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La Boussole

La Boussole I - 19

Un territoire qui se redessine ?

Moïse est mort de vieillesse, aux portes de « la terre promise ». Josué, son bras droit, va prendre sa suite. Dieu s’adresse à lui :
« …Tout lieu que foulera la plante de vos pieds, je vous l’ai donné comme je l’ai promis à Moïse ; depuis le désert et le Liban que voici jusqu’au grand fl euve, l’Euphrate, tout le pays des Hittites, et jusqu’à la Grande Mer, au soleil couchant, tel sera votre territoire. »

La Bible, livre de Josué chapitre 1, versets 3 et 4
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

Partir pour quel voyage ?

Nous étions jusqu’alors dans une société de mobilité totale.
Nous avions le sentiment d’une liberté de déplacement sans limite.
Encore fallait il avoir les moyens : tout le monde ne pouvait pas s’offrir un voyage à l’autre bout de la planète aux Seychelles ou à Tahiti !…
Mais voilà que notre espace se restreint compte tenu des mesures sanitaires.
Selon les pays, les régions, les départements, les villes, les quartiers, les rues, voire les bâtiments, les réglementations différent : avec ou sans masque, mise en quarantaine parfois imposée, voyages rendus impossibles.
Notre géographie des lieux doit s’adapter.
Beaucoup pour leurs congés se sont contentés avec joie du local ou du régional.
Quel que soit l’espace à habiter, il est celui d’une promesse.
Josué reçoit l’assurance de la présence de Dieu dans ce nouveau pays qui l’attend.
Le voyage qui importe est celui qui nous permet d’aller à la rencontre des autres et de les découvrir comme des prochains.
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly

Le voyage qui importe est celui qui nous permet d’aller à la rencontre des autres et de les découvrir comme des prochains

Le monde familier assise de notre expérience

L’homme a besoin de s’enraciner quelque part, comme l’écrit la philosophe Simone Weil : « L’enracinement est peut-être le besoin le plus méconnu de l’âme humaine ».
Devons-nous alors nous réjouir du recentrement actuel autour d’un espace restreint ou, au contraire, craindre qu’il provoque un rétrécissement de nos perspectives ?
Dans la Bible, le geste créateur de Dieu consiste avant tout à produire une frontière : frontière entre le sec et le mouillé, entre la nuit et le jour… Ces frontières sont les conditions de possibilité de la vie, l’indifférencié signifiant le retour au chaos.
Dieu assigne une frontière à la terre qu’il donne au peuple tout en disant qu’il leur donne tout endroit où « ils poseront les pieds ».
Le texte souligne ainsi que la notion de frontière peut être éminemment subjective et dépendre aussi de l’expérience, celle d’un corps en mouvement, celle de notre perception.
Peut-être éprouvons-nous à l’heure actuelle ce que Husserl appelle « le monde de la vie », ce monde de la proximité, de la familiarité qui sert d’instance d’évaluation et qui est l’assise de notre expérience.
Sous la cartographie abstraite se dévoile toute une cartographie vivante du monde vécu.
Brice Deymié – Fédération protestante de France

Recevoir son lieu de vie

Pendant le confinement j’ai reçu comme terre promise la surface de ma maison et celle de la ferme. J’ai savouré ma chance pour ce grand espace.
Il commençait à devenir de nouveau trop petit lorsque nous avons eu droit à 100 kilomètres pour nos déplacements. Je suis retournée au bureau.
J’ai fait un magnifique cercle au crayon rouge sur la carte routière.
C’était la nouvelle frontière de ma terre promise.
La frontière s’est encore élargie, avec des informations régulières sur le danger à se rendre dans tel ou tel pays.
Si le cercle s’est élargi, il demeure : pas question cet été pour les jeunes éclaireurs aînés de voyages internationaux !
La terre où je pose mes pieds, c’est celle de ma maison, des rues de mon village, la berge de la rivière où se baigner… et mon lieu de travail. J’y croise et j’y rencontre d’autres personnes, masquées ou non, elles aussi s’appropriant à nouveau ce territoire.
Alors cette invitation adressée à Josué de recevoir la terre où il pose ses pieds comme cadeau, je la reçois pour moi aussi.
Un cadeau, cela s’ouvre, cela s’utilise, cela procure de la joie à celui qui donne et à celui qui reçoit.
Un cadeau, cela resserre les liens.
Ai-je vraiment ouvert le cadeau de la terre où je pose mes pieds chaque jour ?
Isabelle Bousquet – Fondation John BOST

Seigneur, donne nous l’occasion d’être saisis par le proche, par ce qui nous entoure  et nous habite et de voir dans la routine autre chose qu’une triste répétition.
Merci, car tu nous aides à découvrir la joie de la sobriété et de l’austérité en réapprenant à dépendre de l’autre.
Oui, Seigneur, tu es le seul à pouvoir élargir nos tentes et ouvrir nos horizons, sans que cela nous conduise à parcourir des kilomètres.
Pousse les limites de nos frontières égoïstes et fais nous découvrir l’enracinement heureux au milieu de nos frères.
Que notre territoire soit celui d’un nouvel universel dont tu traceras les contours.
Amen

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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