Je veux te louer d’avoir fait de moi
La Bible, Psaume 139, verset 14
une créature extraordinaire et si admirable :
tu fais des merveilles, et mon être entier
le reconnaît bien.

Evelyne Widmaier
Chemins de réflexion
Mon truc en plus
Le triomphe du film d’Artus, Un petit truc en plus, a mis en lumière le côté obscur de l’imaginaire des non-handicapés qui définissent les personnes handicapées par le quelque chose qu’elles ont en moins !
Il manque la vue à l’aveugle, l’ouïe au sourd, la parole au muet, le bras au manchot… Autant d’individus qui se voient réduits à leur handicap : ils sont ce qu’ils n’ont pas. Cliché résumé par la boutade d’un autre film à succès sur le handicap : « Pas de bras, pas de chocolat ! »
Les valides aiment les mots fourre-tout où ils peuvent enfermer les personnes étiquetées d’handicapées (sic), ceux qui sont hors norme. Étymologiquement, la « norme » c’est en latin l’équerre, au figuré la règle !
L’anthropologue Charles Gardou écrivait : « Les « hommes de travers » se révèlent souvent images de droiture. Leur « moins avoir » les enrichit d’un « plus d’être » ». Le psychiatre Serge Tisseron écrivait à propos du handicap et de la honte que « nous nous persuadons d’avoir un « plus » en nous convainquant que les autres auraient un « moins » ».
De fait, le moyen le plus rapide de s’élever, c’est de rabaisser tous les autres. Les jeux paralympiques ont montré que ceux à qui il « manque quelque chose » ont su nous apporter ce petit truc en plus qui nous rappelle que nous sommes toutes et tous en image de Dieu.
Philippe de Pol, pasteur-catéchète de la Fondation John BOST
Nous existons pour ce que nous sommes et non pour la somme des choses que nous réalisons.
Une question de regard
« Penses-tu qu’il a une âme ? » C’est la question qui m’a été posée à propos de mon fils en situation de handicap. Mon fils est handicapé ? Non. Mon fils a un handicap ? Tout dépend du regard que l’on porte. Mon fils est, tout simplement.
Nous existons pour ce que nous sommes et non pour la somme des choses que nous réalisons.
Pourquoi les athlètes des jeux paralympiques suscitent-ils autant l’admiration ? À cause de leurs résultats et leurs records ?
Parce qu’à travers le sport, ils dépassent, subliment et « effacent » leur handicap ?
Si vous croisiez l’un ou l’une de ces athlètes dans la rue, que retiendriez-vous de lui ou d’elle ? Son nom ? Son exploit sportif ?
Ce que cette personne représente à vos yeux ou ce qu’elle est au plus profond d’elle-même ?
Je sais répondre à la question, mais je m’interroge… Est-ce la personne elle-même qui définit son handicap ou le regard (très) limité que nous posons sur elle lorsque nous la limitons à son handicap ?
Si vous êtes fan de Johnny, chantez avec moi sur l’air de Quelque chose de Tennessee : « On a tous quelque chose en nous… d’handicapé. »
Quel regard portez-vous sur l’autre, « créature admirable » (porteuse ou non de handicap) ?
Quel regard portez-vous sur vous-même, « créature admirable » aussi ?
Quel regard Dieu porte-t-il sur toi, sur moi, sur nous ?
Charles-Édouard Doublier, animateur de l’accompagnement spirituel, Armée du Salut
Un slalom entre les défis
Avocate, épouse, sportive, femme, juriste… Et accessoirement non-voyante.
Ma différence m’a fait connaître la discrimination sans jamais me définir. Ai-je été la dernière à trouver un stage d’élève avocate ou la seule qui n’ait pas trouvé de collaboration à l’issue de mes études ?
Nul besoin de répondre à cette question mais j’ai été DRH, juriste en propriété intellectuelle et demain, pourquoi pas, pilote de ligne ! Avec un poste aménagé, rien n’est impossible.
Dans le monde du travail, le regard sur le handicap change peu à peu mais le chemin à parcourir est encore long. Il faut lutter contre des préjugés négatifs des employeurs qui pensent qu’une personne en situation de handicap sera nécessairement moins rentable.
Pourtant le handicap nous pousse à développer d’autres sens, à acquérir d’autres compétences qui nous permettent de compenser et d’être tout aussi productifs que nos collègues.
Le handicap n’est pas un sujet tabou. La clé est la communication.
Mon handicap fait partie de moi mais ne résume pas qui je suis. Passionnée de montagne, je slalome entre les défis : de l’ascension du Mont-Blanc au trail parmi les marmottes, d’un trek dans l’Himalaya à plus de 5600 mètres d’altitude à la descente effrénée de pistes en ski nordique.
Je suis comme tout le monde : une avocate, une épouse, une sportive… et, ah oui, une non-voyante.
Noëlle Djeffal Gerber, juriste
Moi !? Créature extraordinaire et admirable ?
Mais ô Dieu, tu connais mes limites et mes faiblesses.
Tu sais ce qui me fait tanguer, ce qui me ronge.
Je vis jour et nuit avec mes handicaps.
Ô Dieu, combien ton regard me restaure et me soutient.
Je crois que tu peux agir de manière admirable et extraordinaire
même au plus profond de mon corps.
Je te dis merci pour tout ce que je suis avec toi.
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.