SOUTENIR LA FEP
Un homme parle au micro
Actualité

Couloirs humanitaires : de l’accueil à l’engagement

De l’accueil à l’engagement : des solidarités qui se prolongent

Beaucoup de personnes accueillies par les Couloirs humanitaires ont elles-mêmes connu, en Syrie ou au Liban, des périodes où l’entraide et les solidarités ont occupé une place essentielle. Dès les échanges qui précèdent leur départ, il n’est pas rare qu’elles expriment le souhait, une fois installées en France, de pouvoir contribuer à leur tour. Cette envie se retrouve ensuite dans de nombreux parcours : dans la vie associative ou celle d’un quartier, auprès d’autres personnes exilées, dans des métiers du soin et de l’accompagnement, ou dans bien d’autres formes d’engagement.
Cette participation trouve aussi sa place au sein des Couloirs humanitaires. L’expérience de celles et ceux qui sont passé·es par les différentes étapes du parcours apporte une connaissance particulière des questions qui se posent avant et après l’arrivée, des décalages parfois rencontrés entre ce qui avait été imaginé et la réalité, mais aussi de ce qui peut être amélioré dans la préparation et l’accompagnement. Depuis plusieurs années, la FEP cherche ainsi à recueillir les retours des personnes accueillies et à les associer davantage aux évolutions du projet, notamment dans la préparation des nouvelles arrivées et les échanges entre personnes accueillies.
Douaa, Saïf et Georges y contribuent aujourd’hui de différentes façons. Trois exemples seulement, parmi beaucoup d’autres engagements portés par les personnes accueillies, dans les Couloirs humanitaires comme bien au-delà.

Douaa : transmettre son expérience et accompagner dans la durée

Arrivée en France en février 2019, Douaa a été accueillie à Lhuis, dans l’Ain, par le collectif Solidarités Migrants Bugey Sud (SMBS), avant de s’installer quelques années plus tard avec sa famille à Brumath, en Alsace. Les liens noués à Lhuis sont restés très forts : Douaa, Abdelkader et leurs enfants y retournent régulièrement et retrouvent à cette occasion les membres du collectif, mais aussi parfois les nouvelles familles accueillies dans le village.
Depuis environ trois ans, Douaa participe également aux rencontres organisées en visio par la FEP avec les personnes quelques semaines après leur arrivée en France. Elle et Abdelkader avaient proposé de se rendre disponibles si leur expérience pouvait servir à d’autres ; cette proposition s’est peu à peu installée dans le fonctionnement des Couloirs humanitaires.
Ces échanges, organisés en petit groupe, sont volontairement très libres. Malgré la préparation réalisée avant le départ du Liban, le livret d’accueil et les explications données ensuite par les pôles régionaux et les collectifs, les personnes nouvellement arrivées ont souvent envie d’entendre directement celles et ceux qui sont passé·es par les mêmes étapes. Les questions varient beaucoup : français, scolarité des enfants, démarches administratives, demande d’asile, délais, vie quotidienne, place de la religion ou simplement premiers repères en France.
Douaa parle de son expérience sans gommer les difficultés : les démarches qui peuvent être longues, le stress qu’elle a elle-même ressenti pendant sa procédure d’asile, l’apprentissage progressif du français ou encore le temps nécessaire pour trouver son autonomie. L’intérêt de ces rencontres tient aussi au lien qu’elles permettent de créer entre les personnes accueillies elles-mêmes : elles peuvent entendre un autre récit que celui des professionnel·les ou des bénévoles et, surtout, continuer à échanger ensuite si elles le souhaitent.
C’est souvent le cas avec Douaa. Plusieurs familles ont gardé son numéro et continuent à la solliciter pour comprendre un courrier, remplir un document, demander conseil ou simplement parler d’une difficulté. À Strasbourg, elle reste ainsi en lien avec une famille qu’elle aide ponctuellement pour certaines courses ou démarches. Il lui est aussi arrivé d’intervenir lorsque des incompréhensions s’installaient avec un collectif, en essayant de traduire ce que chacun·e pouvait attendre ou ressentir.
Cette disponibilité dépasse aujourd’hui largement les Couloirs humanitaires. À Brumath, Douaa accompagne par exemple une voisine récemment arrivée en France dans certaines de ses démarches. Elle reconnaît volontiers qu’il n’est pas toujours facile de trouver le temps, entre son travail et la vie avec ses trois filles. Mais lorsqu’on l’appelle pour comprendre un courrier ou remplir un document, elle se souvient aussi de toutes les fois où elle-même a eu besoin de cette aide à son arrivée.
C’est cette réciprocité qui compte beaucoup pour elle : « On a envie de redonner, pour remercier de ce qu’ils ont fait pour nous. » Même plusieurs années après son propre accueil, Douaa continue ainsi, à sa manière, les solidarités dont elle a elle-même bénéficié.

