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La Boussole

La Boussole III - 52

Dois-je toujours dire la vérité (partie 2) ?

Jésus affirme aux disciples qu’ils connaissent le chemin
de l’endroit où Il se rend. Thomas objecte qu’ils ne savent même pas où Il va et encore moins comment on y va.
Jésus lui dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. »

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 14, verset 6
Le Petit Poucet,
Marie-Hélène Vallade-Huet

Chemins de réflexion

La vérité qui fâche ou qui libère ?

« Il n’y a que la vérité qui fâche ! », dit-on par opposition au langage flatteur qui distille le miel d’un illusoire confort relationnel.
La fâcheuse vérité, c’est celle qui crée un choc émotionnel, une faille dans les défenses immunitaires de l’égo. Comme parole-miroir, elle met à nu.
Le Christ a sans doute été l’un de ces prophètes à la parole vive, décapante, qui nous confronte à ce que nous sommes vraiment. Or la vérité qui fâche se contente souvent de dénoncer de loin, de pourfendre à peu de frais. Elle interpelle mais ne guérit pas. Elle se fait plus facilement « vérité qui blesse » et inévitablement « vérité qui laisse » l’autre à sa solitude.
Le Christ au contraire, s’adressant à chacun dans la vérité, ouvre un chemin. Sa vérité dévoile et confond autant qu’elle libère et envoie. Chez lui, la vérité n’est jamais brandie comme une arme de destruction de l’autre mais comme un appel à concevoir sa vie autrement, un appel à la liberté.
Il est cette vérité-parole qui fait route avec nous, éveillant nos consciences au miracle d’être vivant comme à l’urgence de vivre en vérité.
Pierre Lacoste, pasteur de l’Église libre de Bordeaux-Pessac

La vérité qui fâche se contente souvent de dénoncer de loin, de pourfendre à peu de frais

La beauté de la vérité

Quand Jésus dit : « Je suis la vérité », il signifie que les vérités humaines sont relatives et que Dieu est la vérité ultime qui n’est connaissable que par lui. Il l’explicite aussitôt après : « Personne ne vient au Père sinon par moi ».
Connaître la vérité dans son absolu serait donc comme une sorte d’union mystique avec Dieu qui échapperait au plus grand nombre.
Mais nous pourrions aussi comprendre que la vérité est, d’une certaine façon, l’enseignement du Christ.
Nous en saisissons une partie, nous essayons sincèrement de nous mettre en chemin avec lui.
Nous sommes tour à tour prostituée, collecteur d’impôts, pharisiens, soldats romains… chacun d’entre eux a approché une idée de la vérité. Tout se passe comme si nos existences, quand elles rencontrent le Christ d’une manière ou d’une autre, ont part à l’idée de vérité.
La vérité du Christ n’est donc pas totalitaire puisqu’elle est existentielle.
Pour découvrir la vérité, nous n’avons plus besoin de nous élever, comme le suggérait Platon, au-dessus de la réalité matérielle et de contempler les essences pures et éternelles.
Le Christ nous ramène à nos propres chemins qui reflètent la beauté de la vérité.
Brice Deymié, pasteur de l’Église protestante française au Liban

Nous avons opté pour la transparence

Nous avons accueilli une famille syrienne pendant deux ans. Pour concrétiser ce projet, un collectif d’une vingtaine de personnes s’est constitué. Il a toujours opté pour la transparence.
Nous préférons parler de transparence plutôt que de vérité. Car de quelle vérité parle-t-on ?
Celle de la famille accueillie, la nôtre ? Ce qui était vrai hier ne l’est plus forcément aujourd’hui. Ce qui est vrai pour toi, dans ta culture, ton histoire, ne l’est pas nécessairement pour moi. La vérité peut être fluctuante.
Nos échanges étaient basés sur une relation de confiance mutuelle mais dans un cadre clair, avec un contrat. Il pouvait être rappelé en cas de désaccords.
Au fil du temps s’est installée une sincérité dans nos relations qui semblait dépasser certaines de nos vérités. Pourtant, nous avons pu être maladroits. Pour ne pas blesser, on est parfois amenés à « mettre les formes » ; et on n’est pas toujours sûrs de supporter la réaction de l’autre, ses pleurs ou son agressivité.
Nous avons parfois oublié de dire des choses, consciemment ou inconsciemment. Mais, quand la confiance est là, cela pose moins de problèmes. Les omissions font partie de la vie et des relations. Elles permettent de ne pas heurter, d’éviter de provoquer de l’insécurité chez l’autre, par respect pour sa culture, sa vie privée, sa vérité.
N’est-ce pas une illusion de vouloir tout dire ?
D’ailleurs, pourrions-nous vivre ensemble si nous disions toute la vérité ?
Jean-Louis Frison, collectif d’accueil de Mutzig (67)

Seigneur Jésus, ton « En vérité, en vérité, je te le dis… », se dresse au milieu des histoires que je me raconte. 
Il vient contrarier mes petits arrangements, ces vérités faciles qui me valorisent, me donnent de la consistance et cultivent en moi l’illusion d’être dieu pour les autres.
Ton « En vérité, en vérité » me raconte une autre histoire. Celle d’un désir et d’une parole.
Ton désir de me rencontrer comme je suis, faible et si peu fiable.
Ta parole qui me relève et m’envoie dans la lumière d’une vérité qui ne juge pas et qui aime.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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