L’achat de vêtements de « seconde main » et le recyclage des matières textiles vont a priori dans le sens d’une moindre utilisation de matières premières et d’énergie, d’achats à couts très modiques pour les personnes précaires et de création d’emplois dans la filière du recyclage. MAIS l’emballement de la production a tarifs très bas depuis les années 2000 et l’arrivée d’Asie de la « fast fashion » saturent ce marché et déstabilisent la filière du réemploi.
Les Entraides face à l’évolution des usages
Beaucoup d’Entraides ont historiquement géré une activité de « vestiaire » et de couture pour proposer aux personnes démunies des vêtements d’occasion très bon marché. Aujourd’hui elles constatent une augmentation importante des besoins liés au grand nombre de personnes en situation de précarité en France et à l’international.
Par ailleurs, l’achat de « seconde main » est aujourd’hui aussi pratiqué par des personnes plus aisées pour réduire leur empreinte écologique. Pour d’autres il s’agit de satisfaire un renouvellement compulsif de leur garde-robe à bas coût. Ces pratiques récentes ont poussé les Entraides à développer ce commerce de réemploi, avec parfois une tarification modulée selon les revenus.
Ces nouvelles tendances participent à une économie circulaire limitant l’impact écologique de la filière textile. De nombreuses friperies associatives se sont développées au sein de l’économie sociale et solidaire.
La « fast fashion » des années 2000 a fait basculer la confection en mode jetable, avec des produits de piètre qualité et un gaspillage organisé. Elle s’est encore accrue avec « l’ultra fast fashion » (qui mobilise 25 % des petits colis de la poste) où les plateformes de vente induisent des comportements d’achat sans lien avec les besoins. Rappelons qu’en moyenne, les Français achètent 48 vêtements par an, les portent 8 fois et sous estiment grandement le volume de leur garde-robe.
La face cachée de nos vêtements
De la production à l’élimination le secteur textile mondial est le cinquième plus gros émetteur de gaz à effet de serre GES, en 2050 il représenterait 26% de toutes les émissions. Il impacte les ressources en eau, utilise des engrais de synthèse et des pesticides pour la production de fibres végétales, des composés issus du pétrole pour la fabrication des fibres synthétiques, génère une pollution liée aux colorants et à l’entretien du linge, les transports aux diverses étapes et la consommation d’énergie sont très lourds dans ce bilan. Quantité de déchets sont produits avec des articles jugés périmés. De 4 à 9% des produits sont détruits avant même d’atteindre les consommateurs. Conséquence sociale de cette croissance exponentielle, la production s’est développée par la délocalisation et l’exploitation abusive de la main d’œuvre en Asie.
Que deviennent vraiment nos vêtements ?
En France 2/3 du textile part aux ordures ménagères, enfoui ou incinéré. Un tiers seulement des vêtements sont déposés pour leur recyclage dans des collecteurs textiles : après un ou plusieurs tris, ils partent pour :
- la revente directe en magasin ou à l’export,
- des filières de recyclage en isolants, chiffons, matériaux fibreux pour le bâtiment, papier, cellulose, granulés synthétiques,
- la production d’énergie dans les réseaux de chaleur, les cimenteries etc.
- la reconfection (couture ou tissage) qui reste très limitée et délicate par la présence de divers types de fibres dans un même vêtement.
Refashion est un organisme français agréé par l’État pour gérer la fin de vie des textiles d’habillement, du linge de maison et des chaussures (TLC). Financé par les marques via des éco-contributions, il soutient la collecte, le tri, le recyclage et l’écoconception pour en-courager l’économie circulaire.
Les limites du réemploi
Face à ce déferlement de produits de faible qualité, certaines Entraides, débordées, ont dû fermer leurs dépôts, faute de débouchés pour le recyclage : moins de 1 % des textiles sont recyclés dans le monde mais la friperie représente des millions d’emplois dans les pays importateurs. L’export de fripes Européennes vers l’Afrique ou le Moyen Orient se ferme, au profit de textiles neufs ou d’occasion de l’ultra fast fashion asiatique en particulier.
Quelles pistes pour des pratiques plus durables ?
Pour répondre au questionnement des Entraides, le groupe FEP transition écologique s’est saisi de cette thématique. Le comité régional Rhône Alpes Auvergne Bourgogne, a organisé le 29 juin une rencontre à la Remise, atelier d’insertion de la région Grenobloise autour du textile, des chaussures, de l’ameublement, des jouets, des petits objets donnés. Cet atelier créé par le Diaconat Protestant de Grenoble, le Secours Catholique et Ozanam gère 50 places en atelier d’insertion, accompagne ainsi chaque année une centaine de personnes vers l’insertion et traite de l’ordre d’une tonne de vêtements chaque jour.
Comment évoluer vers des pratiques plus durables plus efficaces et solidaires ? Certaines pistes ont déjà été évoquées pour ralentir la mode, avoir les produits bien conçus qui durent, un réemploi généralisé et un recyclage des matières restantes.
Des pistes pour le législateur et les industriels :
- Dès sa conception, prévoir la vie du vêtement et assurer sa traçabilité.
- Trier les objets donnés selon leur utilisation future, industrialiser le recyclage (par une écoconception pour des textiles mono-fibre, un marquage du type de fibres pour un tri automatisé)
- Faire respecter par tous les acteurs des normes sur les produits toxiques et les éco contributions.
Des pistes locales : - Réduire les achats inutiles à la source, acheter moins et mieux (pays d’origine, coton Bio,…), encourager la sobriété.
- Réparer, retoucher et créer localement de nouveaux vêtements avec les anciens
- Renforcer la solidarité au travers de l’emploi des personnes en insertion.
Rendre ce parcours plus durable requiert de l’imagination collective, au service des personnes les plus démunies. Ce travail va être poursuivi avec les Entraides pour avancer dans le partage de leurs pratiques.
Un premier échange a eu lieu le 24 septembre lors d’un rendez-vous mensuel des Entraides en ligne et une réunion spécifique en visio/webinaire est prévue au début d’année 2027 pour aborder ces sujets avec des intervenants extérieurs, par exemple :
- Quelle attitude face à la fast fashion
- Proposer une tarification : unique ou solidaire ?
- Quid des personnes qui viennent acheter pour revendre ?
- Quels modes de distribution
- Le vestiaire, vecteur d’accompagnement social (atelier couture, tri, participation des bénéficiaires, partenariats)
- La dignité des personnes
- L’hygiène
Des ressources pourront ensuite être proposées dans l’espace FEP Prendre soin du vivant.
Octobre 2026, Groupe transition écologique FEP