteurs de Syrie et les organisations venant en aide aux chrétiens pris entre les feux
de la rébellion et du gouvernement.
Je savais l’horreur dans laquelle se trouvait leur pays. Ceux qui venaient avaient perdu
des membres de leur paroisse, de leur famille, et tout déplacement exposait à de grands
risques. Deux évêques médiateurs avaient disparu et n’avaient jamais été retrouvés.
Je m’attendais à une ambiance lourde.
Et voilà que les collègues syriens plaisantaient, visiblement heureux de se retrouver, en dépit
de leurs analyses divergentes de la situation. Les moments spirituels de cette réunion avaient
une intensité particulière, les cantiques de reconnaissance adressés à Dieu pour sa protection
et sa bonté devenaient très concrets.
Pour ces amis, tout allait de mal en pis. À vue humaine, il n’y avait pas d’espoir. Leur vie
pouvait prendre fin d’un moment à l’autre et pourtant, ils restaient fidèles à leur vocation.
L’un d’eux raconta que lorsque son épouse partait travailler le matin, il n’était pas sûr
de la revoir. Pourtant, il continuait à travailler et son épouse à enseigner. Seule la foi en Dieu offrait encore un sens.
J’ai découvert auprès de ce ces amis ce qu’était concrètement l’espérance, cette proche cousine de la foi. Ils m’ont donné une belle leçon !
Thomas Wild, pasteur UEPAL en retraite, ancien directeur de l’Action chrétienne en Orient

À vue humaine, il n’y avait pas d’espoir. Leur vie
pouvait prendre fin d’un moment à l’autre et pourtant, ils restaient fidèles à leur vocation.

Les petits espoirs sont des leurres

Espoir ou espérance, y a-t-il une différence ?
L’intellectuel protestant Jacques Ellul non seulement les distingue mais les oppose.
Il entend par espoir toutes les petites hypothèses que nous convoquons devant une difficulté et qui nous permettent de nous défausser de nos responsabilités.
Par exemple, face à la crise climatique, tout attendre de solutions techniques (la voiture électrique, le moteur à hydrogène, etc.) nous dispense de changer en profondeur. Pour Ellul, ces petits espoirs sont des leurres : à leur faire confiance, on s’inquiète moins sur le court terme mais on va à la catastrophe.
L’espérance est d’une autre nature : confrontés aux problèmes, écologiques par exemple, nous avons le courage de bouleverser nos modes de vie, l’organisation de l’économie, la répartition des richesses, etc. L’espérance est à la fois le courage qui nous met en marche et l’appel d’une force au-delà de nous-mêmes (Dieu ? une dynamique collective ?) qui nous offre de réussir.
L’espérance est ce qui rend les choses possibles quand tout semble impossible.
Dans l’adversité, essayons-nous de faire quelques aménagements à la marge, avec de petits espoirs qui nous évitent seulement d’étouffer… alors que nous savons pertinemment que ça ne suffira pas ? Où avons-nous le courage de nous remettre fondamentalement en cause, avec espérance, pour trouver un second souffle ?
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil

L’espérance fait vivre

À la Ferme Claris, centre d’hébergement d’urgence pour femmes et enfants victimes de violences,
nous accueillons des mamans fragilisées par des expériences de vie traumatisantes, désabusées d’un idéal de vie qu’elles auraient aimé atteindre.
Des mamans qui arrivent avec parfois un sac sous le bras pour tout bagage, leurs enfants à la main et qui nous disent, dans un premier temps : « L’espoir fait vivre. »
Mais quel espoir pour cette maman fragile psychiquement, étrangère, sans papier, mère de trois enfants ? Quel espoir pour elle qui subit la violence d’un mari qu’elle a pourtant aimé au premier jour ? Que faire quand le dernier petit lumignon d’espoir s’éteint si ce n’est se tourner vers l’espérance ?
L’espérance que quelque chose de plus grand, de plus beau, quelque chose qui se trouve en dehors d’elle-même, quelque chose de doux et de paisible arrive petit à petit à maturation.
Cette espérance, que certaines mamans ne peuvent pas porter (ou pas encore),
nous la portons à leur place, un temps.
Pendant quelques jours, quelques semaines ou quelques mois, oserions-nous porter l’espérance pour notre prochain ?
Rémy et Sofy Vergnon, directeur de l’association La Gerbe (30)

Nous venons de célébrer Pâques.
Celui qui était mort est vivant à nouveau. Une histoire incroyable !
D’ailleurs, ceux qui rencontrent le ressuscité ont du mal à en croire leurs yeux.
Leur vie ne sera plus jamais la même.
Ils savent maintenant qu’au-delà de la violence du monde,
au-delà de tout ce que la mort dévaste, ils peuvent espérer en Dieu.
Seigneur, remplis-nous de cette espérance.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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