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La Boussole

La Boussole VII-20

Ascension : départ ou abandon?

Il est préférable pour vous que je parte ; en effet, si je ne pars pas, celui qui doit vous venir en aide ne viendra pas à vous. Mais si je pars, je vous l’enverrai.

La Bible, Évangile de Jean, chapitre 16, verset 7
Coup de vent,
Evelyne Widmaier

Chemins de réflexion

Partir pour revenir autrement

Parmi les fêtes chrétiennes, celle de l’Ascension, que nous venons de célébrer, est certainement pour beaucoup, y compris les chrétiens, une fête sans grand intérêt et peu plébiscitée.
Qui connaît une tradition familiale ou spirituelle liée à cette fête ? Personne ! Pourtant, la France laïque ne boude pas cette relique chrétienne dès lors qu’elle offre au peuple un grand week-end en mai.
Mais pourquoi l’Église célèbre-t-elle cette montée du Christ ressuscité vers le ciel, qui laisse les disciples seuls et tristes sur terre ? Fête-t-on une rupture ? Oui, à condition qu’elle fasse naître une relation nouvelle, plus forte et plus grande. C’est bien le cas de la montée définitive de Jésus vers Dieu : il quitte les hommes pour revenir « autrement ».
Comme il l’explique clairement aux siens – Je reviens vers vous par l’Esprit Saint qui habitera dans vos cœurs – Jésus quitte ses disciples pour revenir spirituellement pour tous les humains. En quelque sorte, il s’universalise.
L’amour inclusif et sans frontières, l’amour compassion, l’amour sans jugement, l’amour dépassant l’égoïsme des hommes et mon propre cœur, cet amour qui était en Jésus est désormais un don de Dieu à tous. C’est cela le don du Saint-Esprit.
Moi, j’aime fêter l’Ascension. Cet amour-là donne sens et lumière à ma vie.
Andreas Lof, aumônier d’hôpital, Fondation Les diaconesses de Reuilly

Moi, j’aime fêter l’Ascension !

Une force pour tenir debout

« Pourquoi restez-vous là à regarder le ciel ? » Cette interrogation des anges résonne comme un appel universel. Elle nous déloge de notre passivité.
Christ a disparu de nos yeux. Ce retrait nous jette dans une autonomie radicale : il s’agit désormais de vivre, selon les termes du théologien Dietrich Bonhoeffer, « devant Dieu comme si Dieu n’existait pas ».
Dès lors, redescendre dans la « plaine », là où l’existence est parfois vulnérable, n’est pas une chute. La vie nous y attend car, comme l’écrivait ce pasteur : « Dieu n’est pas un Dieu qui nous fait sortir du monde, mais un Dieu qui nous y plonge. »
Celui qui est absent de nos yeux est maintenant présent au cœur même de nos vies. Dans nos luttes de tous les jours comme dans le partage du pain, nous découvrons que nos pieds sont posés sur une terre promise, ici et maintenant.
Pour tenir debout au milieu du fracas de ce monde, une force nous est envoyée. Ce souffle puissant trouve sa source en Dieu et dépasse toutes les frontières confessionnelles. Il n’est pas une émotion passagère mais une « force de résistance » qui nous maintient même quand tout semble vaciller.
C’est l’Esprit, qui ne vient pas pour nous expliquer le monde, mais pour nous donner le courage de l’habiter.
Éliane Wild, aumônier de l’Uepal en retraite

S’éloigner et laisser germer

Léo est un jeune homme de vingt-deux ans salarié dans le chantier d’insertion porté par notre association. Il fait partie des nombreuses personnes qui m’aident chaque matin dans la préparation de la ressourcerie, avant l’ouverture au public.
Issu de l’ASE (Aide à l’enfance), Léo était freiné dans sa prise d’initiative à cause d’un manque de confiance en lui. Il éprouvait le besoin de se « blottir » derrière quelqu’un par crainte de mal faire…
Un jour, comme j’avais une réunion, j’en ai profité pour le responsabiliser et lui confier la préparation du magasin à ma place. Après beaucoup d’hésitations, il a accepté de relever le défi. Et j’ai constaté le soin et la créativité avec lesquels il a mené à bien sa mission. Le magasin était magnifique et Léo a été félicité !
Depuis, quelque chose a changé chez lui. Grâce à cette expérience, il a vu qu’il pouvait repousser ses limites. Un pas après l’autre…
Marc, à la fin de son Évangile, écrit que Jésus a été « enlevé au ciel » après avoir parlé à ses disciples. Ils se sont retrouvés seuls, c’est vrai, comme on peut parfois l’expérimenter nous aussi. Mais la suite du passage est magnifique car l’apôtre précise que « le Seigneur travaillait avec les disciples ».
Jésus nous confie une mission, et nous pouvons avoir confiance en sa fidèle collaboration.
Jérôme Cuendet, responsable ressourcerie, association humanitaire La Gerbe (78)

Seigneur,
Me voici dans la plaine de mes jours,
là où la vie est parfois rugueuse et le monde rempli de fracas.
Je te remercie pour ce souffle que tu me donnes,
cette force de résistance qui m'aide à tenir debout quand tout vacille.

Aide-moi à ne pas rester figé, les yeux perdus vers le ciel,
à attendre un signe ou un miracle.
Donne-moi plutôt le courage d'habiter pleinement mon quotidien
et de prêter mes mains à ceux qui cherchent un appui.
Amen.

Chaque semaine La Boussole répond à des questions posées par des lecteurs. Pasteurs, aumôniers et acteurs de terrain dialoguent.

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