Jonas, dans le ventre du poisson, adressa cette prière : quand j’étais dans la détresse j’ai crié vers toi, Seigneur, et tu m’as répondu ; du gouffre de la mort j’ai appelé au secours et tu m’as entendu.
La Bible, Livre de Jonas, chapitre 2, versets 1 à 4
Tu m’avais jeté dans la mer au plus profond de l’eau. Les flots m’encerclaient, tu faisais déferler sur moi vagues après vagues

Chemins de réflexion
Confinement rime avec méditation
Il est des cas où confinement rime avec méditation, retour sur soi. Mais le confinement, cela peut être le huis clos étouffant d’un logement exigu, où les tensions s’exacerbent. Cela peut être l’horizon qui se réduit aux quatre murs d’une chambre, sans perspective et sans futur. Cela peut être la cellule où la privation de liberté pèse plus que jamais. Comment redonner de l’espace, rouvrir l’avenir ? Comment espérer avec et pour l’autre ? Comment repousser les murs de ses peurs ? Peut-être est-il nécessaire d’écouter d’abord le cri, la souffrance, de descendre avec l’autre jusqu’au fond des mers. Rappelons-nous : du ventre du poisson, du fond de son angoisse, Jonas crie. Et c’est une libération. Alors, avec celui que l’on accompagne, oser nommer les verrous afin qu’ils puissent sauter, recueillir le récit des eaux qui submergent, des vagues qui déferlent, libérer la parole nouée. Se confronter au chaos pour doucement, pas après pas, retrouver le vivant en soi – certains le nommeront le Vivant.
Christine Renouard, Fondation Diaconesses de Reuilly
Se confronter au chaos pour doucement, pas après pas, retrouver le vivant en soi – certains le nommeront le Vivant
Curieuse situation
Curieuse situation qu’est celle de Jonas !
Il est jeté à la mer comme victime expiatoire pour que se taise la tempête. Promis à une mort certaine, il est sauvé par un énorme poisson qui l’enferme dans son ventre. Il se trouve ainsi sain et sauf mais prisonnier des profondeurs de la mer. Sa captivité évoque alors un retour au chaos primordial comme souvent dans la Bible quand il est question du milieu aquatique. Tout confinement, toute détention, n’est pas d’abord un salut mais une confusion, un désordre existentiel.
La perception du monde extérieur change, les contours des objets et des paysages deviennent confus. De cette confusion nait le sentiment d’être abandonné, rejeté et le captif peut ressentir physiquement l’hostilité du monde. On doit alors écouter l’absurdité de la société que le reclus nous livre et ne pas lui opposer trop vite le raisonnement logique de ceux qui sont libres.
Brice Deymié, Fédération Protestante de France
Confinement : corps soumis, contrôlés, surveillés
Privation de liberté individuelle : violence de la situation … et de nuit dans nos rêves, ou de jour dans nos ressentis, c’est l’imaginaire de la punition qui débarque.
Ben oui, quoi, la détention, c’est pour punir ! Et qu’il est difficile de se séparer de cet imaginaire de la punition rattachée à la privation de liberté.
Là, l’histoire de Jonas peut nous donner une piste d’accompagnement le uns des autres : Jonas a « sauté » à l’eau du bateau pour sauver les marins des effets de la tempête. Dieu a envoyé un poisson qui l’avale pour le sauver d’une descente tout au fond de la mer, dans les abîmes.
Son enfermement, pour radical qu’il soit, n’est pas punition. Accompagner, écouter l’imaginaire de l’autre sur son enfermement, lui donner la possibilité d’en changer pour choisir la vie.
Offrons ce conte biblique comme la proposition d’un Autre, Dieu, à qui l’on peut hurler nos ressentis, qui a pour projet de nous sauver des conséquences mortifères possibles de l’enfermement. Isabelle Bousquet, Fondation John Bost
Seigneur, nous nous présentons devant toi captifs et désemparés.
Captifs parce que nous ressentons avec force ce qui peut nous engloutir. Pas seulement les murs de nos maisons, mais la maladie, la peur, la défiance vis-à-vis de l'autre. Nous avons besoin de toi pour que tu saisisses nos mains maladroites et hésitantes et que tu nous tires vers le seuil.
Désemparés parce que nous voudrions tout comprendre et tout capter d'un seul coup d'oeil.
Apprends-nous le geste qui donnera à nos limites la saveur du présent pour que nous ne vivions pas aux dépends de l'avenir.
Merci Seigneur d'être au coeur de nos doutes et de faire de nos atermoiements autant de rives qui sollicitent des échanges fructueux.
Nous nous présentons tous ceux qui souffrent d'enfermement et qui n'ont pas les mots pour crier leur désespoir. Prends en charge leurs prières et transfigure la grisaille de leurs murs.
Amen.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.