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La Boussole

La Boussole I - 04

Habiter le temps présent ?

Comme ils étaient en route, il entra dans un village et une femme du nom de Marthe le reçut dans sa maison.
Elle avait une sœur nommée Marie qui, s’étant assise aux pieds du Seigneur, écoutait sa parole.
Marthe s’affairait à un service compliqué.
Elle survint et dit : « Seigneur, cela ne te fait rien que ma sœur m’ait laissée seule à faire le service ? Dis-lui donc de m’aider. »
Le Seigneur lui répondit :
« Marthe, Marthe, tu t’inquiètes et t’agites pour bien des choses. Une seule est nécessaire. C’est bien Marie qui a choisi la meilleure part ; elle ne lui sera pas enlevée.

La Bible, Evangile de Luc, chapitre 10, 38-42
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

S’écouter, maintenant !

Dans ce récit de Marthe et Marie recevant Jésus, Jésus répond à Marthe en lui disant qu’il entend son ressenti, ses inquiétudes du moment. Il lui parle au niveau de ses émotions présentes. Jésus dit que Marie a choisi, pour elle-même, ce qui lui était nécessaire : écouter Jésus.
Jésus ne discute pas à propos d’être serviable ou pas, mais à propos d’écouter ses propres besoins ou pas, là, maintenant, au présent.
Peut-être que cette histoire de deux sœurs colocataires, si différentes dans leurs besoins spirituels, est elle aussi une invitation à oser, au présent, nos besoins personnels.
A oser dire « Je », « maintenant », « aujourd’hui », sans imaginer que nos besoins doivent être ceux des autres.
Marthe est tendue vers un futur proche (le repas qui doit être prêt et correct), Marie est toute entière dans le présent de ses besoins.
Si c’était si simple de vivre au présent en osant mettre des mots sur nos besoins, y compris spirituels, cela se saurait, et il n’y aurait pas eu besoin de cette histoire.
Dans ces jours où, sans calendrier sous nos yeux, on ne sait plus trop bien si l’on est lundi ou mardi ou mercredi, puisse cette histoire nous aider à choisir la vie, au présent.
Isabelle Bousquet, Fondation John BOST

Oser dire « Je », « maintenant », « aujourd’hui », sans imaginer que nos besoins doivent être ceux des autres

Le choc des temps

Trop souvent on veut voir dans ce texte l’opposition entre le spirituel et le matériel.
Mais l’histoire de Marthe et Marie c’est le choc des temps :
Le temps de Marthe c’est celui des soucis et des préoccupations mais aussi celui du travail quotidien, le temps de Marie c’est le temps éternel, celui qui n’a pas de consistance, celui qui s’impose comme une flèche en dehors de la succession des minutes et des heures.
J’ose un parallèle : un détenu dans nos prisons, indépendamment de la promiscuité, ne deviendra Marie que s’il a aussi la perspective du temps de Marthe pour maintenant ou pour plus tard. L’injonction fréquente à vivre le temps présent, à profiter de l’instant n’a de sens que si on inscrit l’instant dans une durée plus longue. Que serait Marie sans Marthe ?
Autrement dit cette histoire nous invite à discerner en nous notre part de Marthe et notre part de Marie. Ce confinement forcé peut nous faire découvrir, comme aurait pu le dire Calvin, la spiritualité des gestes du quotidien. La beauté du banal, c’est ça « la bonne part » dont parle Jésus.
Brice Deymié, Fédération Protestante de France

L’une s’active, l’autre écoute

Spontanément, Marthe et Marie évoquent des personnes que nous connaissons, nous pouvons leur donner un visage !
Et nous pourrions aussi nous livrer à ce petit jeu : moi, suis-je plutôt Marthe ou plutôt Marie ?
En fait, ce n’est pas si binaire, je ne suis pas cantonnée à jouer toujours le même rôle, à incarner le même personnage. Selon les moments, c’est l’une ou l’autre facette de mon caractère qui demande à s’exprimer.
Alors, prendre conscience de ce dont j’ai envie et m’accorder la liberté de le faire, que c’est bon !
Mais le récit nous parle non seulement d’une alternance, mais d’une complémentarité.
Marthe est affairée, inquiète, ses forces s’éparpillent. Comme si elle avait perdu son double, cette part d’elle-même qui réalise l’unité de son être.
Rappelle-toi l’essentiel, lui conseille affectueusement Jésus. Tu avais peut-être perdu de vue le sens de tes actes ? En prêtant l’oreille à la voix de cette « Marie » qui fait partie de toi, tu peux retrouver la saveur de ce que tu fais, le goût du présent qui s’offre chaque jour.
Christine Renouard, Fondation Diaconesses de Reuilly

Seigneur, tout au fond de moi il y a souvent comme un grand désordre, on dirait une chambre d'enfant après une journée d'anniversaire. 
Tout au fond de moi il y a si souvent un tel désordre que mes pensées, mes actes se dispersent.
Alors je sais que je ne vis plus, c'est mon agenda qui me fait survivre.
Et là, sans mon agenda, je ne suis plus très sûre du jour de la semaine, tant les jours se ressemblent et tant l'absence d'avenir clair brouille le présent.
Aide-moi à mettre de l'ordre.
Seigneur, tout au fond de moi il y a si souvent un tel désordre que je ne retrouve plus ce cadeau de vie offert il y a longtemps, au lendemain de la mort et de la résurrection de Jésus.
Aide-moi à mettre de l'ordre.
Alors non seulement je choisirai la vie, mais je vivrai de ta vie.
Fais nous créateurs de liens, Toi à qui nous disons Notre Père.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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