Non, personne n’a jamais détesté son corps. Au contraire, on le nourrit, on en prend soin, comme le Christ le fait pour son Église.
La Bible, Éphésiens, chapitre 5, verset 29

Thiméo (Les enfants de Rochebonne)
Chemins de réflexion
Imparfaits mais aimés
« Personne n’a jamais détesté son propre corps » ? Je ne sais pas comment l’apôtre Paul peut dire cela !
Quand je me regarde dans un miroir, je n’aime pas toujours l’image qui m’est renvoyée ; et quand je me compare aux autres, c’est bien pire. La moindre contrariété peut facilement nous faire penser que nous ne valons pas grand-chose et, au lieu de prendre soin de soi, on peut s’abîmer en essayant de fuir cette peau dans laquelle on est si mal : addictions diverses, alimentation inappropriée, manque de sommeil ou d’exercice…
Il y a beaucoup de façons plus ou moins violentes de s’abîmer quand on a peur de sombrer dans l’abîme encore plus profond de l’angoisse de vivre.
Paul nous rappelle ici que nous n’avons pas de corps de rechange ni de possibilité de vivre désincarné.
Dans la foi chrétienne, Dieu devient même humain en Christ pour nous rejoindre dans notre réalité. Et nous rappeler que lui nous aime comme nous sommes, prend soin de nous, et qu’ensemble nous faisons partie d’un corps plus grand de frères et sœurs. Un corps qui non seulement peut pallier nos manquements, mais aussi nous permettre de nous sentir à notre place là où nous sommes. Tels que nous sommes. Imparfaits, et aimés !
Anne Faisandier, pasteur EPUdF, Temple du Marais (75)
Mon estimomètre et moi
Comme j’aimerais avoir, au fond de moi, un estimomètre silencieux !
Un outil intime qui ne mesurerait ni mes réussites ni mes manquements, mais la qualité du regard que je porte sur moi. Un outil qui me dirait combien je m’aime, aujourd’hui. Non pas en chiffres, mais dans la façon dont je m’écoute, dont je me parle, dont je respecte mes limites…
Je découvrirais alors combien mon estimomètre est influencé par les soins que j’ai reçus ou que l’on m’a refusés. Ce que j’accepte, ce que je tolère, ce que je refuse raconte aussi l’amour que l’on m’a offert ou dont j’ai été privé.
J’ai en tête une conversation poignante avec des responsables du cercle Enfance-Jeunesse de la FEP qui travaillent avec des enfants confiés à l’aide sociale à l’enfance. Parfois, ces jeunes accueillis en foyer, confondant désir et amour, vendent leur corps en échange de paillettes, de cadeaux, d’argent. Le travail difficile des éducateurs est alors de leur faire prendre conscience que leur personne ne se négocie pas. Que l’estime de soi se protège, se cultive.
Peut-être un jour ces jeunes pourront-ils s’aimer suffisamment pour entendre cette promesse magnifique que Dieu fait à chacun d’entre nous : « Tu as de la valeur à mes yeux, et je t’aime. » Savoir qu’ils n’ont pas de prix, uniquement de la valeur.
Élisabeth Walbaum, déléguée à la réflexion et l’animation spirituelles à la FEP
L’estime de soi, un apprentissage
La valeur que je m’accorde est une question fondamentale dans le rapport que je construis à l’autre. Elle renvoie à l’estime de soi, la confiance en soi, le respect de soi.
L’estime de soi se construit dès le plus jeune âge et se nourrit du regard de l’autre, de l’intérêt qu’il me porte et de l’importance qu’il me donne.
L’accueil en maison d’enfants est intrinsèquement lié aux concepts de protection et d’éducation. Dans l’action éducative menée, la reconnaissance de chaque enfant confié, dans son parcours de vie et sa singularité, est un impératif posé dès l’accueil.
Ainsi la prise en compte de l’enfant dans toutes ses dimensions : individuelle, émotionnelle, familiale, sociale, favorise un accueil bientraitant fondé sur le respect de sa dignité, de son intimité et de sa famille. Chaque jeune doit pouvoir s’inscrire dans un processus de résilience lui permettant de reprendre confiance pour retrouver une place et des perspectives d’avenir.
La reconnaissance de l’engagement des professionnels comme étant parties prenantes de l’épanouissement de l’enfant mais aussi de la restauration d’une relation de confiance est également un impératif. Elle s’inscrit dans une temporalité stable et structurée.
L’enfant reconnaît en l’adulte une fonction protectrice et sécurisante ; il prend conscience de sa valeur. Et il apprend à s’aimer.
Samuel Monnet, directeur Les Enfants de Rochebonne, Fondation Armée du Salut, Saint-Malo (35)
Chaque jeune doit pouvoir s’inscrire dans un processus de résilience et reprendre confiance.
Seigneur, apprends-moi à me regarder avec douceur. Fais grandir en moi une estime juste et paisible, pour que je me respecte, me protège et n’oublie jamais que je suis précieux à tes yeux.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.