Saïf : faire entendre et voir les personnes accueillies dans les Couloirs humanitaires

Saïf Walid est arrivé lui aussi en France par les Couloirs humanitaires. Photographe et vidéaste, il a depuis créé sa propre entreprise, Sawa Film.
Comme Douaa, il participe régulièrement aux échanges avec les personnes nouvellement arrivées. Il traduit les discussions en arabe pour la FEP, répond aux questions à partir de sa propre expérience et reste disponible pour poursuivre les échanges après les rencontres.
Saïf a également réalisé pour la FEP le documentaire « Couloirs humanitaires, chemin d’espoir vers un avenir digne », tourné au Liban et en France. Son expérience personnelle des Couloirs humanitaires a nourri son regard sur les personnes qu’il a rencontrées et filmées : ce qui m’a le plus marqué, c’est de voir à quel point l’accueil peut transformer une vie, mais aussi transformer celles et ceux qui accueillent.
Mis en ligne en juin, le film approche aujourd’hui les 3 000 vues sur YouTube et a déjà donné lieu à de nombreuses projections en France. Il peut être librement utilisé par les collectifs qui souhaitent organiser une rencontre autour des Couloirs humanitaires.
Saïf réalise aussi depuis plusieurs années des photographies pour la FEP : plusieurs de celles qui illustrent cette newsletter sont les siennes. Il développe aujourd’hui son activité de photographe et vidéaste avec Sawa Film et recherche de nouvelles missions professionnelles dans ces domaines.

Georges : de l’expérience de l’accueil à l’engagement bénévole

Georges est arrivé en France en décembre 2022 avec son père, après dix années passées au Liban. Installé aujourd’hui à Bordeaux, il consacre une part importante de son temps à différents engagements associatifs.
Il est bénévole auprès du Diaconat de Bordeaux, de Solidarité Logement Bordeaux Boulevard, du Secours catholique et des Restos du cœur, et participe également à des maraudes et distributions auprès de personnes en difficulté. Une partie de cet engagement est tournée vers les personnes réfugiées : Georges traduit, accompagne, aide à comprendre certaines démarches et met à profit sa propre expérience des premières années en France.
Je suis passé par là, alors je sais ce qu’elles ressentent et ce qu’elles ont besoin de connaître.
Cette expérience est également devenue une ressource pour les Couloirs humanitaires. Georges intervient comme interprète lors des premiers rendez-vous organisés par le Diaconat de Bordeaux avec les familles nouvellement arrivées. Ces temps permettent au pôle régional de présenter le déroulement de l’accompagnement, les démarches à venir et la place du collectif. La présence de Georges permet aux personnes de poser leurs questions dans leur langue, mais aussi d’échanger avec quelqu’un qui connaît personnellement ce parcours.
Il participe désormais également au collectif BREF à Bordeaux, engagé dans la préparation de nouveaux accueils.
Entre-temps, Georges a poursuivi son propre chemin. Après avoir étudié le français à l’université de Bordeaux pour pouvoir reprendre ses recherches en anthropologie, il travaille aujourd’hui à la SNCF auprès notamment de voyageur·ses âgé·es ou en situation de handicap. Je m’en occupe comme si c’étaient mes parents, raconte-t-il.
Son bénévolat, son travail, ses activités d’interprétariat et sa participation au collectif se croisent aujourd’hui autour d’une même attention aux autres, qu’il relie directement à ce qu’il a lui-même traversé depuis son départ de Syrie.


Les parcours de Douaa, Saïf et Georges ne représentent qu’une petite partie des initiatives portées par les personnes accueillies au fil des années. La FEP souhaite aujourd’hui continuer à ouvrir davantage de possibilités de participation à celles et ceux qui en ont l’envie : échanges avec les nouvelles familles, contribution aux outils et à la préparation des accueils, participation à un collectif, traduction, témoignage, communication ou autres propositions.
Les collectifs qui accompagnent des personnes accueillies souhaitant s’investir davantage dans les Couloirs humanitaires sont invités à en faire part à la FEP. Les formes que peut prendre cette participation restent largement à construire avec les personnes concernées elles-mêmes.

Un article de la lettre aux collectifs d’accueil. Deux fois par an, cette lettre rend compte de l’expérimentation des Couloirs humanitaires. Situation au Proche Orient, projets menés dans le cadre des Couloirs humanitaires, parcours de personnes accueillies…

Pour vous abonner à cette lettre, envoyez un mail à Claire Toutlemonde, cheffe de projet pour les Couloirs humanitaires :

Abonnez-vous pour recevoir les Nouvelles de la FEP

Suivez-nous sur les réseaux sociaux