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La Boussole

La Boussole III - 51

Dois-je toujours dire la vérité (partie 1) ?

Jésus affirme aux disciples qu’ils connaissent le chemin
de l’endroit où Il se rend. Thomas objecte qu’ils ne savent même pas où Il va et encore moins comment on y va.
Jésus lui dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 14, verset 6
Sentimental Mood,
Hubert Oddo

Chemins de réflexion

Une question de point de vue

Ma visite à la maison de retraite se termine. Le temps est long ici, et Maman perd décidément la tête. Je descends avec elle jusqu’à la salle à manger, un lieu qui me donne des frissons dans le dos. Maman a pris son sac à main. J’en ai des sueurs froides.
Alors je dis : « Je reviens tout à l’heure, Maman. »
C’est vrai, c’est exact, c’est la vérité… mais… pas tout à fait.
Ma fille est venue. Une de ses visites éclair et malgré tout vivifiante. Je suis diminuée, et j’oublie parfois jusqu’à son prénom. Elle m’a accompagnée à la salle commune, j’aime cette pièce. J’ai bien fait de prendre mon sac à main, mais elle tarde et je suis fatiguée.
Alors je dis : « J’attends ma fille. »
C’est juste, c’est cohérent, c’est la vérité… mais… pas tout à fait.
Mme S. a reçu la visite de sa fille aujourd’hui. Une fois encore, elles n’ont pas su se dire au revoir. Madame S. a été laissée là, en plein milieu du passage, au réfectoire.
Je la contourne pour mettre le couvert, c’est mon lieu de travail après tout. La nuit tombe.
Alors je dis : « Il va falloir passer à table, Madame, votre fille reviendra, mais pas tout de suite. »
C’est injuste, c’est triste, c’est cruel et brutal, c’est la vérité.
Qu’est-ce que la vérité ? Une question d’interprétation. Une question de point de vue. Une question qui reste ouverte.
Dois-je toujours dire la vérité ? Oui. Non.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP

Qu’est-ce que la vérité ? Une question d’interprétation. Une question de point de vue. Une question qui reste ouverte.

La vérité n’est pas un dogme

La quête de la vérité est le but de la philosophie. Depuis Platon, on dit que c’est la raison qui permet d’atteindre le bien, le juste et donc le vrai. Les philosophes modernes ont tenté de réduire la vérité à une disposition sociale et historique, relative et arbitraire.
William James (1842-1906) estime que le vrai ne peut avoir comme critère ce qui est conforme à la réalité, parce que la réalité est trop riche et trop mouvante. Pascal (1623-1662) écrit que « nous connaissons la vérité non seulement par la raison mais encore par le cœur ».
Bien avant eux, Jésus conteste les vérités objectives et surtout les prescriptions religieuses, assenées comme vérité de Dieu, que le peuple accepte aveuglément. Pour le Christ, ce qui compte, c’est l’humanité. Le sabbat, c’est pour qui, pourquoi ?
En quoi la distinction pur/impur concerne-t-elle le quotidien de l’homme ? Pourquoi existe-t-il des espaces sacrés et d’autres profanes ? Toutes ces questions, Jésus les pose avec courage et détermination.
Même Dieu, pour le Christ, n’est pas une vérité que l’entendement humain est capable de saisir.
Quand Jésus dit : « Je suis le chemin, la vérité, la vie », Il nous demande de nous positionner personnellement.
Puisqu’Il est la vérité, en lui coexistent toutes les contradictions et atermoiements humains dont,
d’une certaine façon, Il fait la synthèse.
La vérité n’est pas un dogme, mais une personne.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

C’est dur de dire la vérité

En tant que professionnel de santé, on doit au patient une information fiable, loyale et adaptée, en toutes circonstances, dès lors qu’il est en état de la recevoir.
La réalité est plus nuancée : il arrive qu’une personne malade ne veuille pas être informée de son état de santé, nous devons respecter son souhait ; à une autre, dans le déni, il faut apporter un message réaliste mais bienveillant pour la ramener à la réalité de sa condition. Peut-être faudrait-il considérer ce que va apporter aux patients l’annonce de la vérité.
Ceux atteints de pathologie cognitive ne sont pas toujours en état de la recevoir.
Pour leur épargner un état d’angoisse extrême, parfois on ne dit rien, à la demande de la famille et avec l’accord du médecin.
Il faut rester humble et prudent dans l’annonce de la vérité.
Certains patients s’éteignent doucement, on ne sait pas avec exactitude quand sera la fin… Dans de rares cas, on peut se tromper. Un patient est arrivé avec une hémorragie massive, que nous pensions consécutive à son cancer et fatale, mais elle était due à une toxicité médicamenteuse et il s’est remis.
Avec un autre, encouragé par ses résultats d’analyses, j’ai partagé mon optimisme, or il est mort deux mois tard.
J’ai eu l’impression de lui avoir menti, donné de faux espoirs…
C’est dur de dire la vérité. C’est prendre une responsabilité.
On aimerait souvent dégager en touche, mais le mensonge par omission reste un mensonge.
Damien, interne (Bouches-du-Rhône)

Seigneur, aide-moi à dire la vérité quand le courage me manque.
Ce n’est pas facile, j’hésite parfois, pour protéger mes proches, pour préserver mon confort, pour m’épargner, moi.
Aide-moi à discerner le moment où la parole est nécessaire, et le moment où le silence est préférable.
Pardonne mes renoncements, mes petits arrangements.
Aide-moi à assumer la vérité, à prendre mes responsabilités ou à aider celui qui n’a pas su prendre les siennes.
Aide-moi à être en vérité, à ton image.
Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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