SOUTENIR LA FEP
Des femmes sourient près d'un arrêt de bus
Proteste
Vie associative FEP Arc méditerranéen

Se raconter, se révéler

Familles en Action aide des femmes issues de l’immigration d’un quartier difficile de Marseille à découvrir leur potentiel. Le projet « Se raconter, se révéler », récompensé par le prix Charles Gide1, mise sur l’éloquence et le théâtre pour renforcer leur confiance et leur pouvoir d’agir. Adeline Brossard est éducatrice spécialisée, responsable du secteur Vie de quartier dans l’association.

Pouvez-vous nous présenter Famille en action ?

L’association propose des animations dans la rue depuis 2014. Aujourd’hui, elle emploie neuf équivalents temps plein et a trois locaux dans un des quartiers les plus pauvres d’Europe. Familles en action propose des ateliers sociaux linguistiques, des animations de proximité, un accueil parents/familles, des secteurs enfance ACM2, ados, et lutte contre le décrochage scolaire à destination de collégiens en difficulté d’apprentissage ou en situation d’exclusion. Avec Thaïs, qui a été recrutée à la suite de son service civique, nous allons dans le quartier une fois par jour pour proposer des animations aux enfants, des rencontres-café avec les parents, des événements. Nous avons récemment créé un comité d’habitantes, d’où est né le projet.

Parlez-nous de ce projet.

Le but de l’association n’est pas d’assister les gens, de faire à leur place, mais de les rendre actifs pour qu’ils fassent eux-mêmes. Nous sommes les seuls dans ce quartier à créer du lien. Le nouveau comité rassemble une douzaine de femmes ; elles ont une quarantaine d’années, des enfants, parfois un travail, certaines sont mariées, d’autres vivent seules, la plupart sont migrantes ou issues de l’immigration. Depuis que nous les rencontrons, elles ont identifié trois besoins primordiaux : la sécurité, la scolarité (les parents n’ont pas la possibilité ou le temps d’accompagner leurs enfants dans les apprentissages) et les activités sportives dédiées aux femmes. Et elles commencent à sortir de chez elles et s’impliquer.

Dans quels domaines ?

Des femmes ont monté un projet « crochet ». Une autre, qui affirmait qu’elle était trop timide, a récolté deux mille euros pour un projet citoyen et a pris la parole devant un jury pour le défendre. Ces femmes ont de nombreuses compétences, de forts potentiels. Mais elles ne le savent pas et n’ont aucune confiance en elles.

Comment leur redonner confiance ?

L’idée de passer par le théâtre a émergé lors d’un repas partagé. On a réfléchi et rencontré des professionnels pour étayer ce projet : la compagnie Duanama, dont la devise est que le théâtre peut améliorer le rapport à soi-même et aux autres, et Eloquentia qui s’applique à démocratiser l’apprentissage des fondamentaux de la prise de parole. Pendant un an, les dames auront des cours une fois par semaine ; elles monteront une pièce de théâtre et raconteront leur histoire. L’objectif est qu’elles prennent confiance en elles et soient valorisées. On aimerait aussi les ouvrir à la culture et les emmener à Avignon.

En quoi le prix que vous avez reçu va-t-il vous aider ?

Il nous permettra de payer les deux intervenants. Et, idéalement, d’organiser un petit séjour en fin d’année. Ces femmes ont vraiment besoin de sortir de chez elles. Nous allons planter une graine, elles vont apprendre plein de choses et après, d’autres projets vont sortir de terre que personne n’a encore imaginés.

Propos recueillis par Brigitte Martin

Un article tiré du Magazine Proteste, n°186 « Les visages de la précarité

Vie associative FEP Arc méditerranéen Proteste

Abonnez-vous pour recevoir les Nouvelles de la FEP

Suivez-nous sur les réseaux sociaux