Jésus pleura.
La Bible, Évangile de Jean, chapitre 11, verset 35

Evelyne Widmaier
Chemins de réflexion
Prendre le temps
Je sais que je vais mourir un jour, je sais que mes proches vont mourir.
Et tu le sais aussi.
Tu as peut-être un métier où tu côtoies de près la mort, celle des personnes que tu accompagnes. À l’hôpital, en soins palliatifs, aux urgences, dans un Ehpad, un centre d’hébergement…
Rencontrer la mort des autres, c’est se confronter à la sienne. Il ne faut pas croire que l’on sorte indemne de ce face à face, en miroir, de cette réalité douloureuse. Nous ne sommes pas de simples témoins. Nous sommes acteurs.
Un travail de deuil est nécessaire, encore, toujours. Il faut reconnaître la souffrance, le manque qui survient après la rupture des liens d’attachement noués. Il faut prendre le temps, comme Jésus, de pleurer. Prendre le temps d’un silence, d’une prière, d’une cérémonie d’au revoir. Pour les familles, les résidents, mais aussi les professionnels.
Ô combien il est important alors de regarder ailleurs, au-delà de notre vie biologique !
C’est ainsi que nous revient le courage, avec la conviction qu’il y a quelque chose après la mort : des enfants à naître, des vies à poursuivre et le soleil qui se lèvera demain.
Et si je suis chrétien, l’espérance de la résurrection.
Elisabeth Walbaum, déléguée à l’animation et à la réflexion spirituelles à la FEP
Je sais que je vais mourir un jour, je sais que mes proches vont mourir. Et tu le sais aussi.
Accepter d’être éprouvé
J’ai posé la question autour de moi… Florilège de réponses : « depuis qu’il, qu’elle est partie, je ne vis plus ». « J’ai transformé la douleur en combat ». « La religion m’aide à supporter, mais en vrai, elle ne me donne aucune conviction. Qui sait réellement ce qu’il y a après la mort ? ». Il n’est pas bon de vivre avec les morts, ni d’agir comme un mort-vivant, car alors on ne savoure plus le présent. La parole biblique proposée par La Boussole d’aujourd’hui est factuelle. Un homme pleure. Un fait tangible, palpable.
Vivre avec la mort, c’est d’abord vivre. Accepter d’être bouleversé ou ébranlé, accepter ce qui est. Accepter d’être éprouvé, interrogé sur ce que la mort vient nous enlever, et qui désormais lui appartient et… interrogé sur ce qu’elle ne possède pas également ! En premier lieu, l’espérance. Et puis nous, qui continuons de vivre l’instant présent.
L’une des caractéristiques de la mort, c’est l’absence de mouvement. Aucune pulsion, aucune vibration, aucune pensée, ni parole. Rien. Jésus, lui, est vivant et toujours en mouvement. Jésus est un mouvement de vie ; il interpelle, stimule, met en branle même ce qui paraissait mort en moi, pour lui redonner vie, sa vie.
Charles-Édouard Doublier, animateur spirituel à l’Armée du Salut
Être là au bon moment
Je suis bénévole à l’hôpital. Je propose des jeux et animations à des enfants en chimiothérapie ou en examens. Leur crainte se porte davantage sur les soins que sur la mort. La verbalisation de la mort n’arrive pas souvent chez les jeunes enfants. En marge des traitements, il y a la joie de venir dans un lieu magique où ils peuvent jouer et bricoler à qui mieux mieux… Pour les parents, le temps d’attente du diagnostic est stressant. Quand ils croisent des enfants sans cheveux ou perfusés, ils se demandent par quel chemin ils vont passer. J’accueille leur parole, quelquefois leur angoisse déborde. La maladie ne produit pas forcément la mort, même en oncologie.
Parfois, je joue avec des enfants aux pronostics réservés et ça m’attriste. Quand je reçois un e-mail intitulé « Triste nouvelle », ça reste difficile. Je garde une distance pour tenir. L’enfant n’est pas un membre de ma famille, je ne me projette pas.
Dans la vie, on s’encombre souvent de petites choses qui sont bien futiles ; face à la mort, on relativise.
Je ne pars jamais à l’hôpital en me disant que je vais côtoyer la mort ; je veux être là au bon moment et avoir des paroles à propos. Même si l’association est laïque, j’emmène avec moi ma compréhension de la vie et mon espérance pour accompagner les gens le mieux possible.
Martine Pilloud, bénévole dans une association de visite et d’animation à l’hôpital
Mon Dieu, accompagne s’il te plait ma rencontre avec la mort.
Donne-moi la patience de prendre le temps,
Donne-moi la sagesse d’accepter,
Donne-moi la force d’être présent.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.