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La Boussole

La Boussole III - 50

Quel regard portons-nous sur celui qui vit dans la rue ?

Un infirme est installé à la porte du temple. Quand il voit Pierre et Jean qui vont pénétrer dans la cour du temple, il leur demande l’aumône.
Pierre alors, ainsi que Jean, le fixa et lui dit : « Regarde-nous ! »

La Bible, Actes, chapitre 3, verset 4
La rue,
Véronique Legros-Sosa

Chemins de réflexion

Interagir, c’est dire « oui, tu existes »

« Même si vous ne me donnez rien, un sourire me fera plaisir. » Combien de fois avons-nous entendu cette phrase de la part d’une personne faisant la manche ?
Nous nous sommes peut-être dit que c’était une stratégie de séduction, un peu de démagogie pour nous attendrir. Pourtant, non, ce n’était pas le cas. C’était une réelle demande.
Nous avons tous fait l’expérience d’entrer dans une pièce et de constater que personne ne nous regarde ou pire, que tout le monde nous évite. Souvenons-nous du malaise que nous avons ressenti.
Les personnes à la rue vivent cette situation en permanence.
À ne pas être regardées, elles ne se sentent plus vues. Ni entendues car, lorsqu’elles interpellent les passants, ne serait-ce que pour quémander un sourire, les regards se détournent. Petit à petit, elles ont le sentiment de s’effacer, de devenir des ombres, de ne plus être réelles.
Changer de regard sur les personnes qui vivent dans la rue consiste d’abord à… les regarder ! Dire bonjour et au revoir. Montrer qu’on les a entendues même si leur demande ne peut être satisfaite; même si notre réponse demeure, hélas, en décalage avec leur requête. Répondre.
Regarder, parler, interagir… c’est dire « oui, tu existes ». Un don primordial que nous pouvons tous exercer.
Stéphane Lavignotte, pasteur, Mission populaire évangélique, La Maison Ouverte, Montreuil

Regarder, parler, interagir… c’est dire « oui, tu existes »

Le regard avant la piécette

Combien de fois suis-je passé devant un mendiant dans la rue en détournant le regard ?
Combien de fois ai-je déposé une pièce dans son gobelet en me disant : « Bon, au moins j’ai fait un geste » ?
Un ami qui fait des maraudes m’a dit : « Ce qu’ils attendent le plus de toi, ce n’est pas une piécette, mais un regard. Regarde-les ! »
L’apôtre Paul a pris le temps d’un contact visuel avec le mendiant qui se tenait à la porte du temple. Regarder l’autre, c’est le faire exister. C’est presque lui redonner une dignité. Quand Jésus posait son regard sur un pauvre ou un malade, que voyait-il, sinon une personne bien-aimée de Dieu ?
Mère Teresa prenait dans ses bras le vieillard mourant sur le trottoir et l’emmenait à l’hospice pour qu’il soit soigné.
Alors qu’elle venait de recevoir le prix Nobel de la paix, un journaliste s’était ému : « Mère Teresa, vous faites des choses extraordinaires ! – Pas du tout, avait-elle répliqué, c’est normal car ce vieillard, c’est le Christ en personne que je prends dans mes bras ! »
Personnellement, je n’en suis pas là, mais désormais je prends le temps de regarder le mendiant sur le trottoir, d’échanger une parole, éventuellement de lui donner une pièce, et je me dis : « Ce que tu as donné n’est rien par rapport à ce que tu viens de recevoir. »
Christian Tanon, pasteur, Église protestante unie de France, L’Escale, Paris

Surtout pas de condescendance

Je fais des maraudes depuis plus de dix ans. Je me sens concernée par le sort des gens de la rue, j’essaie de les orienter vers les structures d’aide, de les encourager dans leurs démarches parfois complexes.
Les besoins en aide alimentaire augmentent, les quarante repas chauds que nous servons le dimanche soir sont à présent très vite distribués. Il n’y a plus de capacité d’accueil depuis longtemps, à Cannes. Lorsque nous appelons le 115, nous n’avons aucune proposition d’hébergement pour la nuit.
Sans être psychologues ni psychiatres, nous constatons régulièrement des formes de pathologie comme des dépressions, délires, troubles de la personnalité… souvent aggravées par la prise de drogues ou d’alcool.
Le quotidien des gens de la rue est douloureux. Ils nous attendent et le respect est mutuel. Notre engagement est un défi.
Il y a aujourd’hui une recrudescence de jeunes migrants sans papiers originaires d’Afrique du Nord, parlant peu ou mal le français. Je me sens proche d’eux.
La question n’est pas de savoir ce que pense ou ne pense pas la société, mais plutôt de discerner ce qui est de notre responsabilité. Il n’y a pas de condescendance de notre part, seulement des échanges, de l’écoute ; c’est important, d’autant plus quand, bien humblement, on se dit chrétien.
« Ce que vous faites à l’un de ces plus petits… » est notre leitmotiv.
Thérèse, association Aider, à Grasse (06)

Comme il est difficile, Seigneur, de donner et de rester humble ! 
Comme il est difficile d'aider une personne en difficulté et de ne pas se dire avec une pointe d'orgueil : « C'est moi qui l'ai aidée ! ».
Tu attends de moi à la fois la générosité et l'humilité.
Rappelle-moi que ce que je peux donner à autrui ne m'appartient pas mais vient de toi.
Apprends-moi à discerner chez mon prochain les richesses immatérielles qui me font grandir.
Accorde-moi, Seigneur, de voir ton visage chez tous ceux que tu mets sur ma route.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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