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La Boussole

La Boussole I - 17

Ma vulnérabilité est-elle une force ?

Jésus leur proposa une autre parabole :
« Le Royaume des cieux est comparable à un grain de moutarde qu’un homme prend et sème dans son champ.
C’est bien la plus petite de toutes les semences mais, quand elle a poussé, elle est la plus grande des plantes potagères : elle devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel viennent faire leurs nids dans ses branches. »

Evangile de Matthieu, chapitre 13, 31-32
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

Être à la merci

Nous pensions être en sécurité, à l’abri des malheurs, des maladies, des pandémies.
En tous les cas, une crédulité excessive en la modernité et en la science nous le faisait croire : si cela existait, c’était pour les autres, les lointains, par écrans interposés.
Et brutalement, nous découvrons que nous sommes aussi à la merci de tous ces dangers ; nous prenons conscience alors que nous sommes vulnérables, fragiles, petits.
Notre orgueil et notre suffisance en prennent un coup.
De cette petitesse redécouverte, telle la graine, peuvent naître des forces nouvelles.
Nous mesurons le prix de la vie, la valeur de chaque journée, le trésor de l’existence humaine.
Nous en apprécions davantage le mystère et la beauté.
Nous quittons une indépendance faussement recherchée pour nous tourner vers la richesse de la dépendance vis-à-vis des autres.
Nous sommes reliés telles les branches d’un grand arbre.
« Attention fragiles ! » : nous le sommes tous.
Nous voilà rendus plus attentifs les uns aux autres.
Denis Heller, Fondation Diaconesses de Reuilly

Nous quittons une indépendance faussement recherchée pour nous tourner vers la richesse de la dépendance vis à vis des autres.

Nul n’est réductible à ce que l’on voit de lui

Ce petit grain contient en potentialité plus de ressources que notre perception ne peut envisager.
C’est un peu comme la chenille qui ne croit pas au papillon.
Le semeur fait confiance à la graine et à sa capacité à devenir ce qu’elle doit être.
Par extension, cette histoire de graine de moutarde invite à reconsidérer notre compréhension du fragile et du vulnérable : dans la fragilité de l’humain réside une force et cette puissance ne peut être découverte que lorsque nous rentrons en relation.
Le philosophe juif, Emmanuel Lévinas, insiste sur le fait que l’intersubjectivité ne désigne pas une identité en miroir, comme on le pense souvent, mais un décentrement radical.
La présence de l’autre rompt la trame de mon existence où je vivais seulement pour moi.
La vulnérabilité désigne la fragilité, mais elle est aussi une force, car je suis capable de me tourner vers autrui et de me décentrer.
Parce que nul n’est réductible à ce que l’on voit de lui.
Comme la graine de moutarde et l’arbre.
Brice Deymié – Fédération protestante de France

Dieu nous fait grand pour les autres

Une graine de moutarde si insignifiante, presque rien tellement elle est petite !
Tellement facile à perdre, à ignorer !
Être insignifiants, presque rien, c’est aussi le sentiment que nous pouvons avoir de nous-mêmes quand nous regardons tous les besoins du monde et que nous les comparons à nos propres actions dans le monde.
Tant de souffrances ont besoin d’être écoutées, d’être recueillies, d’être soignées.
Quand parfois nous prenons conscience de notre petitesse, nous risquons de ressentir le vertige de l’insignifiance, de nous sentir tellement nuls, tellement sans importance, sans valeur.
Mais ce n’est pas ainsi que Dieu nous regarde, et ce n’est pas le message que Dieu nous adresse !
De cette insignifiance de la graine, Dieu fait jaillir une grande plante au service des autres qui y trouvent un accueil, un abri, un soutien.
Ainsi, Dieu nous fait grand pour les autres.
Aussi petit que nous soyons, nous sommes grand dans notre relation bienveillante à l’égard des autres, dans notre service aux autres.
Il n’y a pas de petitesse dans l’amour que nous portons aux autres.
Bertrand Marchand – Eglise Protestante Unie de France

Seigneur, je me sens si vulnérable parfois que je pourrais bien me perdre. 
Je me sens si insignifiant parfois, que je pourrais bien ne plus croire en mon action.
Je sais que tu prends soin de ma petitesse, alors je te la confie, humblement,
afin que tu la transformes en grandeur non pas pour moi-même
mais pour les autres.
Avec la petite graine de moutarde, tu me dis que j’y trouverai la vie
et que je serai vie pour les autres. Alors fais-moi pousser au service des autres.
Merci, Seigneur, pour cette vie si vivante en toi.
Amen

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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