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La Boussole

La Boussole I - 44

Est-ce que j’ose partager ma boussole ?

Mon ventre ! mon ventre ! je me tords de douleur !
Les parois de mon cœur !
C’est le tumulte en moi,
je ne puis me taire…

La Bible, livre de Jérémie chapitre 4, verset 19
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa, Florida, USA

Chemins de réflexion

Partager ou me taire ? j’ai une boule au ventre !

Quand j’allume ma télévision, je suis envahi d’informations sur la Covid.
Avec mes collègues, le sujet de discussion est toujours le même : « La Covid 19 »
Beaucoup de contradictions entendues, d’angoisse, de blabla.
Où est le temps où nous échangions sur nos week-ends ?
Ce temps sans Covid ?
En mon fort intérieur, j’aurais tant de choses à partager…
J’ai besoin de témoigner, de dire mes valeurs chrétiennes, dire mon espérance, ma foi…
J’aimerais partager des sujets abordés dans « la Boussole » !
Échanger avec mes collègues, parler de ce qui m’anime, malgré cette situation désastreuse.
Mais j’ai la boule au ventre : puis-je le faire ?
Je ne veux surtout pas choquer, juste dire ma joie d’être croyant en ce temps d’incertitude désespérante.
Car j’ai appris à vivre chaque jour pleinement et je crois à un avenir meilleur.
Alors oui, c’est décidé : j’oserai partager ma boussole pour que l’échange avec l’autre s’ouvre et s’enrichisse d’avis partagés ou contraires.
Pierre-Jean Soler, Fondation de l’Armée du Salut

Je ne veux surtout pas choquer, juste dire ma joie d’être croyant en ce temps d’incertitude désespérante

Oser parler en « je », comme on se raconte

Vous avez assisté à un magnifique coucher de soleil au bord du lac ; de retour à la maison vous dites à votre conjoint ou votre ami(e) : « ce coucher de soleil m’a touché ! j’aimerais tant que tu en profites ! Demain soir, s’il fait beau, viens le voir avec moi ! »
Partager sa foi ou un trésor spirituel reçu gratuitement devrait être aussi simple que cela.
Pourtant dans le domaine spirituel on n’ose pas le partager. Pourquoi ?
Peur d’être mal jugé ? Peur de déroger au principe de laïcité ? Les réticences sont nombreuses.
Pour certains ne pas témoigner est une frustration. Pour le prophète Jérémie, c’était une souffrance.
Tant qu’il n’avait pas transmis la Parole, ça brûlait en lui.
Pour certains d’entre nous, le désir de témoigner est grand et quand nous pouvons le faire, quelle joie !
Alors comment partager le trésor qu’on a reçu ? Il n’y a pas de méthode. Laisser jaillir son cœur, peut-être, et parler en « je ». Dire qu’on est en recherche est déjà un témoignage, qui peut toucher les cœurs.
Christian Tanon, Église Protestante Unie. L’Escale.

Accueillir l’autre d’abord !

Le prophète Jérémie est profondément saisi par l’urgence.
C’est brûlant en lui, car il voit que le peuple court à sa perte.
Sans doute a-t-il besoin aussi d’être rassuré que la souffrance peut être écartée.
Et c’est lui qui se tord de douleur, qui se trouve dans un tumulte intérieur.
Parfois, nous ressentons en nous-mêmes une urgence, un violent appel à témoigner.
Ce qui m’anime, dans les profondeurs de mon être, ne peut résister à se dire.
Pourquoi me faire violence en me taisant ?
Ne suis-je pas appelé·e à témoigner de ce qui m’anime ?
Mais qu’est-ce que l’autre attend de moi ?
Vais-je le rejoindre en disant une parole qui lui restera étrangère, qui ne le touchera pas ?
L’autre a d’abord besoin d’être écouté. Il a besoin que je lui fasse de la place pour qu’il se dise.
Peut-être dois-je renoncer à ma parole, refuser les projets que j’ai pour l’autre, afin qu’il puisse être véritablement lui-même.
Ensuite, peut-être, l’autre accueillera ma parole, parce qu’il l’attendra. Bertrand Marchand – Église Protestante Unie du Poitou rural

Seigneur, mon Dieu, je suis souvent encombré·e par moi-même :  
soucis, convictions, peurs… tellement que je n’entends plus parfois
la parole que tu m’adresses.
Je désire créer de l’espace, faire de la place en moi à une autre parole
que la mienne. Donne-moi le courage d’accueillir cet autre.
Merci, Seigneur, pour toutes les paroles qui me nourrissent.
Elles me fortifient et m’établissent solidement pour être aux côtés
de celles et ceux que j’accompagne, pour être à leur écoute.
J’y trouverai la vie !

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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