En effet, nous sommes sauvés, mais en espérance seulement.
La Bible, Romains 8.24
Quand on voit ce qu’on espère, on n’appelle plus cela espérer.
Les choses qu’on voit, est-ce qu’on peut encore les espérer ?

Claire Tragel
Chemins de réflexion
Une attente heureuse et partagée
« Quand tu auras désappris à espérer, je t’apprendrai à vouloir », écrivait Sénèque à Lucilius, au tournant de notre ère. Aujourd’hui, ce genre de maxime revient en force. Les philosophes incriminent l’espérance : nous serions malheureux à force d’attendre des choses qui n’arrivent pas.
Le philosophe contemporain André Comte Sponville affirme que nous ne cessons d’être séparés du bonheur par l’espérance même qui le poursuit. L’espérance n’aurait donc plus sa place dans une société comme la nôtre qui nous demande de tout maîtriser quand justement, de sa nature même, l’espérance porte sur ce qui ne dépend pas de nous, comme le rappelle Paul dans sa lettre aux Romains.
À l’opposé d’un monde qui prône la satisfaction immédiate des désirs, Paul nous exhorte à attendre avec persévérance. Pour redécouvrir la force de l’espérance, il faudrait réenchanter l’attente heureuse. Mais l’attente n’a pas le même visage aux quatre coins de la planète et il ne faudrait pas que l’espérance devienne la vertu des plus pauvres.
L’espérance naît d’une attente heureuse et partagée avec tous.
Brice Deymié, Église protestante française au Liban
Pour redécouvrir la force de l’espérance, il faudrait réenchanter l’attente heureuse.
L’espérance nous amarre au monde
« Donnez-moi un peu d’espérance, juste un peu ! » C’est ainsi qu’un inconnu m’a interpellée un jour dans un couloir de l’hôpital. Quand le malheur frappe, quand la vie devient trop dure, la fatigue trop pesante, nous avons tous besoin de nous sentir amarrés au monde des vivants.
L’espérance n’est pas quantifiable comme l’espoir. L’espoir est concret, quand il y a 50% de chances de rémission, quand les statistiques laissent entrevoir une chance à un jeune à la dérive, à un malade condamné, à un projet d’aboutir.
L’espérance surgit au coeur de mes nuits les plus noires, dans mes traversées de l’en-bas. Dans la Bible, elle survient quand je perds courage, quand tout semble perdu.
L’espérance me visite lorsque j’ai les mains vides et le coeur ouvert. Elle se niche dans mes anfractuosités. Dieu ne désespère jamais de moi.
Espérant contre toute espérance Abraham, le patriarche, abandonne toute richesse, se met en route vers une terre inconnue et devient le père d’une grande nation.
J’ai compris pourquoi l’espérance était symbolisée par une ancre le jour où j’ai entendu une personne témoigner : « Par tous ces petits gestes qui m’ont touché, ces paroles, ce regard posé sur moi, je me suis senti à nouveau rattaché à la terre des vivants. »
L’espérance se partage lorsque nous encourageons tout ce qui porte en nous le beau et le bon.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal
On ne sait jamais d’où jaillit l’espérance
L’espérance est un peu comme le vent, elle ne peut être commandée. Pourtant, en matière d’éducation, a fortiori pour accueillir et accompagner des jeunes connaissant des difficultés familiales, scolaires, sociales, économiques… les équipes en ont besoin, tous les jours.
Les seules compétences, les meilleurs diplômes et toutes les bonnes volontés ne suffisent pas. Car l’enfant, comme toute personne en situation de fragilité, a besoin que celles et ceux qui l’accompagnent portent sur lui un regard d’espérance, sans chercher à démontrer l’efficacité de leur pratique.
La qualité de l’action éducative, des parents comme des éducateurs, ne se mesure pas seulement à l’aune des réussites sociales, scolaires, comportementales. Elle tient aussi à l’espérance dont elle a transmis les germes, arrosé les racines, suscité l’envie. Demain, elle deviendra une source d’énergie qui donnera sens et goût à la vie de l’enfant devenu adulte même s’il ne saura pas toujours d’où elle lui vient.
Une chose est sûre, qu’elle soit venue du ciel, des profondeurs de la terre – plongeant ses racines on ne sait où – ou qu’elle ait été partagée comme une flamme par des éducateurs qui ont su maintenir la leur allumée, on ne sait jamais d’où jaillit l’espérance. Mais il y a toujours quelqu’un qui, à son tour, en aura besoin et avec qui partager celle que l’on a reçue.
Baptiste Cohen, coordinateur du pôle Protection de l’enfance d’Apprentis d’Auteuil
Seigneur, l’avenir me fait peur, tout paraît si incertain.
Tous les jours, j’entends des informations sur ce qui va de plus en plus mal.
Tu nous as prévenus : malgré toutes les protections que nous essayons d’ériger,
notre vie repose entre tes mains.
Donne-nous le courage d’oser la sobriété.
Apprends-nous à vivre dans la confiance.
Là où le monde ne voit que des catastrophes et des malheurs,
ton royaume grandit dans la discrétion.
Version à télécharger et imprimable
Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.