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La Boussole

La Boussole II - 11

Comment va-t-on retrouver nos repères ?

« Ce jour-là, le Seigneur procédera au battage depuis le cours du fleuve jusqu’au torrent d’Égypte.
Et c’est vous qui serez glanés un par un, fils d’Israël.
Ce jour-là, la grande trompe sonnera.
Ils arriveront, ceux qui étaient perdus au pays d’Assyrie et ceux qui avaient été chassés au pays d’Égypte
et ils se prosterneront devant le Seigneur, sur la montagne sainte, à Jérusalem. »

La Bible, livre d’Esaïe, chapitre 27, versets 12 et 13.
Une mosaïque représentant une spirale dans les tons bleus, vert rouge et jaune.
Tampa, Florida, USA – December 10, 2018: Glass tile swirl abstract outside the Glazer Children’s Museum in downtown Tampa

Chemins de réflexion

Retour de confinement, comment ?

Le thème du retour des exilés occupe une bonne part de la littérature de l’Ancien testament. Deux types d’approches : la première consiste à dire que rien ne sera jamais comme avant et qu’il faudra réinventer une autre manière d’être devant Dieu quand on sera à nouveau à Jérusalem, et la seconde, qui voudrait tout recréer à l’identique, en particulier le Temple, pour que chacun puisse retrouver ses repères.
La période que nous venons de vivre s’apparente un peu à un exil même si cela a pris la consistance d’un exil intérieur.
Maintenant, on voit peu à peu des lucarnes s’ouvrir sur la vie d’avant.
Certains s’engouffrent dans la brèche et savourent ce qu’ils nomment une liberté retrouvée, d’autres avaient intégré les restrictions et sont pris de vertige à l’idée de tout recommencer.
Que ce soit pour Israël en retour d’exil ou pour nous en retour de confinement, les anciennes empreintes se distendent et s’étirent au risque de ne plus être reconnaissables.
La question n’est donc pas « quand », mais « comment » allons-nous les retrouver ?
Brice Deymié, pasteur, Fédération protestante de France, aumônerie aux prisons

La période que nous venons de vivre s’apparente un peu à un exil même si cela a pris la consistance d’un exil intérieur

Être rassemblés par un Autre fait repère

Dans le récit biblique, il y avait ceux qui étaient perdus, ceux qui étais dispersés, ceux qui avaient été chassés… Des verbes dont les hommes et les femmes du peuple étaient non pas les sujets, mais les objets. Et l’on pourrait garder ces mêmes verbes, se placer aussi comme compléments d’objets directs et non comme sujets, et mettre en sujets la pandémie, nos organisations, les normes posées par l’État…
Comme pour prendre en compte cette situation où il est compliqué d’être à nouveau acteurs, c’est Dieu qui retrouve, qui glane. C’est Dieu qui voit que ce qui était laissé de côté par la moissonneuse a encore une valeur !
La fin de ce temps, où chacun n’a plus d’espace pour être sujet de sa vie, est marquée avec des verbes d’action : arriver tous au même endroit, se prosterner ensemble.
Parce que nous nous laissons rassembler par Dieu, par un idéal commun, par une vision commune, nous pourrons à nouveau dire « Je », nous pourrons à nouveau « arriver »…
Nous le pressentons à chaque fois que nous nous réjouissons d’être à nouveau « en présentiel » : être rassemblés va nous aider à retrouver nos repères.
Isabelle Bousquet, pasteur, Fondation John BOST

Et si nous commencions par revisiter nos repères ?

De quels repères parlons-nous ?
De ceux qui nous ont apporté cette pandémie ? Qui sont ceux de la crise humanitaire actuelle :
Aller toujours plus vite et plus loin ? Pour de meilleurs profits ? Être le premier, le plus fort ?
Transformer le travail en torture ? Exploiter au maximum l’humain et la terre ?
Trouver de nouvelles ressources à épuiser dans le futur ?
Si nous retrouvions ou découvrions des repères qui grandissent l’ « être » et protègent la nature ?
L’entraide, la solidarité, la prise en soin des plus faibles, mais aussi la prise en soin de la nature : végétaliser un pied d’arbre sur un trottoir parisien ? Cultiver un potager dans un jardin partagé ?
Organiser une collecte et distribution alimentaire ?
Connaître le bonheur d’accompagner une personne migrante,
de partager un peu de douceur sur son parcours douloureux voire inhumain ?
Se retrouver en famille ou entre ami.e.s en randonnée ou en pique-nique plutôt que sur un navire de croisière à l’autre bout de la planète ?
Si nous découvrions et cultivions les « biens communs » ?
Si nous retrouvions le bonheur simple de la relation à l’autre et pourquoi pas « au tout Autre » ?
Abandonnant les anciens repères comme nous le suggèrent de nombreux versets bibliques ?
Dominique Jaulmes, bénévole de l’entraide du Foyer de l’Âme

Dieu, merci pour les hommes et les femmes qui sont tes yeux, tes bras, tes pieds, ta bouche 
pour nous retrouver, nous rassembler.
Merci de nous donner de devenir sujets, amarrés dans notre temps, mêlés à nos frères.
Merci de nous inviter à devenir, rassemblés, des repères ; comme des pierres qui font trébucher
sur le chemin et qui réveillent de l'engourdissement.
Nous nous lèverons, non par orgueil, non pour être meilleurs et parader avec notre intégrité,
mais parce que ta loi d’amour est taillée au fond de nous et nous remet en route.
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Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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