Souviens-toi de ton Créateur aux jours de ton adolescence, – avant que ne viennent les mauvais jours et que n’arrivent les années dont tu diras : « je n’y ai aucun plaisir ».
La Bible, livre de l’Ecclésiaste, chapitre 12 verset 1

Chemins de réflexion
Ne pas mourir spirituellement avant la mort du corps
Le vieux sage Qohéleth regarde sa jeunesse avec nostalgie.
Passé est le temps de la reconnaissance pour la vie qui nous est donnée, car la vieillesse a balayé la vigueur et n’est plus que malheur. La suite du texte est une description négative de la vieillesse qui aboutit à la mort, avant de conclure que l’existence n’est que futilité, vide, inconsistance.
Si la vieillesse altère les capacités physiques et psychiques, pourquoi altérerait-elle le spirituel, c’est-à-dire le sens de l’existence et notre appartenance au monde ?
Pourquoi ne serions-nous pas disposés à célébrer la vie jusqu’à la mort, afin de rester vivants jusqu’à la mort ?
Célébrer la vie pour ne pas vider l’existence de son sens ultime, qui dépasse notre propre personne et la relie à plus grand, plus vaste qu’elle.
Célébrer la vie pour ne pas mourir spirituellement avant même la mort du corps.
À tous les âges de la vie, regarder l’existence dans la reconnaissance de ce qui est donné et partagé, célébrer le passé et célébrer le présent.
Bertrand Marchand, pasteur, Église Protestante Unie de France
Célébrer la vie pour ne pas vider l’existence de son sens ultime, qui dépasse notre propre personne et la relie à plus grand, plus vaste qu’elle
Refuser les illusions malsaines
« La vieillesse est un naufrage » disait le Général de Gaulle. La fin de vie serait-elle alors une noyade ?
L’Ecclésiaste la voit comme l’enchainement de décrépitudes conduisant à la mort.
La fin de vie fait peur et nous comprenons que l’on veuille éviter ce qui l’allonge.
Dans une société où les critères de la « vie réussie » sont d’être jeune, actif et productif, la mort peut devenir plus enviable que la « vie vieille » ! Mais quel seuil fixer, alors que je ne puis plus me donner la mort et qu’il faudrait qu’un autre m’y aide ou m’y conduise ?
Pourrait-on regarder autrement la fin de vie, en consentant à ses pertes et ses renoncements et en limitant au mieux les souffrances physiques, pour que chacun/e y conserve la dignité ?
Cette dignité qui rend chaque vie précieuse aux yeux de tous, même des proches qui souffrent
de voir l’être aimé diminué ?
Donner ou se donner la mort n’empêchera pas qu’avant ce moment, il y ait aussi une fin de vie souvent pénible ou en voie de l’être. Jusqu’où remonterons-nous pour qu’elle soit acceptable ?
Jusqu’à la naissance si l’enfant n’est pas « parfait » ?…
La question du faire mourir rejoint celle de l’eugénisme.
La vie sans souffrance : une illusion malsaine.
Toute vie est habitée d’efforts et de douleurs, au coeur desquels se vivent des joies.
Pascal Hubscher, pasteur. Aumônerie ESMS de l’UEPAL
L’agonie n’a plus la cote !
Jadis verticale, debout l’arme au poing, l’oeil entrouvert le temps de préparer les siens avant d’aller rencontrer Dieu.
Désormais horizontale, paupières closes, couché d’emblée mi enterré dans les tranchées, comme en 14, mis de côté dans un EHPAD, comme en l’an 20, c’est tout un : l’agonie n’a plus la cote, elle ne sert plus à rien.
C’est devenu une histoire à dormir debout !
Il nous faudrait pouvoir la shunter, disent les uns, désireux d’en finir avant. Il faut la réhabiliter, disent les autres, convaincus qu’on ne sait jamais.
Ceci dit, n’y a-t-il pas quelque indécence, et même quelque incohérence, à faire le forcing pour pouvoir mourir quand tant d’entre nous sont déjà morts sans qu’on ait pu les saluer, et quand tant d’autres luttent encore pour leur survie ?
Quant à moi, désormais presque octogénaire, je suis déjà en fin(1) de vie ; mais jeune retraité actif, je suis toujours en faim(1) de vie.
(1) Il n’y a aucune mention inutile à biffer !
Joël Ceccaldi, médecin retraité, référent des aumôneries des ESMS de Nouvelle-Aquitaine
Seigneur nous te prions pour tous ceux pour qui la vie devient insupportable.
Que se tiennent auprès d’eux des personnes qui entendent leur souffrance,
restent à leur côté et les aident à se reconnaître humain.
Seigneur, nous te prions pour tous ceux qui appellent la mort à corps et à cris.
Que nous sachions comprendre leur appel sans céder à leur désespoir.
Seigneur rappelle-nous que toute vie est relation, qu’elle n’est la propriété de personne,
mais l’expression des liens qui nous unissent les uns aux autres.
Donne-nous de vivre jusqu’au bout ces liens forts d’amour et de respect.
Et même lorsque la douleur s’installe, permet que chacun et chacune puisse conserver
jusqu’à la fin sa dignité. Amen
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.