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La Boussole

La Boussole VII-14

Comment gérer la séparation et l’absence ?

Celles qui viennent embaumer le corps du Christ trouvent le tombeau vide ; un ange leur annonce que Jésus est ressuscité. Les femmes sortent de la tombe et partent en courant. Elles tremblent, elles sont bouleversées, et elles ne disent rien à personne, parce qu’elles ont peur.

La Bible, Évangile de Marc, chapitre 16, verset 8
La pause,
Claire Tragel

Chemins de réflexion

De l’absence naît la foi

Dans l’Évangile de Marc, l’histoire de Pâques est suspendue à une fuite et une peur face à l’absence du corps du Christ dans le tombeau.
Les trois femmes qui se rendent, ce matin-là, au lieu de la sépulture sont de celles qui ont suivi Jésus en Galilée et sont montées avec lui à Jérusalem.
C’est à leur regard, à distance sur la croix puis maintenant sur la tombe que tient le lien de fidélité à Jésus alors que tous les autres disciples ont fui.
La pierre est déjà roulée quand elles arrivent pour accomplir sur le corps le geste dernier.
Elles trouvent un tombeau vide. Leur premier mouvement n’est pas la foi mais un bouleversement. Un ange leur annonce : « Il est ressuscité », une parole est donnée.
Ce n’est pas une preuve matérielle qui comble l’absence, mais une promesse. Et pourtant, ces femmes ont peur.
C’est précisément cette absence, non remplie, non maîtrisée, qui devient le lieu où peut surgir la foi, fragile mais réelle.
Le silence laisse le lecteur face à la même absence.
C’est presque une invitation : et toi que fais-tu de ce tombeau vide ?
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Ce n’est pas une preuve matérielle qui comble l’absence, mais une promesse.

Pâques : des mots sur les maux

L’absence, la séparation ou le deuil conduisent souvent à la tristesse, parfois même à la peur : la peur du vide.
Ainsi les femmes au tombeau redoutent-elles l’absence, car le corps a disparu. Incompréhension, stupéfaction, doute… rien n’arrête l’imaginaire. On sait combien le deuil est difficile quand le corps n’a pas été retrouvé.
Inversement, après un décès, j’apprécie que, dans la tradition protestante, le culte d’action de grâce soit célébré sans le corps déjà inhumé ou incinéré – car c’est aux vivants que l’on s’adresse.
Rien ne comblera jamais le vide laissé par celui qui n’est plus là. Et c’est peut-être une grâce. Car si ce vide venait à disparaître, le souvenir lui-même s’éteindrait.
L’absence est la trace vive de l’amour. Elle dit, silencieusement, combien l’autre a compté. Nos souvenirs ne comblent pas le manque, ils rappellent avec force la puissance de l’amour ou de l’amitié qui nous unissait. La blessure demeure.
Le temps ne l’efface pas ; il l’apprivoise, doucement, en mettant une distance supportable.
Les femmes ont fini par parler – sinon, comment l’histoire nous serait-elle parvenue ? Elles ont su mettre en récit, en mots, ce qui leur arrivait pour le surmonter et nous le transmettre.
Peut-être est-ce là un chemin pour nous aussi : traverser le deuil en le racontant, faire de l’absence une parole.
Pierre-Olivier Dolino, délégué général de la Fédération de l’Entraide Protestante

Un fil rouge ténu

Un homme jeune, la trentaine, consultant brillant dans une entreprise à l’étranger vient passer les fêtes de Noël à Paris pour voir sa mère. Quand il arrive chez elle, il découvre qu’elle a mis fin à ses jours. Elle a laissé une lettre : après l’annonce de son cancer, elle ne souhaite pas mener ce combat.
À cette époque, je faisais partie de l’équipe Pastorale des funérailles dont la mission est d’accompagner les familles confrontées au décès d’un proche. C’est dans ce cadre que j’ai rencontré Victor, fils unique. Nous avons préparé ensemble une bénédiction, choisi des textes, des psaumes, le déroulé de la cérémonie. Il n’entendait pas grand-chose tellement il était bouleversé. Je l’étais aussi.
La séparation est toujours douloureuse, et plus encore quand la mort survient à l’improviste. Quand on ne s’est pas préparé.
Vivre avec l’absence demeure une épreuve quotidienne. Le temps est un onguent. L’accompagnement essentiel. L’amitié précieuse.
Lorsque Victor a quitté la France, quelques jours plus tard, je lui ai offert un livre des Psaumes. Chaque année, depuis douze ans, je lui envoie un e-mail, auquel il me répond avec toujours beaucoup de gentillesse.
Je vis cette relation comme un fil rouge ténu, une gestion positive de l’absence.
J’ai l’âge de sa mère et nous avons le même prénom.
Nicole Jacob, bénévole en soins palliatifs

Seigneur,
La lumière se lève sur un tombeau vide,
et pourtant dans nos cœurs
tant d'absences pèsent comme des pierres scellées.
Dans la lumière du Ressuscité,
fais de nos blessures des chemins de rencontre,
de nos regrets des promesses d'amour
et de chaque absence une attente habitée de toi.
Amen
En partenariat avec Radio Omega

Chaque semaine la Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumoniers et acteurs de terrain dialoguent.

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